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Une œuvre de Ilya Klvana Editions Transboréal

Coureur des bois

Une traversée du Canada en kayak
9782361570057
Prix 20,90 € Disponible EAN : 9782361570057
ISBN : 978-2-36157-005-7
ISSN : 1633-9916

Âgé d’à peine 20 ans, Ilya Klvana s’embarque pour la grande aventure : traverser le Canada de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique par les lacs et les rivières – un périple de 9 000 kilomètres ! Après s’être construit un kayak sur mesure en bois et fibre de verre, il part de Prince Rupert, en Colombie-Britannique, au début de mai 1999, pour atteindre six mois plus tard, au nord de Terre-Neuve, la fameuse Anse aux Meadows où s’établirent les Vikings. En véritable coureur des bois héritier des pionniers de jadis, il se joue des rapides et des portages, affronte d’un cœur léger le froid, les tempêtes et la solitude, au sein d’une nature sauvage que peuplent castors, orignaux, ours et loups. Au terme de ses journées d’effort, il goûte la rencontre avec les Indiens et les descendants des colons, la pêche au brochet et la pureté des nuits boréales. Ce périple en solitaire et en une seule saison de navigation constitue une première mondiale.

Prologue – Apprivoiser la mer

1. Kayak des neiges
2. Printemps tardif sur la Nechako
3. À travers les Rocheuses
4. L’autoroute du Nord
5. À contre-courant
6. Vaincre la ligne de partage des eaux
7. Le paradis du fleuve Churchill
8. Un raccourci vers le Sud
9. Les lacs ventés du Manitoba
10. Toujours moins sauvage Winnipeg
11. Portages ancestraux
12. Sur la houle des Grands Lacs
13. En vue de Montréal
14. Seconde mise à l’eau
15. Tempêtes d’automne sur le Saint-Laurent
16. Poursuivre malgré tout
17. La Basse-Côte-Nord

Épilogue – Ultime effort pour L’Anse aux Meadows


Matériel et équipements
Remerciements

Une idée fixe//Contrairement à bien des projets, celui-ci ne m’a pas lâché. J’en étais habité tout entier ! Je passais tout mon temps libre à faire des recherches sur les premiers explorateurs qui sillonnèrent le pays. J’appris qu’en 1793, sir Alexander Mackenzie, l’associé d’une grande compagnie de traite des fourrures, avait été le premier à traverser le continent nord-américain. Parti de Montréal avec son équipe de voyageurs et ayant hiverné en chemin, il avait réussi à se rendre jusqu’au Pacifique, terminant le voyage à pied à travers les montagnes. D’autres explorateurs ont tenté de trouver un chemin plus facile, mais étant donné le caractère accidenté des montagnes Rocheuses et Côtières, il n’y a jamais eu de véritable route de traite des fourrures permettant de relier la côte Ouest au reste du pays. Malgré cela, je savais au moins que mon projet n’était pas complètement irréalisable.
En poursuivant mes lectures, je constatai que plusieurs aventuriers des temps modernes avaient réitéré l’exploit de Mackenzie, empruntant soit son itinéraire, soit des variantes de celui-ci. Voilà qui était rassurant ! Toutefois, compte tenu de la longueur et de la difficulté du voyage, personne ne l’avait encore fait en solitaire et en une seule saison de canotage, de la débâcle à l’embâcle. Cela rendait le défi plus intéressant, d’autant que je me voyais mal consacrer deux ou trois étés à ce projet. Mes expériences de coureur des bois se limitant à quelques petites sorties de moins d’une semaine en canot ou en ski hors piste, je souffrais d’un manque criant d’expérience. Mais qu’importe ! Je ne pouvais attendre. L’expérience, j’allais l’acquérir en chemin !//p. 12-13

Printemps tardif sur la Nechako//Attendre que la glace fonde ? Mais combien de temps ? Quelques jours ? Quelques semaines ? Hier, je m’y étais résigné. Mais après une nuit de sommeil réparateur, je bouillonne déjà d’énergie. Attendre pendant un laps de temps bien défini, passe encore. Mais attendre sans savoir combien de temps la situation va durer, ça non ! Mieux vaut avancer à la vitesse d’une tortue que pas du tout. J’entasse donc mes affaires dans le kayak, rattache les raquettes improvisées à mes pieds et pars en suivant la berge enneigée en traînant mon bateau au bout d’une longue corde, lui permettant de rester sur la glace pourrie du réservoir.
Ma progression est excessivement lente. Des amas de branches et de troncs d’arbres morts s’amoncellent au long du rivage. Recouverts par la neige, ils créent de grosses poches d’air que l’on peut rarement deviner à partir de la surface. Souvent, sans aucun avertissement, je m’enfonce jusqu’à la taille dans ces trous de neige et de branches entremêlées. C’est toujours un tour de force de s’en extraire. Malgré les obstacles, je réussis à franchir un premier kilomètre. L’ennui, c’est que peu de temps après, les berges jonchées de débris laissent la place à des falaises qui tombent directement dans le réservoir semi-gelé. Refusant de capituler, je troque la raquette pour l’escalade. Je parviens à faire quelques traverses, traînant toujours mon kayak derrière moi sur la glace. Mais plus ça va, plus je dois monter haut pour éviter les plaques de neige et de glace, et la corde devient vite trop courte. Je songe un instant à passer par la forêt avec le kayak sur le dos, mais dense comme elle est, j’abandonne cette idée avant même de l’avoir essayée. Cette fois, je dois admettre que je suis vraiment coincé ! Impossible de marcher sur la glace. Impossible de faire du kayak. Impossible de marcher le long de la berge. Impossible de passer par la forêt. Retour au point de départ : il ne me reste plus qu’à trouver un endroit assez plat pour y monter ma tente et qu’à attendre que le réservoir dégèle. Alors que je suis assis sur une petite corniche en haut d’une falaise afin de digérer un peu ma frustration, mes yeux remarquent soudain une fine bande foncée à l’horizon. Elle marque une séparation distincte entre la couleur grisâtre du réservoir et le blanc presque immaculé de la berge juste au-dessus. La neige aurait-elle fondu le long du réservoir ? Intrigué, je sors ma longue-vue compacte pour y voir davantage. Non : le rivage semble bel et bien couvert de neige comme partout ailleurs. Mais la bande foncée est très clairement là, entre la grève et la glace pourrie. Ce n’est pas le cas partout : absente le long de la berge directement à ma droite, elle apparaît seulement à plusieurs kilomètres. Croyant à un mirage, je ne m’en préoccupe plus trop, jusqu’à ce que, tout d’un coup, la bande foncée me donne une impression de mouvement. Ça alors ! Reprenant ma longue-vue et me mettant debout, je scrute avec une attention soutenue l’endroit en question. C’est là que je devine enfin que la fameuse bande foncée, c’est de l’eau ! Et le mouvement, ce sont des vagues ! Hourra ! De l’eau ! Enfin de l’eau !
Heureusement que ces falaises étaient sur mon chemin ! Sinon, je ne serais jamais monté assez haut pour voir aussi loin. M’élevant encore, j’évalue la situation. Ce n’est qu’ici, à l’extrême ouest de ce réservoir plutôt filiforme, qu’il semble encore y avoir de la glace. Plus loin, la voie paraît libre. Cependant, tout le reste n’a pas changé : la rive est toujours aussi escarpée, la glace toujours aussi pourrie et la forêt toujours aussi dense. Mais comme j’ai maintenant bon espoir de pouvoir remettre mon kayak à l’eau d’ici quelques kilomètres, je suis prêt à tout. Je ne peux ni marcher, ni faire du kayak, mais qu’est-ce qui m’empêche de combiner les deux ? Un pied dans le bateau et l’autre poussant sur la glace, j’invente la trottinette sur gadoue … Tranquillement, je m’éloigne vers le large. Mais ce nouveau sport ne fait pas long feu : enthousiasmé par ma découverte, je finis par donner un coup un peu trop vigoureux et mon pied passe à travers la fine couche de glace molle. Complètement déséquilibré, c’est de justesse que je parviens à éviter la baignade.
Cherchant une position plus stable, j’essaie alors de m’asseoir dans le kayak et de me propulser avec les mains en perçant la glace molle pour me faire des prises. Mais comme je n’ai qu’une paire de gants minces avec moi, j’ai vite les doigts gelés et écorchés par la glace. Il n’empêche que ce nouveau genre de trottinette fonctionne assez bien. Cherchant autre chose pour me protéger les mains, je me résigne alors à mouiller mes deux seules paires de bonnes chaussettes de laine. Enfilées l’une par-dessus l’autre, elles font toute la différence. Ma préhension est un peu limitée, mais pour faire des trous dans la glace et se tirer dessus, c’est amplement suffisant. J’établis assez vite une routine. Quarante propulsions avec les bras, suivies d’une pause d’au moins une minute pour me reposer et me dégeler un peu les mains. Je continue à avancer ainsi pendant près d’une heure, mais c’est à peine si j’ai l’impression d’avoir bougé. En position assise, cette espèce de reptation est très douloureuse pour les abdominaux.
Je pense alors à utiliser ma pagaie, démontée en deux sections, pour me propulser. C’est un soulagement pour les abdominaux et les mains. Malheureusement, après un certain temps, je prends conscience que sous l’action abrasive de la glace, les minces pales en fibre de carbone de ma pagaie s’usent à vue d’œil. Je reviens donc à la propulsion à bras, mais cette fois en me mettant à genoux. Voilà la solution ! Mes mouvements sont moins limités et font moins souffrir mes muscles. Je peux avoir des prises loin devant moi en perçant la glace à la main et me tirer vigoureusement sur une bonne distance. Ce n’est cependant qu’après quatre heures de cet exercice répétitif et laborieux que j’arrive à rejoindre la limite de la glace. Graduellement, le kayak s’enfonce enfin dans l’eau. Je me faufile alors à travers les dernières plaques. Les premiers coups de pagaie sont fantastiques. Après ce que j’ai eu à endurer, j’ai l’impression de planer sans effort dans le vide. Et puis tout est si paisible ! Fini le frottement raboteux et agressif de la glace contre la coque du bateau ! Vivent le doux clapotis des vagues et la fluidité du mouvement sur l’eau ! Transporté par le pur plaisir de pagayer, je ne ressens plus de douleur dans les bras et les abdominaux. Le reste de la journée se passe comme dans un rêve. Sans avoir l’impression de faire le moindre effort, je parcours 28 kilomètres avant la tombée de la nuit.//p. 32-35

Les lacs ventés du Manitoba//La journée d’après, le vent et les vagues sont de retour, mais heureusement pas assez pour m’empêcher d’avancer. Les conditions étant néanmoins difficiles, je suis bien content lorsque je découvre, en soirée, un port de pêche où je peux accoster en toute quiétude. Sur le quai s’empilent quantité de bouées, de cordes et de filets, mais il n’y a aucun bateau dans les parages. De même, les quelques chalets alentour paraissent déserts. À ce que je peux voir, je ne me trouve pas dans un village abandonné, mais plutôt dans une station de pêche commerciale qui doit servir à une autre saison de l’année. Au printemps peut-être ?
Un peu déçu qu’il n’y ait personne, je pars en quête d’un endroit où planter la tente. J’ai à peine le temps de faire quelques pas que deux bateaux équipés de moteurs hors-bord s’amarrent au quai. Avec le vent qu’il fait, je ne les avais tout simplement pas entendu arriver.
Cyril, Allan, Farrell et Garnet, quatre Amérindiens de mon âge, m’accueillent avec fierté sur leur lieu de travail : “Bienvenue à la station de pêche de la pointe MacBeth !” Ces installations appartiennent à la communauté autochtone de Fisher River, dont le village est situé un peu plus au sud. Accessible uniquement par bateau, la station sert surtout pendant la saison de pêche printanière, de la mi-mai à la fin juin. Présentement, l’eau est trop chaude – et donc moins riche en oxygène dissous – et les poissons plus assez actifs pour faire des prises qui en valent la peine. Caisses de bière sous le bras, mes quatre hôtes sont plutôt venus ici pour se changer les idées, faire la fête entre amis et, peut-être, pêcher un peu pour leur propre consommation s’ils jugent que cela en vaut la peine. Avant même de s’installer, ils me prêtent un chalet pour la nuit et m’invitent à me joindre à eux pour la soirée.
C’est avant tout le doré que l’on pêche ici. Il y en a de bonnes quantités et c’est un poisson qui rapporte gros : “On a tous d’excellents salaires. Tu ne verras personne à Fisher River avec une vieille voiture. On a tous des véhicules neufs, précise Garnet avec fierté, le sourire aux lèvres et la tête haute.” La pêche s’effectue avec des filets fixes tendus aux endroits stratégiques où passent les bancs de poisson. Tout l’art de cette activité consiste à prévoir les déplacements de ces derniers selon les variations de la température de l’eau, le vent, l’avancement de la saison… Il faut relever les filets quotidiennement, voire deux fois par jour, afin de s’assurer de la fraîcheur des prises. Ce travail, déjà assez exigeant en soi, peut se transformer en véritable calvaire si les conditions météorologiques ne sont pas favorables ; d’où l’importance de toujours garder un œil sur le ciel et une oreille à l’écoute des prévisions. D’ailleurs, en plein milieu de la soirée, mes hôtes ne se privent pas d’interrompre notre conversation pour monter le volume de la radio, histoire de se faire une idée s’ils vont sortir tendre quelques filets ou pas le lendemain.
Une fois rapporté au quai, le poisson est entreposé dans des caissons isolants avec de la glace. Une couche de glace, une couche de poisson, une couche de glace, une couche de poisson… Pour que soit garantie une certaine autonomie, les pêcheurs de la pointe MacBeth possèdent leur propre machine à glace, alimentée par une immense génératrice au diesel installée au-dessus du quai. Un bateau de taille plus importante assure le transport régulier des prises entre la station de pêche et une usine de transformation au sud du lac. Recherchée par les consommateurs, la chair blanche, savoureuse et peu odorante du doré sera alors découpée en filets, congelée et distribuée aux quatre coins du monde, principalement aux États-Unis où elle servira de matière première pour les fameux Fish & Chips.
Ce n’est que le lendemain, en rédigeant mon journal de bord, que je prends conscience que la veille était mon anniversaire. J’ai 21 ans ! Coupé du monde, je l’avais complètement oublié. Au moins, j’étais en bonne compagnie avec les pêcheurs de la pointe MacBeth. Le hic, c’est que lorsque vient l’heure de repartir, je ne trouve plus mon kayak. Je fouille partout autour du quai, au cas où quelqu’un l’aurait déplacé, mais en vain. Le vent l’aurait-il poussé à l’eau ? Pourtant, il ne ventait pas tant que ça… La panique s’installe. Je veux demander de l’aide à mes hôtes, mais ils dorment encore. En redescendant sur le quai, je croise un autre pêcheur qui vient d’arriver et lui demande s’il n’a pas vu mon bateau.
“Non, mais je ne serais pas surpris que les gars t’aient joué un tour. Va voir s’il n’est pas derrière un des chalets.”
Effectivement, mon bateau est là, derrière la cabane où j’ai dormi, avec tout le reste de mon équipement ! Les Amérindiens sont toujours prêts à rigoler un peu – leur sens de l’humour étant probablement une de leurs plus grandes qualités. Mais quelle peur j’ai eue là ! Sans mon kayak, mon voyage était fichu.//p. 130-132

Ultime effort pour L’Anse aux Meadows//L’objectif ultime de mon voyage est d’atteindre L’Anse aux Meadows, sur la pointe nord de l’île de Terre-Neuve, là où le golfe du Saint-Laurent s’ouvre sur l’immensité de l’océan Atlantique. Arrivant de la Scandinavie et du Groenland, les Vikings y avaient établi une petite colonie. Un millénaire plus tard, j’espère parvenir à cette croisée symbolique de chemins où le continent cède la place à l’infini de la mer.
Le plus critique sera de traverser le détroit de Belle-Isle, qui sépare le Labrador de l’île de Terre-Neuve. À son point le plus resserré, il ne fait que 18 kilomètres de large. Néanmoins, il a la réputation d’être très dangereux pour la navigation, en raison de ses forts courants et de ses tempêtes soudaines. Tous les avis reçus s’accordent pour affirmer qu’il est insensé de vouloir le traverser en kayak, particulièrement en début d’hiver ! Pas étonnant, donc, que cela fasse des semaines que j’appréhende cette traversée, au point d’en faire des cauchemars. Sachant que le désir brûlant d’arriver à destination peut me pousser à prendre des risques démesurés, j’ai pris une résolution de taille : une fois que je serai parvenu au détroit, je m’accorderai un délai d’une semaine pour attendre qu’une fenêtre météo suffisamment clémente s’ouvre à moi. Passé ce délai, si le ciel refuse de coopérer, je terminerai mon périple à Blanc-Sablon, à la frontière du Québec et du Labrador.
Et voilà qu’au matin du 22 novembre, alors que je ne suis qu’à quelques heures de kayak de Blanc-Sablon, le brouillard se dissipe, la houle s’estompe et une brise souffle dans mon dos ! Qui plus est, la radio marine annonce sensiblement les mêmes conditions tout au long de la journée. Luxe supplémentaire : le mercure semble vouloir grimper au-dessus de zéro. Si je veux traverser, c’est maintenant ou jamais.
Emballé par la chance unique qui se présente à moi, je ne prends même pas le temps de gagner le point le plus resserré du détroit avant de le traverser. Rassemblant tout mon courage, je coupe directement vers l’île de Terre-Neuve, à environ 30 kilomètres de là où je me trouve. Bien évidemment, peu de temps après que j’ai quitté la sécurité relative de la côte, les craintes que j’avais vis-à-vis de cette traversée refont surface. Tempêtes subites, courants de marée violents et naufrages dévastateurs hantent mon esprit. Anxieux, je passe mon temps à regarder autour de moi. Heureusement, je me calme à mesure que je progresse. Les courants sont à peine perceptibles et la météo demeure clémente tout au long de la traversée. Six heures plus tard, c’est réglé : je foule le sol de l’île de Terre-Neuve, à une petite centaine de kilomètres de ma destination finale !
L’accalmie n’était que de courte durée : dès le lendemain, les conditions se dégradent. Un vent glacial du nord-est s’engouffre dans le détroit de Belle-Isle et ralentit considérablement ma progression. Peu de temps après, la neige s’en mêle. Propulsés par le vent, les flocons me cinglent la figure. Les yeux plissés de douleur, c’est à peine si je distingue où je vais. Fort de ma traversée réussie et brûlant d’impatience d’atteindre mon objectif ultime, je ne me laisse aucunement décourager. Tout au long de la journée, j’endure ces conditions à la limite du tolérable. Soudain, sans aucun avertissement, le vent se métamorphose en véritable tempête. Impossible de continuer. Malgré mes efforts soutenus, il me repousse vers l’arrière. Les vagues grossissent d’une seconde à l’autre et la neige qui tombait éparse jusqu’alors se transforme en un véritable blizzard. Jamais une tempête ne m’a surpris aussi vite ! La mauvaise réputation du détroit de Belle-Isle est donc bel et bien fondée. Affolé, je pique vers la rive pour accoster au plus vite.
Ce n’est qu’une fois à terre que je me rends compte que je n’ai pas choisi l’endroit le plus hospitalier – mais la tempête m’a-t-elle laissé le choix ? Hormis une route abandonnée qui longe la berge, il n’y a pas un signe de vie alentour. Pas une maison, pas un chalet, pas un bateau. En plus, la côte est presque rectiligne et n’offre aucune protection. Avec le froid qu’il fait et la neige qui ne cesse de tomber, je n’ai aucune envie de rester là : la tempête pourrait durer plusieurs jours. Il faut que j’en sorte. Et vite !
Une bonne dizaine de centimètres de neige couvrent déjà le sol. Je devrais donc pouvoir marcher sur l’ancienne route jusqu’au prochain village en traînant mon kayak sur la neige. Sans perdre de temps, je défais la corde qui sert à le haler, y attache un morceau de bois en guise de poignée et me mets à tirer vers l’est. Après plusieurs minutes d’efforts soutenus, je sue déjà à grosses gouttes, et c’est à peine si j’ai avancé de quelques dizaines de mètres. Je ne peux me rendre nulle part avec cette technique. La neige est trop collante et mon kayak bien trop chargé. Inutile de m’épuiser à tirer comme un bœuf.
Malgré cela, je n’arrive pas à me résoudre à rester, au beau milieu de nulle part, à attendre que la tempête passe. Je décide donc de remettre mon kayak à l’eau et d’essayer de revenir sur mes pas jusqu’au village d’Eddies Cove, à quelque 6 kilomètres. Les vagues ont doublé de taille en à peine un quart d’heure. M’abritant de mon mieux derrière un récif, j’embarque et file au large avant de me faire happer par les déferlantes. Une fois sur l’eau, je maîtrise la situation. Les lames, certes grosses, sont relativement régulières. Avec le vent dans le dos, j’avance à une vitesse impressionnante. À peine trois quarts d’heure après mon départ, Eddies Cove se matérialise déjà à travers le blizzard !
Le problème est que je ne vois pas comment accoster. Avec la tempête qui fait rage, les vagues déferlent sans interruption sur la grève, formant des rouleaux de près de 2 mètres de haut ; il n’y a pas une seule crique où je pourrais espérer atterrir à l’abri : contrairement aux berges découpées de la Côte-Nord, le rivage est quasi rectiligne. Soudain, j’aperçois un quai à travers le blizzard et la pénombre, à quelques centaines de mètres de ma proue. Me croyant sauvé, je fonce droit dessus. C’est alors qu’une immense vague en rouleau vient se fracasser juste à côté de moi. Avant même que je puisse réagir, l’écume qui en résulte m’assaille et me pousse à toute vitesse vers la grève. Le kayak se met en parallèle à la vague et je m’appuie de toutes mes forces sur la pagaie pour éviter de justesse de dessaler dans les eaux glaciales du détroit de Belle-Isle.
Je n’ai même pas le temps de reprendre mes esprits que déjà une autre vague se rue sur moi ; je réussis encore une fois à m’en sortir. Puis une troisième, beaucoup plus grosse que les deux précédentes. Pour garder l’équilibre, je m’appuie de toutes mes forces sur la pagaie, mais la vague est trop puissante et fait gîter mon kayak. Dans un geste de désespoir, je me sers du haut de mon corps pour m’appuyer sur elle, mais ce n’est pas assez. La vague renverse mon kayak et me voilà à l’eau, flottant parmi les glaçons ! Je ne tente pas d’esquimauter ; mon premier réflexe est de sortir aussi vite que possible. Fidèle à mes mauvaises habitudes, je n’ai pas mon gilet de sauvetage sur moi. Quel imbécile je suis ! Il est attaché sur le pont ! J’ai à peine le temps d’esquisser un geste vers lui qu’une autre vague vient m’arracher le kayak des mains, si bien que je me retrouve seul, sans bouée de sauvetage, dans une eau glaciale, à plusieurs centaines de mètres de la rive. Si je ne meurs pas d’hypothermie avant d’avoir atteint la côte, j’espère que cette fois j’aurai appris la leçon !//p. 285-288

Nathalie Glorion, www.lespassionsdechinouk.com, le 22 décembre 2014 :
« Coureur des bois d’Ilya Klvana, ce livre me semblait tout indiqué pour ce premier billet de l’hiver. Coureur des bois, tout un programme pour moi, qui aime l’univers des trappeurs, des chiens de traîneau et le Canada.
Ce récit est celui d’Ilya Klvana, 20 ans, qui, avant de rentrer dans la vie active, souhaite vivre une aventure hors du commun. Lui qui a toujours habité en ville, rêve de grands espaces. Son père l’ayant bercé depuis sa plus tendre enfance avec les aventures de Jules Verne, lui aussi veut connaître l’aventure. Il décide de partir sur les traces d’Alexander Mackenzie qui fut le premier à traverser le Canada en 1793 de Montréal au Pacifique. Pour ce faire, il construit lui-même son kayak et part sans trop d’expérience dans ce défi de traverser le continent nord-américain de l’embâcle jusqu’à la débâcle, soit en une seule saison. Pour des raisons pratiques, Ilya partira de Prince Rupert, au bord du Pacifique, et ira jusqu’à Montréal, ville où il réside. En cours de route, puisque le temps le lui permet, il décidera de pousser jusqu’à Terre-Neuve en remontant le Saint Laurent, son estuaire et tout son golfe.
Voici ce que l’intéressé écrit en page 12 : “Je savais qu’avec un canot et du temps devant soi, il était possible de se rendre presque n’importe où dans le pays. Je me voyais déjà quitter Montréal en remontant la rivière des Outaouais, fouler des portages millénaires, pagayer sur les Grands Lacs… C’est ainsi que, alors que je contemplais divers trajets, une idée fit soudain irruption dans ma tête : pourquoi ne pas traverser le Canada au grand complet, d’un océan à l’autre ? Ce serait là un véritable voyage d’aventure, digne des explorateur d’antan !”
Quand je me suis commandé ce livre, j’avais lu le titre en diagonale : coureur des bois, traversée du Canada, Transboréal. Pour moi, c’était assez pour valider ma commande. J’ai été un peu surprise en lisant le résumé parce qu’il allait bien s’agir d’une traversée du Canada, mais en kayak, pas en traîneau ni même à pied. Tiens donc, pourquoi coureur des bois alors ?
Bref, si Ilya Klvana a choisi de faire son voyage en kayak, je n’ai d’autre choix que de le suivre, même si, de prime abord, je n’ai pas d’inclination pour le kayak (mon avis a quelque peu changé depuis la lecture de ce livre).
C’est un récit simple, sans prétention que nous livre ici ce jeune homme très courageux. Au fil des pages, il nous prouve que tout est question de volonté ; quand on veut, on peut. Même si par moments, au vu des éléments déchaînés qu’il doit affronter, et des portages fastidieux, il se demande ce qu’il fait là. L’écriture d’Ilya Klvana est limpide, comme l’eau des rivières qu’il a dû remonter et aussi vivifiante que les tempêtes sur les Grands Lacs. Encore une fois, je viens de tourner la dernière page d’un très bon Transboréal.
Coureur des bois est un livre qui plaira à tous les amateurs de récit d’aventure et aux amoureux des grands espaces. Vous avez de la chance, ce livre vient tout juste d’être réédité. »

Chasse-marée n° 230, mars 2011 :
« Rien de tel pour bien démarrer l’année qu’une lecture roborative. Si vous avez le blues, allez vite chez votre libraire acheter Coureur des bois, le récit épatant d’une traversée du Canada en kayak, exploit réalisé en 1999 par Ilya Klvana. À peine achevées ses études de biologie, ce jeune Québécois, fasciné par les voyages de l’explorateur écossais Mackenzie (1755-1820) – qui ouvrit la voie des trappeurs depuis le Saint-Laurent jusqu’au Pacifique pour le compte de la Compagnie des fourrures du Nord-Ouest –, décide d’emprunter les mêmes chemins d’eau, mais dans l’autre sens. À bord d’un kayak en bois de 5,05 m de long et 0,56 m de large, construit de ses propres mains, il parcourt 9 000 km en six mois, soit l’intervalle navigable entre débâcle et embâcle. Parti de Prince Rupert en face des îles de la Reine-Charlotte (Colombie-Britannique) le 11 mai, il parvient à l’Anse aux Meadows (Terre-Neuve) le 26 novembre. Entre-temps, un long chapelet de lacs, de marécages, de fleuves, de rivières, de rapides, d’îles, de barrages, de “portages”, ces sentiers où les trappeurs halaient leurs canots pour contourner les obstacles. Défilent des paysages en Technicolor, dont l’infatigable pagayeur ne se lasse pas de s’émerveiller, et des personnages de rencontre plus attachants les uns que les autres, braconniers goguenards, Amérindiens aux racines coupées, riverains amoureux de leur environnement, tous ébahis par l’audace du “petit gars”.
Il aura tout enduré, Ilya Klvana, les coups de vent, les maelströms, le blizzard et le brouillard, les rapides meurtriers, la boue puante des marais, le chaud et le froid, la voracité des moustiques, la peur du loup et des ours bruns – auxquels il n’oppose qu’une dérisoire bombe à poivre –, les chavirages, les marches forcées dans la neige, le kayak à la traîne et des pales de pagaie en guise de raquettes… Pourquoi se condamner à un tel calvaire ? Sans doute pour le plaisir de vivre en osmose avec la nature, et pour ce sentiment de liberté que seuls connaissent les pérégrins sans bagages. C’est pour cela qu’il dépasse chaque jour ses limites, qu’il navigue par des temps de chien jusque très avant dans la nuit, attiré comme une phalène par ce village perdu dont brasillent les lumières, cette cabane espérée où il fera sécher ses mitaines au-dessus du poêle, cette crique où il pourra haler son esquif et planter sa tente pour, enfin, réparer les misères du jour. Ilya Klvana pourrait à l’évidence être le parrain de notre concours de plans : nul mieux que lui n’a su naviguer léger. »


Nathalie Kermorvant, Le Télégramme n° 687, le 20 mars 2011 :
« Parce qu’il a envie de nature sauvage, des grandes étendues de son enfance, Ilya Klvana, un Québécois d’à peine 20 ans, s’embarque dans une aventure hors du commun. À bord d’un kayak en bois et fibre de verre, il va traverser le Canada d’ouest en est, seul. À l’image des “coureurs des bois” d’autrefois, qui faisaient la traite des fourrures, il navigue sur les rivières, les lacs, se joue des rapides et des portages, affronte le froid, les tempêtes, se nourrit des rencontres avec les habitants. Neuf mille kilomètres en symbiose avec les éléments, racontés d’une écriture alerte et authentique. Un récit que les kayakistes apprécieront particulièrement. »

Dominique Berteaux, professeur d’université, le 28 décembre 2010 :
« J’ai terminé de lire votre livre il y a quelques jours et j’ai fait un très beau voyage ! J’ai l’impression d’avoir traversé le lac Supérieur, d’avoir descendu les rapides Deschênes (du mauvais côté !) et d’avoir lutté contre le froid et les vagues dans le golfe du Saint-Laurent… En fait je crois que je ne verrai jamais plus l’eau tout à fait de la même façon. Félicitations, j’ai trouvé le livre très bien écrit, toujours excitant, et il m’a fait une fois de plus réfléchir à ce qui pousse les jeunes hommes à risquer leur vie au moment de l’entrée dans l’âge adulte : un sujet universel. Sans compter le plaisir de voir en mots les paysages variés du Canada boréal. Entre la construction de votre premier kayak et la diffusion de ce livre, quelle magnifique épopée ! »

Patrice de Ravel, Canoë-Kayak Magazine n° 218, décembre 2010-janvier 2011 :
« Âgé d’à peine 20 ans, Ilya Klvana interrompt ses études de biologie et s’embarque pour la grande aventure : traverser le Canada de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique par les lacs et les rivières – un périple de 9 000 kilomètres !
Souhaitant ne consacrer qu’une saison, de la débâcle à l’embâcle, à son projet, il choisit d’utiliser un kayak, plus rapide qu’un canot et beaucoup plus adapté à la fin du parcours, le golfe du Saint-Laurent.
Il consacre un hiver à la construction d’un kayak sur mesure en lamellé-collé époxy, et part de Prince Rupert, en Colombie-Britannique, au début de mai 1999, pour atteindre le nord de Terre-Neuve – la fameuse Anse aux Meadows où s’établirent des Vikings – à la fin de novembre.
Son bateau se révèle être un excellent compagnon. Léger aux portages, habile dans les rapides, passant sans problème les vagues parce que ponté, il vient moins difficilement qu’un canoë à bout des vents contraires des Grands Lacs et des glaces du littoral du grand fleuve québécois. Il a été l’un des éléments de la réussite du projet qui semblait un peu fou.
Tout au long de l’itinéraire, Klvana se joue, en véritable coureur des bois héritier des pionniers de jadis, des rapides et des portages, des cours d’eau comme des éléments, au sein d’une nature peuplée d’animaux sauvages, castors, orignaux, ours et loups. Il goûte, à travers ses journées d’effort intense, la rencontre avec les Indiens et les descendants des colons, la pêche au doré et au brochet, les nuits dans la forêt boréale… Ce périple en solitaire et en une seule saison de navigation constitue une première mondiale.
Son récit rédigé au présent de l’indicatif est d’une grande vivacité. Son style alerte transcrit parfaitement ses enthousiasmes, ses difficultés, son bonheur à réaliser son rêve de vie en pleine nature. Ilya Klvana embarque littéralement son lecteur à bord de son kayak et l’entraîne dans son sillage. Voilà un formidable récit pour passer l’hiver le nez rivé sur des cartes, les yeux dans les étoiles. »

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