ChercherRecherche avancée Panier (0)

LA LIBRAIRIE EN LIGNE DU VOYAGE D'AVENTURE


Découvrez plus de 5 000 livres et DVD d'aventure
Revenir au résultats
Une œuvre de Morgan Monchaud Editions Transboréal

Brasil

La grande traversée
9782361570842
Prix 20,90 € Disponible EAN : 9782361570842
ISBN : 978-2-36157-084-2
ISSN : 1633-9916

Parcourir les sentiers en latérite et les routes infiniment longilignes du Brésil. Tel est le projet de l’anthropologue Franck Degoul, qui, en huit mois de marche solitaire, a arpenté sur 5 000 kilomètres l’intégralité de la plus vaste nation d’Amérique du Sud. Des pampas gaúchas à la jungle amazonienne, sa plume dévoile un Brésil marginal et secret : son récit a valeur de témoignage sur l’histoire et l’actualité des communautés rencontrées, des descendants des colons européens aux Indiens devenus paysans « sans terre ». Profondément marqué par les populations autant que par les milieux naturels traversés, l’auteur livre également, en toile de fond, la transformation intérieure du voyageur au long cours.

Prologue

Première partie – SUD ~ S’élancer
De Chuí à Jacarezinho (16 octobre-25 décembre 2009)
1. Rio Grande do Sul
2. Santa Catarina
3. Paraná

Deuxième partie – SUD-EST ~ Garder l’équilibre
D’Ourinhos à Centralina (25 décembre 2009-22 janvier 2010)
4. São Paulo
5. Minas Gerais

Troisième partie – CENTRE OUEST ~ Persévérer
De Rancho Alegre à Porangatu (23 janvier-25 février 2010)
6. District fédéral
7. Goiás

Quatrième partie – NORD & NORD-EST ~ Lâcher prise
De Talismã à Oiapoque (26 février-2 juin 2010)
8. Tocantins
9. Maranhão (Nordeste)
10. Pará
11. Amapá

Épilogue

Minas Gerais//L’État est, avec celui de São Paulo, l’un des plus grands producteurs de bioéthanol au Brésil. À preuve, j’y entrai en longeant une usine de fabrication d’alcool bordée d’une vaste aire poussiéreuse où languissaient, dans la fournaise d’un jour sans ombre, des camions bondés de cannes fraîchement coupées. Plus loin, Fronteira : ville pauvre, abandonnée, aux rues grêlées de trous, aux voitures rongées par la rouille, à la population sombre, aux magasins désaffectés. Ville frontalière, naufragée dans le pli d’une division fédérale. À l’entrée, près du Christ rédempteur étiolé, sur une place de terre battue ardente, deux autobus vieillissants déversaient une marée de coupeurs de canne rentrant des champs où ils peinaient dès l’aube. Du bus s’épandaient harassement et sueur – la journée avait été étouffante. Mais une force – celle de la liberté recouvrée – permit encore l’improvisation d’un match de football, et la poussière soulevée par leur danse d’esquive rougeoyait dans les obliques pulsations du couchant.
La BR-153 se détériorait sitôt passée dans l’État : nids-de-poule profonds ; rapiècements sommaires et hâtifs qui boursouflaient la voie de kystes de goudron ; accotements envahis par une végétation touffue, et murés d’herbes hautes qui m’obligeaient à marcher au plus près de la route… Le danger en était accru, qui exigeait une vigilance redoublée envers les véhicules venant de face, mais également de dos lorsque ceux-ci se lançaient dans des dépassements “à la hussarde”, me frôlant parfois par inattention. Évoluer dans cet environnement était éreintant pour les nerfs et le corps tout entier qui, en plus d’efforts musculaires intenses, demeurait tendu des heures durant, aux aguets.
L’anticipation était de rigueur. Je ne voulais pas rejoindre les charognes puantes qui jonchaient les bas-côtés de l’asphalte et que je contournais soigneusement chaque jour, suspendant mon inspiration pour ne pas être saisi de nausée, fermant les paupières pour échapper à la vision des milliers de vers blancs festoyant de chair froide.//p. 74-75

Rio Grande do Sul//À quelques jours près et par quelque hasard singulier, je fis ma première rencontre avec des Amérindiens alors que l’anthropologue Claude Lévi-Strauss décédait en emportant avec lui un pan capital de la pensée du XXe siècle. Peu après le village de Sertão Santana, et ce sur près d’une trentaine de kilomètres, une signalisation récurrente éveilla ma curiosité. Des panneaux indiquaient la présence d’“Acampamentos Indígenas”. Quel pouvait être l’intérêt de signaler des campements indigènes ? Le long de la route il est vrai, je relevai la présence de baraquements de fortune constitués de matériaux de récupération élimés et vieillis. Un entrelacs de tiges de bambou recouvertes de bâches en plastique rapiécées d’ajouts multicolores en formait l’ossature.
À proximité de ces cases précaires s’allongeaient de bas présentoirs en bois noués. Ceux-ci étaient cependant vides, comme toutes les cabanes alentour qui, le plus souvent closes, semblaient inoccupées. Peut-être enfouissaient-elles leurs occupants pour les abriter de la pluie ? Je ne pouvais distinguer âme qui vive.
Un peu plus loin, j’avisai des silhouettes cheminant sur l’accotement opposé. Progressivement, ces formes lointaines se précisèrent et, alors que j’arrivais à leur hauteur, c’est à une vision étrange qu’elles cédèrent la place. Un petit groupe d’individus, une famille, progressant en colonne, les parents en tête et les enfants en queue, transportant des sacs de jute remplis d’effets. Des Indiens, avançant avec cette détermination résignée propre à l’exil et évoquant ces scènes de réfugiés fuyant quelque catastrophe auxquelles la télévision nous a hélas habitués.
Lorsque nous fûmes tout proches, je saluai le père qui répondit d’un geste absent, manifestement absorbé par tout autre chose que ma présence. La femme et les fillettes arboraient de longs cheveux lisses d’un noir luisant, encadrant un visage de peau cuivrée aux yeux finement étirés. Je ne savais trop ce qui se passait. Je conservais cette scène en moi le jour durant, hanté par cette vision entêtante dont mes pensées ne parvenaient à se défaire. Des indigènes sans résidence, errant, en route vers le néant…
Claude Lévi-Strauss venait d’incorporer pour de bon le monde des mythes dont il avait si grandement contribué à élucider les fondements structurels et l’organisation symbolique, et, bien qu’ignorant alors sa disparition, j’eus une pensée pour le grand homme à l’occasion de cette rencontre étrange et comme allégorique. Deux destinées se croisant de part et d’autre d’un axe acquis au transport marchand où les produits vont et viennent dans les deux sens sans interruption. Quelle vision conserveraient-ils, ces exilés, de ce moment où ils aperçurent un homme seul, marchant sac au dos, vers une destination et pour un motif inconnus d’eux, à contresens de leur propre trajectoire ? Je ne devais comprendre la raison de ce déplacement que le lendemain.
Ce matin-là, dans l’ombrage criblé de vives clartés, derrière des présentoirs approvisionnés, des groupes de personnes, des familles, vaquaient à la confection d’objets artisanaux. J’eus la tentation d’établir un contact spontané, mais me ravisai. Qu’allais-je bien pouvoir leur demander, à ces Indiens affairés ? N’y aurait-il pas méprise ? Je continuai mon chemin, me reprochant cette timidité, cette crainte dont les raisons me semblaient douteuses. La prochaine occasion serait la bonne.
Partant de la route, un sentier serpentait parmi une végétation clairsemée et paraissait déboucher sur l’un des campements indiqués. Je l’empruntai pour me retrouver, au bout de quelques mètres, à l’orée d’un village en miniature : quelques cases en bambou étroitement ramassées, certaines couvertes de torchis, d’autres de bâches froissées. Une quinzaine de personnes y vivait, toutes affairées à des tâches diverses, au point que mon irruption au seuil de cet espace passa parfaitement inaperçue. Je m’annonçai : “Por favor… ?”
Cours brisé, souffle retenu, la petite communauté se rétracta aussitôt dans un silence épais. Convergeant vers ma personne, des regards interloqués fusaient de toute part et me détaillaient attentivement.
Un homme dans la quarantaine vint à ma rencontre d’un pas lent, comme s’il s’était agi de retarder le contact. Lorsque nous fûmes face à face, j’exposai les raisons de ma venue : curiosité de les connaître, de comprendre les raisons de leur présence au bord de cette route, et le mystère que constituait pour moi cette signalisation si bien disposée, instituant la précarité de leur installation en marge de cette voie de circulation. Je ne faisais que passer et, passant, je désirais approcher et découvrir. Je ne resterais pas longtemps : juste assez pour faire connaissance.
L’homme m’écoutait avec une patience et un calme souverains. Lorsque j’eus fini, il hocha la tête et, me demandant de patienter, s’en fut avec une égale lenteur consulter les membres de son groupe.
Je demeurais immobile, veillant à ce qu’aucun geste maladroit ne vînt prêter à confusion au sujet de mes intentions. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi, dans un calme parfait. Quittant le groupe avec lequel il venait de s’entretenir à voix basse, l’intercesseur pénétra dans l’une des cases où il disparut quelques instants. Je redoutais un refus.
Il réapparut finalement muni de deux petits sièges sculptés qu’il installa, l’un en face de l’autre, à l’endroit où il m’avait laissé. Ce geste dépourvu d’une quelconque parole signifiait l’accord du groupe et le sien, et l’acceptation de la rencontre.
L’entrevue dura une heure au cours de laquelle André évoqua les problèmes auxquels sa famille élargie ainsi que les autres Guaranis vivant alentour étaient confrontés. Revenant sur ses origines, il m’apprit qu’il était né au Paraguay où se trouve la plus grande communauté guarani et où leur langue partage, avec l’espagnol, un statut officiel. Il poursuivit sur ses séjours en Argentine, puis en Uruguay où André et ses parents vécurent quelques années avant de migrer au Brésil où se trouve le deuxième plus grand foyer de leur ethnie : environ 30 000 personnes qui composent le principal peuplement indigène du pays.
Au moment de notre rencontre, André avait fondé sa propre famille et vivait depuis deux ans dans ce campement de fortune situé à la sortie de la ville de Barra do Ribeiro, entre la route fédérale et un vaste champ hérissé de clôtures. Quoi que déjà fort précaire, ce camp de sans-terre était voué à disparaître sous peu : une piste devait le traverser qui jetterait de nouveau sur les routes ces pauvres hères sans feu ni lieu. Le ministère brésilien en charge des travaux promettait de trouver une solution, mais rien n’était moins sûr. Une hostilité quasi générale stigmatisait ces indésirables. Elle était plus particulièrement le fait des grands propriétaires terriens, éleveurs et exploitants agricoles, qui recouraient au service d’hommes de main pour les intimider et les brutaliser – parfois jusqu’à la mort.
Dans les environs, au sein de campements identiques et plus ou moins éloignés de la route fédérale, trente-deux familles guaranis subissaient le même sort. Illégale au regard de la loi, mais légitime à leurs yeux, cette occupation était tout à la fois une manière de survivre, et une façon de rendre visible le problème qui les avait chassées et marginalisées, réduites à l’errance : la spoliation de leur terre au profit de l’élevage fermier extensif et de la lucrative culture du soja. La vie dans ces camps ? Malnutrition des enfants. Assassinat des meneurs qui osent organiser l’action. Suicides…
Ce problème concerne toutes les implantations guaranis au Brésil. Alors qu’ils occupaient autrefois un territoire de près de 350 000 kilomètres carrés de forêts et de plaines, ils s’entassent aujourd’hui sur de petites parcelles encerclées par les fermes d’élevage et les vastes plantations, avant de connaître le campement en bord de route lorsqu’il ne subsiste plus de leur territoire que l’espace pour un pas, celui du départ.
Certes, leur démarche est soutenue par la FUNAI, la Fundação Nacional do Índio (“Fondation nationale de l’Indien”), organe fédéral responsable de l’établissement et de l’exécution de la politique “indigéniste” brésilienne définie dans la constitution de 1988. Son action en faveur du retour des Indiens à la terre demeure toutefois insuffisante : la situation décrite est, hélas, toujours d’actualité.//p. 33-37

Maranhão (Nordeste)//“Si nous étions vraiment maîtres de notre vie, crois-tu que nous laisserions la camarde œuvrer dans l’ombre ? Penses-tu que nous choisirions de mourir ?”
Dona Marina argua ce koan de notre entretien sur l’existence, ses joies, ses chausse-trapes, et l’incongruité de l’homme conduisant à grand train ses entreprises sans jamais se figurer que l’issue, toutefois, lui échappera toujours. Dona Marina, je la rencontrai en descendant dans sa petite pension familiale à l’entrée de la ville de Campestre do Maranhão. Vingt réals abaissés à 15 si je consentais à prendre le petit-déjeuner à mes frais dans la baraque qui regardait son établissement, de l’autre côté de la BR, de l’autre côté de la ville donc, rive gauche en direction de Belém. Je m’installai dans une chambrette contenant tout juste une chaise en plastique et un ventilateur poussif au pied d’un étroit lit revêtu d’un drap délavé aux motifs des 101 Dalmatiens.
Au sortir d’une longue sieste suivie de lecture et d’un peu d’écriture, l’après-midi touchait à sa fin. Le couchant annonçait l’heure de la bière quotidienne prise à la fraîche, point de conclusion personnel, alors, de toute journée brésilienne. Moment crucial où s’établissait le bilan du jour, où se concevaient les étapes à venir ; occasion de recueillement et de relâchement ; pendant du moment liminaire où, au point du jour, j’agrémentai le café brûlant de la première cigarette, et me retirais, seul, dehors, au grand air, pour entrer en concentration au vu des heures de marche qui m’attendaient. Tasse du matin, chope du soir : points cardinaux et points d’équilibre indispensables au mouvement ; parenthèses entre lesquelles se déployait l’effort ; alpha et oméga d’un alphabet du pas par lequel s’écrit un trajet, une trajectoire, un sillage éphémère sur la surface du monde.
Le réfrigérateur de l’hôtelière en recelait, de la bière. Je lui en achetai deux bouteilles et m’assis sur le seuil de cette basse demeure épatée, divisée en d’identiques cellules à la faveur de fines cloisons en paravent qui n’atteignaient pas la toiture de tuiles nues. Dona Marina m’y rejoignit et s’enfonça dans le fauteuil qui flanquait l’embrasure de la porte d’entrée.
Cette femme d’une cinquantaine d’années n’était pas particulièrement plaisante à regarder. Son visage masculin, empreint d’une certaine dureté, couronnait un double menton qui appesantissait de surcroît la grossièreté de ses traits. Mais Dona Marina savait rire à tout propos, de ce rire particulièrement sonore et résonnant que composent les personnes habitées par une solitude et un dépeuplement anciens ; alors, comme par magie, la surface de ce tissu quelque peu rêche s’adoucissait tant qu’on perdait de vue le caractère premier de sa face, si roide au repos. La fillette apparaissait ; une jeune femme s’y développait ; une femme enfin s’épanouissait au point d’orgue du rire, à l’instant où, sous son effet stupéfiant, le monde entier, ses difficultés et toute sa tristesse, s’abolissaient fugitivement.
Dona Marina vivait seule pour une raison qu’elle ne me laissa pas connaître. Aussi ma compagnie lui donnait-elle l’occasion de s’extraire un peu d’elle-même, de s’évader d’une vie quotidienne dénuée de relief. Elle vit bientôt en ma traversée au long cours ce qu’elle appela une “mission”, puis se laissa aller à l’évocation d’un amour de jeunesse rencontré en la personne d’un beau vagabond de passage…
Son rêve d’alors ? N’en subsistait guère qu’un, ayant déjà réalisé tout ce qui lui importait – avoir mis des enfants au monde, les avoir élevés, leur avoir donné les moyens de réussir et, par-dessus tout, les avoir mariés. Sa vie en quelque sorte gisait derrière elle. Plus rien ne pouvait être accompli qui lui tînt réellement à cœur, à l’exception de cet ultime souhait : vendre son établissement et acquérir une maisonnette en quelque lieu tranquille, retiré, éloigné des hommes, pour y finir ses jours.
“Entretenir cet hôtel ? À quoi bon ? s’épancha-t-elle, la voix métallisée par une amertume passagère… Afin que d’autres, qui ne s’y seront pas investis, en jouissent après ma mort ? Ah çà, non ! Plutôt m’en débarrasser !”
Les rapports avec ses enfants étaient houleux. Sa fille aînée tenait l’autre pousada de la ville, de luxe celle-là. Les deux femmes ne se voyaient que très rarement. Et puis Dona Marina était douée de cette conscience lucide de la finalité de toute existence : son inéluctable disparition. N’est-il pas vain, futile et absurde de persister à imaginer que la vie est un éternel empire ?
“Nous ne sommes les propriétaires de rien ici-bas, pas même de notre existence… Sinon, crois-tu que nous choisirions de mourir ?” ajouta-t-elle pour finir, avant que ne fuse son rire dressé comme un poing levé à la face de l’absurdité du vivre.
La nuit s’était emparée de la ville lorsque je pris congé, regagnant ma chambrette baignée d’obscurité. J’y emportai le bien-être qu’avaient dispensé cette conversation, cet apprivoisement mutuel, ces confidences qui parlent de lieux de soi inaccessibles hors la confiance. Dona Marina était splendide de désespérance. Une splendeur recluse dans la profondeur des cimes…
Je dus la réveiller à l’aurore et en fus bien désolé, mais la chaleur des jours m’y obligeait. Ensommeillée, la vieille dame déverrouilla la lourde porte métallique et me tendit silencieusement un billet de 10 réals. Dona Marina m’avait pour ainsi dire invité dans son royaume déserté.
“Bon voyage. Que Dieu te protège…” susurra-t-elle tout en refermant la porte d’un geste sûr, calme et lent, impassible.
Merci, Dona Marina, vous qui n’aimez pas tellement qu’on vous appelle “Dona”, “propriétaire”, “maîtresse”, car rien ni personne ne nous appartient ici bas, “pas même notre vie”, disiez-vous…
Obrigado, Marina, obrigado !// p. 152-155

Épilogue//Juché sur un terre-plein surmontant la piste où, recroquevillé sous ma cape, je laisse passer l’averse, j’assiste au jeu de deux singes adultes perchés au faîte d’un arbre en vis-à-vis. Leur agilité est proprement remarquable. Usant indifféremment des mains, des pieds et de la queue pour sauter d’une branche à l’autre, ces primates facétieux déploient des mouvements éblouissants de naturel et d’aisance, de légèreté et de dextérité.
Contemplant leur habile ballet aérien, j’ai parfois le sentiment qu’ils m’observent lorsque, soudainement inquiétés par ma présence, ils se figent et scrutent le lointain dans ma direction, vigilants. Je me surprends par deux fois à leur adresser un large signe de la main en guise de salut : l’indifférence immobile que je suscite en retour me cause une bien étrange déception…
J’entre bientôt dans des pans réellement magnifiques de la forêt amazonienne. Les arbres s’élèvent bien plus haut que les jours précédents, et me vient l’image – éculée, certes – d’une cathédrale pour exprimer leur imposante stature. Lorsque la piste serpente plus étroitement encore entre ces enchevêtrements végétaux qui la compriment de part et d’autre, se forme un écho. Les voix humaines, le roulement des moteurs, le bruit des pas, le moindre son est amplifié et répété dans un laps de temps très court et presque imperceptible – à l’image du phénomène audible dans les stations du métro parisien. Cette piste est un couloir, un chemin d’arcades, une nef.
Il m’arrive de marcher plusieurs heures durant sans croiser de véhicule, et ce dans un silence à peine troublé par l’infime chuchotement de mes foulées. Et cependant, le silence ici n’existe pas. Un bruissement constant se fait entendre – feuilles, eau, vent, mouvements – auquel viennent s’ajouter, comme autant de notes de couleur sur le fond vert des sons, les cris, les hululements et les mélodies parkeriennes des chants d’oiseaux aussi nombreux et variés que comptent de feuilles les tiges, les branches inextricablement mêlées les unes aux autres. La vie abonde et déborde en chaque lieu.
En fin de journée, éreinté mais tout aise, je dénichai un asile nocturne en surplomb de la piste. Un talus de déblai formé lors de son nivellement offrait une terrasse artificielle de pierres noires et de terre rouge, quasi nue, bordée du rideau végétal de la forêt intacte. Comme j’y montais Rotunda, des petits singes évoluèrent gaiement au-dessus de ma tête, parcourant l’architecture organique d’un arbre, et cette fois-ci m’observèrent nettement, dissimulés dans la frondaison. C’était moi, ici, l’étrange étranger. Impromptue, ma présence intriguait : mes petits compagnons semblaient partagés entre l’envie de déguerpir et la curiosité qui les poussait à s’attarder pour assister à mon installation sur leur territoire.
Le ciel qui avait été menaçant tout l’après-midi se déboucha. Je restai au seuil de mon abri une bonne partie de la soirée et dînai dans la contemplation du jour cédant place à la nuit. Illuminée par les rayons du couchant, la forêt rubescente s’embrasa et se mit littéralement à fumer. Tant d’humidité ! Un ardent voile cotonneux recouvrit le sommet des arbres, de toutes parts s’élevèrent des nappes de brume incandescentes. Au-dessous, sur l’infernale côte que dominait mon refuge, quelques rares camions peinaient à traverser un bourbier. Leur moteur s’emballait à tout rompre dans des rugissements vains.
Je les entendais s’élancer dans une énième tentative et, enlisés plus encore dans leur espoir déçu, buter à nouveau contre ce piège infranchissable. Les portières s’ouvraient, les conducteurs échangeaient quelques mots brefs, quelques consignes élémentaires. Dans une improvisation aiguillonnée par l’urgence et la nécessité, ils concevaient des stratégies qui, à force d’acharnement, se révélaient payantes. “Vaï ! Vaï ! – Vas-y ! Vas-y !” Ils gravissaient la côte, victorieux – mais pour combien de temps encore ? Une solidarité soudait ces hommes, imposée par la piste comme le désert impose le partage de l’eau : nul ne s’y refuserait sans se défaire aussitôt de sa propre humanité.
Au beau milieu de la nuit, l’un de ces forçats s’enlisa à son tour. Au bruit, il semblait seul, et je doutai longtemps qu’il franchisse l’obstacle par ses propres moyens. Il y parvint finalement au prix d’obstination et de ruse et poursuivit sa route. Son chauffeur ignorait qu’une bonne âme le surplombait, invisible et bienveillante, l’écoutant s’échiner et l’encourageant en silence.
S’éloignant, ces véhicules et leur conducteur emportaient leur agitation et une certaine compagnie, lointaine mais bien humaine. Une fois cicatrisé, le calme se recomposait peu à peu et avec lui une insondable solitude murée d’obscurité.
L’empire des ténèbres sur la forêt, lorsqu’on se trouve seul en son sein, est tout bonnement effrayant les premiers temps. Tout intrigue, tout inquiète, car tout bouge, tout bruisse et tout babille en une polyphonie babélienne. Cris des oiseaux nocturnes ; feuilles qui s’abattent lourdement sur le sol après s’être entrechoquées, durant leur tombée en cascade depuis les hauteurs, avec d’autres feuilles ; frémissements, craquements, crépitements, frôlements, chuintements, chocs sourds et soudains ; et par-dessus tout, l’incessante chute des minuscules perles d’eau dégouttant par dizaines de chacune des millions, des milliards de feuilles que compte la forêt, gouttelettes qui s’épanchent sur le sol après avoir rebondi sur d’autres feuilles qui, ébranlées, déversent à leur tour leur propre trop-plein d’humidité. Cet égouttement permanent et infrangible suscite des hallucinations auditives : le son produit par l’ensemble donne l’illusion qu’il pleut. On se surprend à tendre l’oreille pour localiser le ruisseau qui tinte à proximité ; à tendre le bras pour s’assurer qu’il bruine comme on le croit… En vain : cette cascatelle perpétuelle n’est autre que la transpiration ininterrompue de l’épiderme végétal.
Éveillé à l’aube, je prends conscience que cet environnement soumet les hommes à une temporalité bien différente de celle des villes. Le temps se décompose, se dissout et se corrompt dans l’humus des conditions imposées par le milieu. Cette piste et les nombreux imprévus qui la jalonnent impliquent que les véhicules n’arrivent jamais à l’heure escomptée ; pas d’électricité en dehors de l’usage des – rares – générateurs, et par conséquent une intrusion très faible du monde extérieur, des médias et de leurs cycles indépendants de ceux de la journée et des saisons… La ponctualité, qui n’a de sens que dans un univers quadrillé, domestiqué, n’est pas de ce monde-ci. L’homme s’adapte et ne maîtrise que le peu qu’il lui est donné de maîtriser. C’est-à-dire rien.//p. 208-211

Élisa Guerra, www.comidashop.com, le 5 octobre 2016 :
« Franck Degoul a traversé le Brésil à pied de Chuí (la ville la plus méridionale du pays) à Oiapoque (la ville la plus septentrionale). Ce voyage lui a pris neuf mois. Un exploit sportif et une aventure humaine racontés de manière très intelligente. Son regard d’anthropologue et de sociologue influe dans son écriture et dans la manière de vivre son voyage : rencontrer les Brésiliens, partager leur humanité. Loin des clichés habituels, le livre nous fait découvrir un Brésil secret et paradoxal. En suivant l’itinéraire de Franck Degoul, on a même la sensation de remonter le cours de l’histoire du pays.
Dans le Sud, il découvre la culture
gaúcha, il partage avec les “hommes à cheval” le chimarrão, présent dans de nombreux pays latinos et plus connu sous le nom de “maté”. Parcourir à pied une contrée seize fois vaste comme la France réclame de l’énergie : la cafezinho du matin était souvent accompagnée de pães de queijo – pains au fromage nourrissants et peu onéreux. Les Brésiliens en consomment régulièrement avec le café. Il consommait également des paçoca, friandises à base d’arachide parfois accompagnées de manioc : également une autre façon de trouver l’énergie durant la journée de marche.
Franck Degoul suivait la route et partageait les lieux de restauration avec les routiers. Il a ainsi découvert les
churrasqueirias, un mode de restauration unique où une grande quantité de viande est rôtie à la broche et servie à volonté accompagnée de légumes. D’autres jours, il profitait plutôt de plats à emporter à base de haricots noirs, de riz, de viande salée et de chou vert. Aux vendeurs croisés au bord de la route, il achetait des bananes, des oranges, des ananas, énergisants et faciles à consommer… Dans les villes où il se reposait le soir en sécurité, il dégustait des cocktails à base de jus de fruits. Les Brésiliens, qui ont l’habitude de confectionner des cocktails savoureux et vitaminés, disent même qu’il y a une recette pour soigner chaque pépin de santé. Les jus préférés de ce marcheur insolite ? Ceux mélangés à du lait et du sucre, mais il a également goûté ceux à la poudre de guarana et d’açaï. Franck Degoul a traversé des réserves indiennes. Il a plus particulièrement pris le temps de rencontrer les Guaranis dans le Sud. Il les a vus partager des galettes de tapioca, vendre des bananes mais aussi pour certains se perdre dans l’alcool… Ces instants culinaires ne sont pas mis en exergue dans son récit.
À la suite de la lecture de son livre, que j’ai dévoré, j’ai contacté l’auteur. Son accueil a été chaleureux et il a accepté de partager une heure de conversation avec moi pour répondre à mes questions. J’ai eu le sentiment que notre discussion était dans le même esprit que son voyage : une volonté de partage (il a souhaité en savoir autant sur moi, les raisons de cette interview, mes projets)… On ne saura pas si Franck Degoul a réalisé ce voyage avec cette ouverture aux autres ou si c’est le voyage qui l’a ainsi façonné. Quoi qu’il en soit, je vous recommande chaudement son ouvrage ; vous n’aurez plus envie de le lâcher. Le lecteur voit avec les yeux de l’auteur, vit les aventures et les rencontres avec lui, partage ses joies, traverse les mêmes paysages mais endure aussi ses craintes et ses épreuves. On traverse un Brésil authentique, réel, non touristique, ni tapageur. Le temps de la lecture n’est pas le temps du voyage. Emporté par les mots, on traverse rapidement ce pays ; et de comprendre profondément le Brésil d’aujourd’hui et ses habitants, d’où ils viennent, ce qu’ils y font. Parallèlement, au fil des pages, Franck Degoul dévoile son esprit et les changements qui s’opèrent en lui et qui en font aujourd’hui un homme riche. »


Jean Servais, lecteur, le 18 décembre 2015 :
« J’ai commencé la lecture de votre récit et ne vous ai pas lâché de la première et la dernière page. J’ai adoré cette aventure, le courage déployé pour parcourir ces 5 000 kilomètres à travers des contrées parfois peu rassurantes mais aussi des rencontres insolites et souvent furtives mais ô combien importantes pour réussir cette aventure. Que de souvenirs amassés dans votre mémoire en huit mois, que de moments de solitude à surpasser, que de joie devant des paysages inconnus ! Que d’informations de toutes sortes sur cet immense pays vous délivrez au lecteur !
J’ai beaucoup aimé le fond de cette “tranche de vie” et aussi la forme. J’aime le style, le vocabulaire employé ; c’est un vrai plaisir de vous lire ! La carte placée en début de livre est une très bonne idée pour suivre votre itinéraire au fur et à mesure des jours. J’ai passé, en juillet de cette année, quatre semaines en Guyane à titre professionnel. Cela m’a aidé à comprendre et à apprécier votre extraordinaire exploit.
Avez-vous déjà commis d’autres œuvres ou est-ce un premier essai ? Si oui, j’aimerais en connaître les titres, sinon, continuez à écrire ! Encore les bravos et les mercis d’un lecteur conquis. »


Kakienet, www.ciao.fr, le 17 novembre 2015 :« Dès la première page, je sus que je n’allais pas m’ennuyer ; à la quatorzième, les mots s’étaient faits miens, le flot me submergeait. L’aventure ne serait donc pas seulement partage, je sentais qu’exsudait le texte et que déjà son humanité me transporterait, m’emmènerait loin de mes montagnes dans des contrées inconnues. Un style vivant, riche, qui sent l’amour du verbe, le désir du mot, sans jamais tomber dans le verbiage. Des longues énumérations aux phrases courtes et percutantes, quasi lapidaires. Tout le contraire d’un style morne et laborieux. »

Jean-Christophe Buisson, Le Figaro Magazine, les 23-24 octobre 2015 :
« Une récompense, la Toison d’or du livre d’aventure vécue de Dijon, que Cédric Gras partage avec un autre voyageur à la plume sensible et habitée, Franck Degoul, auteur de Brasil, La grande traversée. »

Caroline Doudet, leschroniquesculturelles.com, le 19 octobre 2015 :
« Sillonner dix États, franchir des fleuves en barge ou bateau, cheminer par tous les temps, essuyer des tempêtes, connaître la solitude, la peur, l’angoisse, des moments de joie fulgurante. Faire mille rencontres, brèves, éphémères ou durables. Éprouver l’abnégation, la résignation, l’endurance, l’effort, les doutes, l’éloignement ; mais encore la confiance, la foi, l’espoir. Coucher partout, n’importe où, nulle part : dans des petites chambres d’hôtel de passe ou de route ; sur le parvis de pavés ou de terre battue des stations-service, à quelques mètres de poids lourds aux moteurs encore brûlants ; sur le plancher en bois de quelque échoppe exiguë ; dans des baraquements vides qu’il faut dépoussiérer patiemment avant d’en faire son refuge. Et puis, au fil de la marche, apprendre à marcher. C’est-à-dire retrouver la simplicité de ce mouvement premier sans lequel l’humanité ne se serait jamais déployée, mouvement aussi consubstantiel à l’homme que sa propre respiration. Depuis que j’ai fini ma thèse, je ne lis plus guère de récits de voyage : je pense qu’en six ans de recherches j’en ai lu à peu près pour toute une vie. Mais ma curiosité est souvent plus forte que tout, et c’est comme ça que je me suis retrouvée à lire ce récit de traversée du Brésil, d’autant qu’il s’agit d’un pays qui m’intéresse.
L’auteur, Franck Degoul, est docteur en anthropologie. Il raconte dans ce livre sa traversée à pied du Brésil, 5 000 kilomètres entre Chuí au sud et Oiapoque au nord, trajet qui lui prend huit mois en suivant la BR et qui lui permet d’expérimenter le monde d’une manière nouvelle : expérience de la liberté et de l’absence de projet précis sinon celui de se trouver soi. La grande réussite de ce récit est de parvenir à pleinement nous faire sentir les émotions du voyageur au fil de son cheminement : si, comme tout récit de voyage, celui-ci n’est pas exempt, au départ, de déceptions nées de l’écart entre ce que l’auteur avait rêvé et la réalité moins poétique, très vite la rencontre se fait avec ce pays métissé, où les cultures et les influences se croisent, où la pauvreté la plus grande côtoie l’opulence. Les gens le reçoivent avec curiosité et générosité, très peu d’hostilité, et malgré les dangers de la route l’auteur ne fait finalement pas de mauvaises rencontres : au contraire, il fait connaissances avec de magnifiques personnes, qui lui donnent un peu d’elles-mêmes et de leur histoire en plus de la nourriture et du coin pour planter sa tente dont il a besoin. À cette diversité des gens répond celle des paysages, faisant réellement du Brésil une “terre de contrastes” et donnant l’impression de traverser plusieurs pays différents.
Aventure humaine, le voyage est aussi une expérience de la lenteur, de l’immersion, du dépouillement et du lâcher-prise : se laisser porter par l’occasion et les aléas de la route ! Accompagné d’une carte et d’un très beau cahier de photos, ce récit très humain ravira les amateurs de voyage et d’aventures hors du commun, où l’humain tient une place essentielle ! »


Keisha, enlisantenvoyageant.blogspot.fr, le 12 août 2015 :
« Encoooooooooore un récit de marche ! (si, vous l’avez pensé !) Oui mais là il s’agit de parcourir le Brésil du sud (Chuí, proche de l’Uruguay) au nord (Oiapoque, près de chez nous, enfin, la Guyane). Des milliers de kilomètres en sept mois et demi. De la pampa à la forêt équatoriale, le long d’une route (voire une piste) sillonnée par les camions et généralement bordée de clôtures (comme quoi il n’y a pas que la Sologne…), et donc au bord de laquelle il se révèle délicat de monter en toute sécurité Rotunda, la petite tente censée abriter notre marcheur, qui souvent se rabat sur les nombreuses stations-service, offrant eau, nourriture, douches, et rencontres.
Découvertes intérieures du marcheur qui ne s’appesantira pas sur ses difficultés et, comme Rufin, découvre le “bonheur de se sentir allégé”. Cependant, par prudence, il fallait bien prévoir eau et nourriture pour quelques longues étapes…
Frank Degoul est docteur en anthropologie et à ce titre a déjà roulé sa bosse dans pas mal d’endroits. Mais là, il ne s’agissait pas de séjourner en un lieu et d’étudier longuement, mais de “passer plutôt que demeurer”. Au fil du voyage, des paysages, des rencontres, se révèle un Brésil multiforme. Multiracial, on le savait, et les rencontres avec des indigènes déracinés sont tristes. Mais j’ignorais totalement l’existence de villes établies il y a un ou deux siècles par des immigrants allemands, italiens…
Aux moments de découragement, que de belles (et courtes) rencontres faisant oublier la déception d’autres. L’auteur a l’art de la description de ces moments parfois fugitifs, brefs en tout cas.
“Il semble qu’au Brésil, marcher soit le symptôme d’une déchéance. Marche celui que la misère met au pas – le vagabond, l’errant ; marche encore celui qui s’ensauve, qui s’évade. La marche n’est pas l’instrument d’une découverte mais une sentence, la bannière des réprouvés.”
Voleurs de grands chemins, pumas : les dangers guettaient notre voyageur. Intrépide, il a continué !
“Cette longue marche n’est pas prestigieuse
Cette longue marche n’est pas humanitaire
Cette longue marche n’est pas dans les pas de…
[…]
Cette longue marche ne fera pas un succès de librairie
où un aventurier solitaire, apollinien,
au regard aussi pur que les pays qu’il parcourt
[…]
Mais parvient avec son entier courage et ses ultimes ressources
à regagner Paris pour y briller au Salon du livre.
[…]
Cette longue marche est aussi vaine qu’une œuvre d’art
et sans doute aussi indispensable à son auteur.” »


Nathalie Kermovant, Le Télégramme n° 911, le 26 juillet 2015 :
« “D’un bout du monde à l’autre”, dit-on au Brésil, lorsqu’on va d’Oiapoque à Chui… Franck Degoul a fait le trajet inverse, remontant du sud au nord, à pied, alignant 5 000 kilomètres le long d’un ruban d’asphalte hypnotique qu’il ne quittera guère. Durant huit mois, le jeune homme sort de son ordinaire : lui qui, en tant qu’anthropologue, se pose dans un endroit délimité afin d’approfondir l’étude des lieux et des populations, là, il se met en mouvement. Il zappe d’une étape à l’autre, multiplie les rencontres : travailleurs exploités par les propriétaires terriens, routiers pleins d’empathie, prêts à l’aider, Indiens sans terre, gauchos tout en fierté, épiciers accueillants… Cheminant par tous les temps, au fil des paysages et des climats changeants, il souffre de la chaleur, la soif, il subit des tempêtes, doit affronter les dangers de ces routes fédérales très fréquentées. Peu à peu, il lâche prise, gage de liberté nouvelle. En filigrane se dessine un Brésil loin des clichés, moins festif, mais plus authentique. »

Nathalie Glorion, www.lespassionsdechinouk.com, le 26 juillet 2015 :
« Le Brésil – excepté son carnaval – est en pays que je ne connais pas. Ni son peuple ni son histoire. Alors j’ai vu avec Brasil, le livre de Franck Degoul, docteur en anthropologie, un moyen de remédier à cela efficacement, car quoi de mieux pour découvrir un pays que de le parcourir (par procuration) à pied ? Je remercie d’ailleurs les éditions Transboréal pour cette découverte et l’auteur pour sa gentille dédicace.
Il lui aura fallu un an de préparatifs avant d’affronter les 5 000 kilomètres qui l’attendaient, 5 000 kilomètres pour traverser le Brésil de Chuí (son extrême sud) à Oiapoque (son extrême nord). Périple qu’il a effectué en huit mois, pendant lesquels, avec sa tente Rotunda – oui, elle a un petit nom, sa tente ; et alors ? –, il a traversé le pays dans les terres, en longeant les routes. Le soir venu, il espérait trouver un coin tranquille, derrière une station-service, ou dans le jardin de l’habitant, loin des dangers en tout genre qu’engendre la route. Mais ce n’était pas une mince affaire, difficile de s’éloigner du bitume sur ces axes routiers.
Un périple que j’ai trouvé vraiment pas facile, de par ces 5 000 kilomètres de marche évidemment, mais surtout parce que, pendant la majeure partie du trajet, Franck longe la route. Une route passante et dangereuse. Il faut éviter de se faire écraser (c’est mieux) et de rencontrer des bandits de grand chemin. Et d’après les dires des locaux, ils sont nombreux au Brésil. De nombreuses rencontres jalonnent sa marche comme, par exemple, ces indigènes indiens dans le sud du pays qui, comme leurs homologues américains, ont été chassés de leurs terres et parqués dans des camps au profit de la culture intensive du soja. Il a dû affronter de nombreux problèmes matériels et de fortes intempéries. Ainsi que souffrir de la solitude. Il a fait de belles rencontres, je pense notamment aux routiers qui, à force de le croiser matin et soir sur leur route, l’ont pris sous leur aile.
Il lui aura fallu énormément de courage, car longer une route si bruyante et dangereuse n’est pas toujours une partie de plaisir d’autant plus quand celle-ci se perd dans l’horizon.
Je ne peux clôturer ce billet sans vous donner un petit extrait du chapitre “Point mort”. J’aurais pu copier le chapitre en entier tellement je le trouve beau ! En voici un extrait :
“Cette longue marche n’est pas du camping.
Cette longue marche n’est pas une expédition polaire.
Cette longue marche n’est pas l’exploration pionnière d’une
terra incognita.
Cette longue marche n’est pas prestigieuse.
Cette longue marche n’est pas humanitaire.
Cette longue marche n’est pas dans les pas de…
Cette longue marche n’est pas auréolée de succès avant même d’avoir été achevée.
Cette longue marche ne fera pas un succès de librairie” (j’espère bien que si !)
L’écriture claire et soignée de Franck Degoul fait de
Brasil un livre captivant. J’ai appris nombre de choses intéressantes sur l’histoire du peuple brésilien. Mais je dois vous avouer que pour rien au monde je n’aurais voulu échanger ma place contre la sienne, car même bien installée dans mon jardin, j’avais la plante des pieds qui chauffait pour lui. Un livre que je vous recommande fortement. »

Jean Duprez, La Provence, le 21 juin 2015 :
« Dans son livre, Franck Degoul, d’une plume alerte, raconte son aventure de neuf mois, par tous les temps, sur des routes souvent dangereuses et dans des contrées pas toujours très hospitalières. L’auteur brosse avec beaucoup de talent un portrait de chaque région traversée et nous fait partager ses difficultés matérielles – nourriture, hébergement, intempéries. On ne saurait trop recommander Brasil à tous les amoureux du voyage : 217 pages d’un récit tonique. »

Jean-Marc Porte, Trek Magazine n° 163, juin-juillet 2015 :
« De Chuí à Oiapoque, l’anthropologue Franck Degoul a traversé le Brésil à pied, du sud au nord, sur 5 000 kilomètres. Huit mois en solitaire au cours desquels il arpente les sentiers en latérite et les routes longilignes de ce pays aussi grand que l’Europe (sans la Russie). Son récit retrace l’histoire et l’actualité des communautés rencontrées, des descendants des colons européens aux Indiens devenus paysans “sans terre”. Chapitre par chapitre, ville par ville, son témoignage fait la part belle aux rencontres avec les populations locales et à la variété des paysages de ce “continent vert”. Comme une césure au milieu de son récit, une cinquantaine de photos illustrent quelques instants de son voyage, des pampas gaúchas à la jungle amazonienne. Villes, fleuves, forêts, autoportraits… ses clichés offrent à l’œil un bref moment d’évasion (presque ?) aussi délicieux que celui que ses mots offrent à l’esprit. »

Autres livres & DVD

9782913955530 32,00€ Disponible
Une œuvre de Olivier Lelièvre

Indonésie

Visions d’un voyageur entre mer et volcans
9782070534104 15,30€ Dernier article disponible
Une œuvre de Stephen Muecke & Adam Shoemaker

Aborigènes d’Australie (Les)

9782841370085 13,90€ Dernier article disponible
Une œuvre de Gaspar de Carvajal

Amazonie, ventre de l’Amérique

Relation de la première descente de l’Amazone

Voyages de Tamera

Patagonie Du 07/11/2019 au 24/11/2019

Cap Horn et canaux de Patagonie sur un voilier

bateau_glace_esprit_d_equipe A partir de 18 jours A partir de 3 100 €

Navigation mythique et trekking au milieu de la faune de Patagonie.

Découvrez ce voyage
Vietnam Du 20/12/2020 au 30/12/2020

Immersion nord vietnamienne

14_vietnamparfumsnord_jerome_kotry A partir de 12 jours A partir de 1 960 €

Une série de rencontres et visites superbes en peu de jours

Découvrez ce voyage
Algérie Nous contacter

Au rendez-vous d'Essendilene

403_0001_Eric-Bonnem A partir de 8 jours A partir de 1 210 €

Découvrons les  fabuleux paysages de l’oued Tekkat N’Ténéré.

Découvrez ce voyage
Algérie Du 18/04/2020 au 02/05/2020

Randonnée au cœur de Tadrart la rouge

409_0004_Eric-Bonnem A partir de 15 jours A partir de 1 690 €

Immersion dans un des lieux les plus magiques au monde.

Découvrez ce voyage