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Une œuvre de Eugène-Melchior de Vogüé Editions Transboréal

À toute vapeur vers Samarcande

9782361570873
Prix 9,90 € Disponible EAN : 9782361570873
ISBN : 978-2-36157-087-3
ISSN : 2275-1890

Traverser l’Asie centrale en chemin de fer, dormir sur une draisine en plein désert du Karakoum, profiter d’un changement de train pour se baigner dans l’Amou-Daria puis repartir à toute vapeur vers Samarcande, c’est le rêve qu’Eugène-Melchior de Vogüé, diplomate, homme de lettres et futur académicien, vécut en 1888. À bas bruit, les Russes ont posé 1 350 kilomètres de rails entre la mer Caspienne et Samarcande, dans un paysage dunaire et steppique. Inspirant pour les Français désireux de construire leur ligne transsaharienne, menaçant pour les Anglais inquiets d’une invasion de l’Inde, effrayant pour les populations locales qui ignoraient cet usage de la vapeur, le chemin de fer Transcaspien, instrument de conquête et de colonisation, fut aussi à l’origine d’une nouvelle expérience de l’Asie centrale pour les Européens. Bousculant le rythme des caravanes et les visions fantasmées de l’Orient, il annonce l’arrivée des premiers touristes dans la cité de Tamerlan… Invité avec quelques autres Français à l’inauguration de la gare de Samarcande en 1888, Eugène-Melchior de Vogüé rapporte dans une série de lettres ces transformations de l’Asie centrale. Réflexion sur les merveilles et la violence de la modernité, témoignage sur l’une des réalisations les plus extraordinaires de son temps, À toute vapeur vers Samarcande est surtout le récit d’un voyage aussi enchanteur qu’un conte des Mille et Une Nuits. Pour accompagner ces lettres, le texte d’un autre voyageur, Napoléon Ney, invité lui aussi à l’inauguration de la gare de Samarcande, retrace l’histoire de la construction, de 1880 à 1888, du chemin de fer transcaspien, souvent comparée par sa démesure à celle du canal de Suez.

INTRODUCTION (par François Lantz)


À TOUTE VAPEUR VERS SAMARCANDE (Eugène-Melchior de Vogüé)

I. Ouzoun-Ada
au bord de la mer Caspienne, 22 mai 1888

II. Kizil-Arvat
24 mai

III. Tchardjoui
sur l’Oxus, 26 mai

IV. Samarcande
27 mai

V. Samarcande (suite)
2 juin

VI. Sur la Caspienne
5 juin


LE CHEMIN DE FER TRANSCAPIEN (Napoléon Ney)

Samarcande//Nous repartons ; le train de maisonnettes et le train de pose se suivent à peu de distance. Nous n’avons plus que 200 verstes de Boukhara à Samarcande. Les dastarkhan se succèdent jusqu’à une heure avancée, plus pittoresques encore dans la nuit, quand les accoutrements des mages boukhares flamboient aux feux des lampes et des torches. On dirait les verres d’une lanterne magique, peints par un Véronèse en délire, et projetés de distance en distance, dans un coup de lumière, sur le drap bigarré de ces tentes qui émergent des ténèbres. La voie, horizontale depuis le rivage de la Caspienne, monte insensiblement ; nous approchons des montagnes du Ferghana ; Samarcande, assise à leur pied au nœud des vallées, est à une certaine altitude au-dessus de la grande plaine centrale. L’air, encore embrasé à Boukhara, se rafraîchit un peu, mais sans qu’un souffle l’agite ; la nuit est transparente, sans un soupçon de brume qui en altère la limpidité ; pas le plus petit nuage qui intercepte les rayons des myriades d’étoiles, toutes visibles dans cet incomparable ciel.//p. 68-69

Tchardjoui sur l’Oxus//À partir de Kizil-Arvat, la voie longe d’assez près les montagnes qui nous séparent de la Perse ; elle court parallèlement à l’axe de cette chaîne, dans la direction du sud-est. Nous traversons de maigres oasis ; la plus considérable est celle de Ghéok-Tépé. Le train s’arrête devant le camp retranché où Skobelev enferma et réduisit les Turkmènes, il y a sept ans. Petite affaire, en apparence, et qui fit alors peu de bruit dans le monde ; quand on en suit les conséquences dans l’avenir, à commencer par le chemin de fer qui nous porte, on se demande si l’Asie a vu depuis Arbèles une journée plus mémorable, plus décisive pour ses destinées. Le décor du drame est encore debout : un épais rempart de terre battue, muraille impénétrable au boulet, qui abritait dans son quadrilatère irrégulier quarante mille Turcomans, leurs tentes, leurs femmes, leurs troupeaux. Autour de l’enceinte, un fossé vers lequel serpentent des tranchées ; les Russes cheminèrent trois semaines dans ces boyaux, ils y perdirent beaucoup de monde pendant les surprises de nuit. Sur la face occidentale du rempart, la brèche ouverte par la mine de notre ami Ostalopov ; le régiment d’Apchéron s’y élança, musique en tête, dans la nuit du 12 janvier 1881. Les défenseurs se firent hacher dans leur réduit ; on n’a jamais su le compte des ossements anonymes qu’ils y laissèrent. Ce fut le dernier effort de la résistance dans l’Akhal-Téké. Les Turcomans gardèrent de cette nuit une épouvante salutaire ; longtemps après, quand le pacifique railway inaugurait ses gares avec la fanfare du bataillon, les femmes et les enfants s’enfuyaient en poussant des hurlements de terreur ; on avait peine à les persuader que cette musique n’était pas le signal d’un nouveau massacre.
Jusqu’à la dernière heure, l’état-major de l’expédition douta du succès. Skobelev en décida, par son ascendant sur la troupe plus que par des dispositions contestables. Cet homme singulier était avant tout un magnétiseur de foules, un enjôleur d’espérances. Dans toutes les affaires où il commanda, on chercherait vainement une combinaison savante, un de ces mouvements stratégiques qui restent classiques dans les écoles de guerre ; mais il avait le don mystérieux, tout en lui communiquait la folie martiale au soldat. Je relève dans un volume de souvenirs, récemment publié par un des combattants de Ghéok-Tépé, ce témoignage caractéristique : “Sa présence au feu provoquait en nous une excitation particulière de tout le système nerveux.” Oui, tel il devait être au feu, tel il m’apparut toujours dans les entretiens où il racontait ses actions et ses rêves, avec son œil froid et fou, avec quelque chose d’inquiétant et de féminin dans son pouvoir électrique. Tel je revois son fantôme, sur cette brèche du désert d’où s’envola sa fortune, pour monter si vite, si haut, forte en naissant de tout ce qu’on attendait d’elle, éclipsant toutes les autres, attirant et éblouissant tous les regards, planant un moment sous la plus superbe étoile, et brusquement abattue, étranglée dans un accident vulgaire par les passions forcenées de cet instinctif. À peine mort, il a été embaumé dans la légende, on a cru à son génie avec la foi aveugle de l’amour. Qu’en fût-il advenu aux grandes épreuves ? Un oiseau de proie se lève devant nous des ossuaires de Ghéok-Tépé ; il monte dans le soleil, point d’or que l’œil a peine à suivre ; et les chasseurs discutent : est-ce un épervier ? est-ce un aigle ? On ne peut juger, sur ce vol d’un instant dans la lumière. Nos regards le recherchent, il s’est évanoui ; nous ne saurons pas, il a replongé dans le charnier.
Nous arrivons le soir à Achkhabad. C’est aujourd’hui le chef-lieu de tout le territoire transcaspien, on y a transféré de Merv le commandement général et les services administratifs. D’ici, le gouverneur russe tient en respect le roi des rois ; nous touchons le pied des montagnes et la frontière de Perse. Une route carrossable – j’imagine qu’il faut rabattre de ce mot pompeux – conduit par un col à Astrabad et à Téhéran. La petite ville est restée persane d’aspect et de population : des maisons basses, blanches, aux toits en terrasse, dans des jardins d’abricotiers. Achkhabad n’offre aucun intérêt ; mais il faut visiter, à quelques verstes de distance, les ruines d’une ville plus ancienne, Anaou. Une draisine placée sur les rails m’y roule en moins d’une heure. Tout près de la voie, sur un plateau, cette Pompéi du désert dresse son squelette de cité morte, des remparts, des tours, des pans de maisons. Les Turcomans ont passé là un beau jour, ils ont emmené la population en esclavage, la vie a disparu. On ne rencontre pas un être humain dans les décombres. Les parties de la grande mosquée restées debout sont d’un intérêt capital pour l’histoire de la céramique persane ; sur le revêtement de briques émaillées qui couvre la façade, le principal motif de la décoration est directement emprunté à l’art chinois ; de chaque côté de l’arc ogival, un dragon déroule ses replis, tenant dans sa gueule une tulipe jaune.//p. 47-50

Samarcande//Aujourd’hui, tout le cours inférieur de l’Amou-Daria est russe. Les deux canonnières ancrées devant nous y promènent le pavillon du tsar, avec précaution, car cette navigation inconnue est hasardeuse, et l’on s’engrave fréquemment sur les bancs de sable. Les petits bâtiments viennent de transporter un bataillon à Kerki, à 200 verstes en amont ; c’est le point extrême des établissements russes ; les soldats y sont campés en face de tribus turcomanes, nominalement réclamées par l’émir de Kaboul, en fait indépendantes et nomades. Kerki est à mi-chemin entre Tchardjoui et la très vénérable Balkh, “Mère des villes”, sur la limite de l’ancienne Bactriane, de l’Afghanistan actuel.
En face de nous, au point où le chemin de fer l’aborde, le fleuve se divise en trois bras, séparés par des îles basses qui disparaissent sous l’eau au temps de l’inondation. Les affouillements produits par la violence du courant modifient sans cesse la distribution des îles et des bras. Actuellement, le grand chenal mesure 1 500 mètres de largeur ; le lit total, 4 kilomètres. Un pont tubulaire de cette dimension, apporté d’Europe avec les matériaux de ses piles, eût coûté à lui seul plus que tout le reste de la ligne : il n’y fallait pas songer. Le gouvernement alloua un crédit de 300 000 roubles pour l’installation d’un bac à vapeur. Cette solution provisoire ne satisfaisait pas Annenkov. Un ingénieur, M. Balinski, lui offrit de tenter l’établissement d’un pont en simple charpente, pour un prix inférieur au crédit accordé. On risqua l’expérience ; le pont, achevé en janvier dernier, a fait ses preuves depuis cette époque. Il est uniquement construit en bois, sans fer ni pierres, sans piles ni culées : une forêt de sapins de Russie, enfoncés dans ce précaire lit d’argile, et portant un tablier de planches sur leurs têtes entrecroisées. Nous voyons son long profil fuir au ras de l’eau et se confondre avec l’horizon.
On nous appelle ; la locomotive siffle et s’impatiente, pressée de conquérir du pays nouveau. Nous espérions quelque retard de l’inauguration qui eût bien fait notre affaire ; nous eussions voulu séjourner davantage à Tchardjoui, chasser le tigre dans les roseaux de l’Oxus, où ces fauves se montrent fréquemment. Il faut monter dans le train qui entrera demain à Samarcande.
Un train, cela ? Mais c’est un village d’opéra-comique ! La nouvelle voie n’a pas encore reçu le matériel de luxe destiné aux voyageurs, elle ne possède que des wagons de marchandises et des plates-formes. Pour nous installer convenablement, on a imaginé de placer sur des trucs quelques-unes de ces maisonnettes qui arrivent toutes faites de la Volga, et qui doivent servir de logis aux cantonniers de la ligne. Ce sont des isbas de style russe, non pas la réelle et pauvre chaumière du moujik, mais le joujou coquet, minuscule, que vous avez pu voir dans les décors de théâtre. Les maisonnettes brillent au soleil, repeintes en blanc pour la circonstance, avec des rehauts de bleu et de rouge sur les frontons sculptés des portes et des fenêtres. Il y en a ainsi une douzaine à la file, sur autant de plates-formes ; un balcon commun les relie, formant la rue de ce village ; les invités y circulent et gagnent par là le restaurant, établi sous une tente en tête du train ; c’est ici l’autel des libations, les vins de Champagne, de Samarcande et de Tachkent y pourvoiront. Les isbas sont pavoisées de drapeaux, la locomotive disparaît sous les pavillons, les couronnes et les bouquets. Un air de fête et une allégresse communicative se dégagent de cet étrange convoi. Il s’ébranle, au son de la musique, et s’engage sur le pont avec une vitesse de 20 verstes à l’heure.
C’est un moment solennel. Lancés sur la frêle charpente qui tremble, au-dessus des larges eaux du fleuve, voyant la rive quittée disparaître sans que l’autre se rapproche sensiblement, nous devinons ici le grand coup d’audace de la partie, le maximum de cet effort que nous avons vu persévérer et croître depuis trois jours, dans les sables et les déserts. Des applaudissements involontaires éclatent, adressés aux ingénieurs présents, à leur chef absent. Dans nos cerveaux, habitués à rapporter certaines choses à certains pays, les notions positives se brouillent ; nous sommes en Amérique, tout l’atteste, et cette Amérique obéit à des Russes, au cœur de l’Asie musulmane ; nous traversons, sur le balcon d’une isba moscovite, un Mississippi qui descend de l’Himalaya ; la sainte Boukhara, où nous arriverons dans quelques heures, va-t-elle se présenter à nous sous l’aspect de Chicago ?//p. 62-65

Samarcande (suite)//La population rurale est mêlée de Sartes et d’Ouzbeks ; on l’évalue à trois cent mille âmes dans la vallée du Zarafchan, l’ancienne Sogdiane. J’ai pu me former une idée de ces riches campagnes, durant l’excursion que nous avons faite au village d’Ourgout. C’est un site délicieux, blotti dans les premiers contreforts des montagnes. Le massif neigeux de l’Alaï, visible en entier de ce lieu, dentelle de ses arêtes un ciel de turquoise. Une source descend des glaciers, elle tombe en chantant dans un bassin limpide, où elle se repose un instant avant d’aller grossir les flots limoneux du Zarafchan. Des hommes prient dans une petite mosquée, au bord de l’eau, sous un berceau d’énormes platanes qui rappellent ceux du Bosphore. Le mollah nous apporte un repas de sucreries, de mouton rôti ; nous lui insinuons d’y joindre quelques-unes des belles truites qui s’ébattent dans le vivier ; il refuse et nous supplie de les respecter ; elles sont protégées par la mosquée, le vieux prêtre les nourrit avec une sollicitude religieuse. Sur la prairie voisine, les villageois nous offrent le spectacle de leurs divertissements traditionnels, des combats de perdrix et une baïga. C’est une manière de tournoi, où se peignent au vif les mœurs belliqueuses et pillardes des ancêtres. Les jouteurs sautent sur leurs petits chevaux turcomans et se partagent en deux camps ; on place un chevreau, prix à disputer, entre les deux escadrons. Ils fondent l’un sur l’autre et s’arrachent cette proie ; les plus agiles s’emparent tour à tour de l’animal, l’emportent sur le garrot de leurs montures ; il est reperdu, repris ; c’est une mêlée furieuse, souvent dangereuse, avec force invectives, gourmades et ruades. Les vieillards à barbe blanche n’y sont pas moins ardents et moins bons cavaliers que les jeunes gars. La lutte cesse quand l’une des troupes renonce à reconquérir sur l’autre les membres pantelants du chevreau.
Tout le long de la route que nous avons suivie, les vergers et les cultures se succèdent, autour de fermes encloses entre des murs de limon séché. L’aspect de ces fermes et des paysans qui en sortent, vêtus d’une chemise de coton, la terre humide et noire, les récoltes que cette terre porte, les procédés d’exploitation, tout ici fait penser à la vallée du Nil et rappelle le travail industrieux du peuple fellah. Les Sartes irriguent de même leurs petits champs ; ils creusent les canaux avec des bêches de fer en forme de bouclier triangulaire. Continuellement noyé sous l’eau grasse que charrient ces milliers d’artères, le sol donne plusieurs récoltes à chaque saison. Le riz, le coton alternent avec les luzernes et les trèfles ; la vigne s’enroule aux troncs des peupliers et des saules. Les Russes fondent de grandes espérances sur cet opulent jardin de l’Asie centrale, qui se prolonge dans toutes les plaines du Ferghana. Ils projettent d’y développer la production cotonnière et de libérer ainsi leurs fabriques de l’importation américaine ; le textile, apporté d’Asie, ouvré à Moscou, reviendrait en Asie habiller ceux qui le cultivent. Entre l’Amou-Daria et la Caspienne, les balles de coton alimentent déjà le trafic du chemin de fer au-delà des prévisions les plus optimistes. Les vins de ce pays, mieux fabriqués, feront peut-être une rude concurrence aux nôtres sur les tables de Pétersbourg. Nous sommes depuis quelques jours au régime des crus de Tachkent, ils ne nous ont point paru méprisables. L’homme qui a rattaché ces provinces à la Russie se propose maintenant d’y révolutionner des industries et des cultures attardées ; l’essor est déjà donné. Hélas ! hélas ! avant peu d’années, des usines bourdonneront près du tombeau de Timour ; leurs cheminées noires enfumeront cette atmosphère transparente sur l’emplacement où s’écroulent les minarets émaillés d’azur. N’ai-je pas vu danser à la lumière électrique dans la gare de Samarcande ?
Car nos journées si pleines se terminent par des bals, au club des officiers, à la résidence, à la gare. Le matin, on était au palais et chez les contemporains de Tamerlan ; le soir, on a franchi 900 lieues et vécu six ou sept siècles, on se retrouve dans un salon de Pétersbourg. Nous pourrions oublier que nous sommes au pied des monts de la Chine, n’étaient les physionomies graves de quelques Sartes, qui haussent leurs têtes par-dessus les haies des jardins où l’on danse et regardent d’un air songeur les valses des péris d’Occident. Ces cariatides vivantes nous font souvenir que deux fleuves se côtoient aujourd’hui sur ce coin de terre, sans mêler leurs eaux ; bientôt, le plus profond, le plus impétueux absorbera l’autre. En attendant, les airs russes prennent possession de l’espace ; ces nuits alanguies les boivent voluptueusement : ils s’en vont dans la brise tiède qui caresse les cimes des peupliers et des karagatch ; ils montent dans le ciel d’Asie, sombre et doux sur nos têtes, avec son trésor d’étoiles à l’éclat amorti, comme de vieilles pièces d’or qui ont beaucoup servi. Les lumières et les harmonies d’en haut descendent indulgemment sur la joie du bal, sur les feux électriques et les musiques humaines qui glorifient les petits événements d’en bas.
On nous arrache à cet enchantement : le jour du départ est venu, le train de retour chauffe, l’ingénieur qui dispose de nous ne souffre pas qu’on s’attarde. Il faut dire adieu à Samarcande, plus tôt que je ne l’eusse voulu. Il faut dire adieu à la compagne qui partage mon logis : une des tourterelles dont ces jardins sont remplis a fait son nid sur l’entablement du poêle. Je m’étais habitué à elle, je rencontrais ses yeux irisés en me réveillant. Tandis que j’écrivais devant la fenêtre ouverte, le mâle entrait et sortait bruyamment, effleurant mon papier de ses ailes ; il apportait la nourriture à la couveuse. Elle, immobile sur ses œufs, me regardait travailler. Pendant que je couvrais ces feuilles de mots inutiles, la petite bête pensive achevait son œuvre d’amour, meilleure et plus nécessaire que la mienne, puisque c’est la grande œuvre de vie. Je la quitte avec regret : je retourne aux pays ternes, aux durs métiers que les hommes y font ; elle reprendra son vol facile, dans cette fine lumière, autour des dômes bleus que je ne reverrai plus.//p. 94-97

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