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Une œuvre de Tullio Rizzato Editions Transboréal

Himalaya

Un voyage en musiques
9782913955639
Prix 25,00 € Disponible EAN : 9782913955639
ISBN : 978-2-913955-63-9
ISSN : 1960-3894

Huit mois de collecte, du Ladakh au Sikkim, en passant par le Népal et le Tibet, ont permis aux auteurs de s’imprégner des ambiances musicales et sonores de l’arc himalayen. Chants de moisson ou de veillée des Ladakhis, d’amour de la Spiti, oraison hindoue ou joutes oratoires des moines tibétains, ragas du Népal, manifestation des indépendantistes bengalis, ode de berger lepcha, c’est tout l’univers et les préoccupations des peuples du Toit du monde qui, par-delà les images, se révèlent à travers un CD-audio aux qualités d’écoute professionnelles, rehaussée par la narration du voyage et de ses rencontres, ainsi que des explications sur les modes et les instruments musicaux.

OUEST HIMALAYEN
Ladakh
1. Ambiance matinale dans l’oasis – Stok
2. Ali Yato – Ladakh Artist Society of Leh – Leh
3. Chant de veillée – Tsering Angchok – Dah
4. Puja – monastère de Lamayuru
5. Appel du muezzin & prière Durud – mosquée de Leh
6. Vent dans l’orge & chant de moisson – Stok
7. Fête estivale – Stok
8. Danses cham – monastère de Taktok
Changthang
9. Ambiance vespérale – camp de Kharnak
10. Chant – Tsering Choldan – camp de Kharnak
Spiti
11. Travaux sur l’aire de battage – Sagnam
12. Chant d’amour – Papu Rajesh Kumar – Kaza
Kinnaur
13. Bhaba La – Noan Tsering – Kafnu
Himachal Pradesh
14. Dadül Nyènkyong – Tibetan Institute of Performing Arts – Dharamsala
Uttaranchal
15. Supplique d’un mendiant – Binod – Haridwar

NÉPAL
Vallée de Katmandou
16. Resham Phiriri – musiciens gaïné – Katmandou
17. Fête d’Indra Jatra – Durbar Square à Katmandou
18. Puja – monastère de Shechen à Bodhnath
19. Oraison hindoue – temple de Pashupatinath
20. Quartier des potiers & vannage – Bhaktapur
21. Raga – B. Marandhor & S. R. Bajracharya – Bhaktapur
Helambu
22. Ambiance de jungle – Kutumsang
23. Chant de veillée – Harkyal Sherpa – Tarkeghyang
24. Billard indien – Melamchi Bazar
Annapurnas
25. Chant de la fête de Tihar – Pothana
26. Ambiance de glacier – camp de base des Annapurnas
27. Caravaniers & couturier – vallée de la Modi Khola

TIBET
Friendship Highway
28. Drapeaux à prières – Lalung La
Vallée de Lhassa
29. Tsang Tashilumpo – Kassa – Barkhor
30. Prosternations – temple du Jokhang
31. Chant de nonne – Jumi Padma – Barkhor
32. Chant des imprimeurs – monastère de Drepung
33. Joutes théologiques – monastère de Sera
Namchen Tangla
34. Ressac lacustre – Namtso

EST HIMALAYEN
Bengale occidental
35. Raga – S. Dewan, O. & R. Gurung – Darjeeling
36. Manifestation – Gurkha National Liberation Front – Kalimpong
Sikkim
37. Puja – monastère d’Enchey à Gangtok
38. Pilonnage du millet – Linchang
39. Acussu Sempandi – Simon Lepcha – Lachung
40. Ula Maya – Sonam Topkey – Thangu

Vallée de Katmandou – Népal//Dans une cour secrète où nous entrons par une porte basse, un potier travaille une motte de terre glaise posée sur son tour. D’un geste souple et précis, il façonne par dizaines des petites coupelles qu’il dispose sur un plateau d’osier. Plus loin, sur la grande place du quartier, une vieille femme expose délicatement ces centaines d’objets en terre crue afin qu’ils sèchent au soleil. Perdue au milieu des poteries, elle semble un îlot entouré de vaguelettes de terre. Une fumée épaisse envahit bientôt la cour. Des ballots de paille se sont embrasés en un instant dans le four à ciel ouvert et répandent une vive chaleur. Puis le feu s’essouffle et s’éteint rapidement, permettant aux potiers de récupérer sous la cendre une multitude de poteries maintenant cuites qu’ils manipulent avec des pinces en fer pour ne pas se brûler. Elles seront ensuite conditionnées dans de grands sacs puis vendues à travers tout le pays.
Nous sommes à Bhaktapur, ancienne cité royale de la vallée, renommée pour la qualité de son artisanat. La ville est habitée par une importante communauté newar, que l’on considère comme la première occupante de la vallée. Artistes et artisans hors pair, c’est aux Newar que l’on doit l’édification de la plupart des monuments de celle-ci, notamment des pagodes dont ils seraient les inventeurs. L’histoire raconte en effet qu’ils auraient exporté ce type de monument dans toute l’Asie orientale, à l’occasion d’un voyage qui devait les mener jusqu’à la cour des empereurs mongols à Pékin.
Bhaktapur est aujourd’hui un joyau d’architecture et de sculpture, et se perdre dans ses ruelles est pour nous un vrai délice. C’est aussi un havre de tranquillité après la frénésie de Katmandou, car il y a peu de circulation dans les rues ; chaque quartier est un village dans la ville, centré autour d’une grande place où la vie quotidienne bat son plein.
Les anciens discutent sur le pas des portes, tandis que des femmes s’activent sur la place au milieu de ribambelles de gamins. L’atmosphère est bucolique : c’est la fin des fenaisons ; les femmes vannent les grains dans le vent, utilisant de larges plateaux tressés qu’elles agitent souplement. De loin, ces gestes immuables ressemblent à une chorégraphie silencieuse, et des dizaines de petits tas dorés se forment au soleil. C’est un moment de calme et de paix, inestimable dans cette bruissante vallée de Katmandou, que nous essayons d’immortaliser sans le troubler. Afin de ne pas nous faire remarquer, je laisse l’enregistreur et le casque cachés dans mon sac, les micros négligemment coincés entre les genoux, et j’enregistre la scène sans la regarder, captivé par le détail d’un balcon en bois qui surplombe la place. Cette ruse nous permet parfois d’enregistrer les sons de la vie quotidienne sans attirer des grappes d’enfants, certes mignons mais généralement aussi bruyants que curieux. Il arrive aussi que la ruse soit éventée. Nous leur faisons alors une petite démonstration d’enregistrement, puis le casque passe de main en main, à la plus grande joie des bambins.//p. 58-60

Ladakh – Ouest himalayen//Dans un dédale de coursives et de passages, deux moinillons jouent à cache-cache avec un chiot et se poursuivent autour des stupas avec force éclats de rire. Puis ils disparaissent subitement, laissant retomber le silence sur les imposantes bâtisses qui nous font face. Dressé sur un éperon rocheux au milieu d’un paysage austère et grandiose, Lamayuru est un des plus anciens monastères du Ladakh. L’enchevêtrement des bâtiments, des escaliers et des venelles, où nous nous perdons, témoigne des nombreux aménagements effectués au cours des siècles.
Les moinillons ont dû rejoindre leur salle de classe, car nous entendons bientôt la rumeur de leurs récitations. Au Ladakh, traditionnellement, le fils aîné de la famille se marie et hérite des biens de ses parents, alors que le cadet est destiné à la vie monastique. Les futurs novices entrent au monastère entre 7 et 10 ans, et apprennent pendant plusieurs années à lire et à écrire le tibétain, avant de prononcer leurs vœux ou de renoncer à la vie monastique. Assis sur les toits en terrasses des bâtiments scolaires, les élèves récitent bruyamment leurs leçons, en se lançant en douce de petits cailloux, puis ils redeviennent subitement absorbés par leur texte lorsque le maître s’approche d’eux.
À l’heure de la prière du soir, nous pénétrons dans une grande salle ornée de statues, de fresques et d’objets rituels. Sur un coin de l’autel trône le portrait du dalaï-lama, chef spirituel de la communauté bouddhiste tibétaine. Le monastère est déserté en ce moment car la plupart des moines sont partis suivre les enseignements publics du dalaï-lama à Leh, où une importante communauté s’est réfugiée après l’annexion du Tibet par l’armée chinoise. Le dalaï-lama, par sa présence, leur prodigue un soutien à la fois moral et spirituel. Resté seul, un moine assure chaque jour la puja, cérémonie d’offrande pendant laquelle sont récités des textes religieux. Il s’accompagne de plusieurs instruments ayant chacun une signification et un rôle bien précis dans le rituel : des deux cymbales sbug-chal, la cymbale supérieure symbolise l’Air et la cymbale inférieure la Terre. Simultanément, le moine frappe à l’aide d’une baguette courbe un tambour à double peau suspendu, le rnga, de différentes manières de façon à repousser certains démons… Enfin, la clochette drilbu représente la Connaissance et la Sagesse.
Le moine récite son texte de façon rythmée, jouant sur les hauteurs des notes en fonction de la ponctuation des phrases. Les cymbales, par leur sonorité et leur symbolisme, sont considérées comme un instrument directeur du culte, et font office de repère temporel. Elles annoncent un changement de rythme et d’étape dans le déroulement de la puja. Par respect pour le culte, nous ne prenons pas de photographies lors de cette cérémonie. Nous nous imprégnons plutôt de l’ambiance lancinante et répétitive, qui invite au recueillement.

Assis sur les hauteurs de Leh, à l’écart de la circulation bruyante du bazar, nous contemplons le paysage austère de la vallée de l’Indus. Une prière récitée par des moines bouddhistes nous parvient d’un temple lointain, diffusée par haut-parleurs à l’occasion de la visite du dalaï-lama dans la ville. L’appel à la prière du muezzin se fait soudainement entendre, comme une réponse à la psalmodie des moines, invitant les musulmans à se rendre à la mosquée. Nous sortons précipitamment le matériel de reportage que, fort heureusement, nous transportons toujours avec nous, afin de capter cet instant singulier et éphémère. Étrange mélange de sonorités et de religions, qui rappelle que l’islam est depuis longtemps implanté ici. C’est une facette méconnue du Ladakh, présenté généralement comme un pays essentiellement bouddhique. Descendant des marchands caravaniers et des envahisseurs moghols venus s’établir à Leh au début du XVIIe siècle, la communauté musulmane représente aujourd’hui près de la moitié de la population du district. Elle est traditionnellement engagée dans le commerce, alors que les bouddhistes ont une activité plus agricole. Ainsi, bouddhistes et musulmans se côtoient sans heurts depuis de nombreuses générations, à l’image du temple et de la mosquée qui se dressent de chaque côté d’une même rue, à quelques pas l’un de l’autre. Les deux communautés sont néanmoins assez cloisonnées, les mariages intercommunautaires restant mal vus par de nombreux Ladakhi.
Intrigués par cette facette de la société que nous méconnaissons, nous souhaitons asister à une cérémonie musulmane. Conduits par Shabir Hussain, un sympathique boutiquier du bazar, nous nous rendons à la mosquée. Carine reste malheureusement à la porte, car la salle où nous entrons est réservée aux hommes. Ce soir-là, une prière appelée Durud est célébrée afin d’honorer le prophète Mahomet et d’appeler sa bénédiction. Comme partout ailleurs dans le monde musulman, les prières se font en arabe, ici teinté d’un fort accent ladakhi. Habituellement récitées par l’imam seul, elles sont ici déclamées par l’ensemble de l’assemblée. Cette spécificité locale, nous explique Shabir, remonterait à la venue du missionnaire soufi Hazrat Shaya Amdan qui, il y a soixante ans environ, apprit aux fidèles des prières en les faisant répéter après lui, à l’unisson et à voix haute. Depuis, l’habitude serait restée.
Cette invocation me fait une forte impression. Ces hommes, imposants dans leur djellaba, s’agenouillent d’un seul mouvement et sont en totale communion. Ils témoignent d’une foi qui impose le respect. La présence d’un Occidental en ces lieux, inhabituelle apparemment, en intrigue plus d’un. Pensant que je suis attiré par l’islam, un grand homme barbu au regard sévère tente de me traduire le Coran et nous invite, Carine et moi, à le rejoindre à Srinagar pour découvrir sa religion… Nous déclinons sa proposition avec force remerciements et prenons le large avant d’être convertis.//p. 16-18

Vallée de Lhassa – Tibet//À toute heure du jour ou de la nuit, des pèlerins s’inclinent devant le Jokhang, principal temple de Lhassa. Jeunes ou vieux, laïcs ou religieux, ils sont tous unis dans la prière. Leurs prosternations ressemblent à une danse silencieuse. Après avoir joint les mains au-dessus de la tête, au front puis au cœur en signe de respect du corps, de la parole et de l’esprit, ils s’allongent en posant le front à terre. Les cinq points du corps en contact avec le sol doivent permettre à la colère, l’ignorance, l’orgueil, la jalousie et le désir de quitter leur enveloppe charnelle pour se perdre dans les profondeurs de la Terre…
Le Jokhang est avec le mont Kailash un des lieux les plus sacrés du lamaïsme. Le temple abrite la statue de Jowo, représentation de Bouddha qui aurait été sculptée de son vivant. Ou qui, comme certains le pensent, se serait formée d’elle-même… Cette statue aurait été offerte au VIIe siècle par l’épouse chinoise du premier roi bouddhiste du Tibet, Songtsen Gampo, qui a unifié le pays et y a introduit le bouddhisme.
La ferveur des dévots nous fascine. Nous restons de longs moments assis devant le temple, les micros discrètement calés entre les genoux, bercés par l’ambiance du flot des pèlerins qui récitent des mantras, du son des mains qui frottent contre le sol, du bruissement des habits sur les pavés. Puis nous pénétrons dans le temple, dans une obscurité aux relents de sueur et de graisse fondue. Le Jokhang n’a pas le faste et les trésors du Potala, où le nombre de touristes excède de beaucoup celui des pèlerins. Mais ce temple dégage une atmosphère particulière, mélange de piété et d’histoire, symbole d’une foi toujours vivante. Nous sommes conscients de la chance que nous avons d’être ici, et nous avons une pensée émue pour les jeunes Tibétains rencontrés à Dharamsala, qui n’ont encore jamais vu leur patrie.
Autour du Jokhang, de nombreux fidèles parcourent le Barkhor, l’un des trois circuits sacrés qui entourent le temple. De l’aube à la nuit tombée, c’est un défilé de pèlerins venus de tous les coins du Tibet, du Cham, de l’Amdo ou du Changthang : costumes traditionnels chatoyants, manteaux en peau de mouton, chapeaux de cow-boy, cheveux tressés et cousus de turquoises… Munis de moulins à prières manuels qu’ils font tourner tout en marchant, ils se livrent à d’inlassables circumambulations autour du Jokhang en récitant des prières.
Un pèlerin, vêtu d’un tablier de cuir et pourvu de planchettes de bois sous les mains, s’avance lentement vers nous. Il se prosterne tous les trois pas et ce depuis son village, éloigné de centaines de kilomètres. Son pèlerinage dure depuis des mois, peut-être même des années. Admiré et considéré de tous, il vit de mendicité. Les passants lui donnent volontiers, car faire l’aumône est une mise en pratique de la compassion enseignée par le bouddhisme.

Non loin du Barkhor, dans une rue étroite et fréquentée, deux voix puissantes et rauques émergent du bruissement de la foule. Assises à même le sol, deux nonnes psalmodient des mantras au milieu des passants. Nous essayons par geste de leur faire comprendre que nous souhaitons les enregistrer, leur montrant le casque et les microphones. Elles sourient timidement, rougissent, rient, puis l’une d’elles, Jumi Padma, accepte de chanter pour nous.
Les difficultés commencent lorsque nous cherchons un endroit tranquille et discret alors que notre simple présence, bien intrigante il faut le dire, suffit chaque fois à attirer tout le quartier. Et, bien sûr, une marmaille aussi nombreuse que reniflante… Dans une cour intérieure, sous les yeux intrigués d’une dizaine de gamins, Jumi entonne une mélopée sur les quatre paroles du Mani, le célèbre mantra “Om Mani Padna Hum”. Le Mani invoque la divinité Avalokiteshvara, Bodhisattva de la compassion, appelé aussi Chenresi au Tibet. En répétant ce mantra, la nonne s’identifie à Chenresi afin de développer ses qualités de compassion et d’amour. La traduction du Mani est difficile et revêt plusieurs niveaux de compréhension selon “l’éveil” du récitant. On peut le traduire par “Om, le Joyau et le Lotus, Hum”. Les sons Om et Hum n’ont pas de signification littérale. Prononcés d’une façon particulière, ils ont une qualité à la fois méditative et symbolique. Le Joyau et le Lotus ont plusieurs significations, dont l’une associe au Lotus l’évocation du Dharma, la voie bouddhique. Le Joyau est alors associé à la vérité libératrice qui est enclose dans le Dharma. Ce mantra est extrêmement courant, on le retrouve gravé sur les moulins à prières, sculpté sur des pierres ou inscrit sur les drapeaux. Les dévots le récitent tout en continuant leur travail, ce qui leur permet de pratiquer le bouddhisme à n’importe quel moment du jour.
Pour chanter le Mani, Jumi Padma utilise une technique vocale originale, bien différente des pratiques vocales occidentales. Sa voix, placée très haut, ne contient aucun vibrato et semble toujours à la limite de la saturation physiologique. Les longues phrases musicales dénotent une maîtrise du souffle peu commune. Essoufflée, elle nous salue et nous gratifie de sourires qui compensent les difficultés de communication.
Nous sommes réconfortés par cet échange chaleureux qui contraste avec les premières rencontres tibétaines. Depuis la frontière du Népal, nous n’avons été abordés que par des solliciteurs. Ici, les Tibétains nous offrent des sourires “pour rien”, nous abordent avec des gestes de bienvenue et engagent facilement la discussion quand ils parlent anglais. Un instituteur nous explique la situation difficile que vit le Tibet aujourd’hui. Il nous confie sa peine de ne pouvoir enseigner le tibétain dans son école, car le gouvernement l’interdit. Tout en parlant, nous guettons du coin de l’œil les policiers chinois qui, à chaque angle du temple, surveillent la place du Jokhang.//p. 82-84

Sikkim – Est himalayen//Les trompes tibétaines poussent de longues plaintes sous les stridulations des hautbois et le fracas des cymbales. Dans un feu d’artifice de sonorités contrastées, la puja à laquelle nous assistons célèbre la naissance de Bouddha. Assis face à face sur des banquettes basses, une trentaine de moines psalmodient à l’unisson des textes sacrés, rythmant leur chant sur la battue du tambour. Les textes sont entrecoupés par des parties instrumentales dont chaque élément revêt une signification propre.
Voilà cinq mois que nous voyageons, et cette musique pourtant exotique nous paraît désormais familière. Les cérémonies bouddhiques auxquelles nous avons assistées à travers l’Himalaya utilisaient des instruments plus ou moins identiques, chaque école monastique possédant ses propres traditions musicales. Trompes dungchen, hautbois rgyagling, tambours rnga, cymbales sylsnyan et clochettes drilbu sont des instruments que l’on retrouve aussi bien au Ladakh ou au Sikkim qu’au Népal. Ces éléments communs au bouddhisme tibétain tranchent avec la diversité musicale que nous avons observée par ailleurs dans les musiques profanes. Déconcertés les premiers temps par cette musique rituelle bien éloignée d’une messe de Bach, nous en apprécions de plus en plus les ambiances contrastées, où les moments de recueillement alternent avec de véritables explosions sonores. La ferveur religieuse qui va de pair avec ces cérémonies joue aussi beaucoup dans l’appréciation de cette musique. De nombreux dévots défilent devant la statue de Bouddha qui trône au centre du gompa. Ils lui apportent des offrandes, et déposent devant la statue des katak, des écharpes cérémonielles de soie blanche, dans lesquelles sont parfois glissés quelques billets. Dans un coin du temple, un moinillon veille sur les lampes à beurre allumées par les fidèles. Chaque flamme symbolise la lumière de la connaissance, et est censée dissiper les ténèbres de l’ignorance.
Les moments de silence nous laissent entendre plus loin, dans la cour, des élèves qui déclament leur leçon, tous en même temps et le plus fort possible, de façon à couvrir la voix du voisin…
L’ambiance chaleureuse du gompa d’Enchey nous réconforte après notre arrivée à Gangtok, la capitale triste et sans charme du Sikkim. Coincé entre le Népal, le Bhoutan et le Tibet, le Sikkim est une région stratégiquement importante pour l’Inde dans un contexte frontalier conflictuel avec la Chine. L’État indien a donc beaucoup investi dans son développement depuis les années 1970, de façon à asseoir sa position face à son puissant voisin. Situé à flanc de montagne, Gangtok est une ville de construction récente et déjà délavée par les moussons successives. De la pluie, il en tombe sans cesse depuis que nous sommes arrivés, et l’humidité est permanente. Heureusement, les Sikkimais sont accueillants et leur gentillesse nous réchauffe le cœur.

Nous nous étions habitués, après le Ladakh ou le Népal, à nous extasier devant les particularités architecturales des villes et des villages. Maisons tibétaines en briques de terre crue, pagodes aux poutres en bois sculpté, maisons sherpa aux toits de lauzes, la diversité et la beauté des édifices est un régal pour les yeux. Mais le Sikkim est victime de sa prospérité économique, et le bois a été remplacé par du solide béton, les anciens toits de bardeaux sont maintenant faits de tôles, plus étanches et plus résistantes. Il ne reste guère de traces de l’architecture traditionnelle, hormis lorsque l’on s’enfonce dans la montagne. Si le charme du Sikkim ne réside pas dans son habitat, nous sommes conquis par ses habitants. La région est encore peu touristique et les relations avec les Sikkimais sont plus saines, sereines et authentiques que dans beaucoup d’autres endroits de l’Himalaya. En effet, la différence de richesse fausse beaucoup de relations, et des rencontres que, naïvement, nous croyions spontanées ont été gâchées par des intérêts vénaux. Heureusement, notre démarche musicale nous a permis de tisser des liens intimes et sincères avec les populations, et, hormis quelques musiciens professionnels que nous avons payés comme il se doit, nous avons eu de beaux échanges humains.
Afin de découvrir un Sikkim plus traditionnel, nous partons dans les montagnes à l’ouest de la région, au pied du fameux Kangchenjunga. Nous suivons un sentier pavé qui sinue au milieu de la jungle, traversant de loin en loin quelques groupes de maisons accrochées à la pente. La modernité n’a pas encore rattrapé ces endroits difficilement accessibles, et la plupart des villages ne manquent pas de charme. Au hameau de Lingchang, deux femmes accompagnées d’une ribambelle d’enfants pilent le millet afin de confectionner la tongba, la bière locale. Dans une profonde auge en bois brut, elles écrasent les épis afin d’en détacher les grains. Ceux-ci, une fois fermentés, seront servis dans de grandes chopes en bois remplies d’eau chaude. L’infusion légèrement alcoolisée ainsi obtenue se boit avec une paille, et lorsque qu’il n’y a plus de liquide, il suffit de rajouter de l’eau chaude, et ce jusqu’à la satiété du consommateur.
Après moult pantomimes et démonstrations à l’appui, nous parvenons à nous faire comprendre de ces dames, qui acceptent avec un sourire timide que nous les enregistrions pendant leur travail. Comme bien souvent lorsque nous captons des scènes de la vie courante, nous serions curieux de savoir ce qu’elles disent de nous. Nos connaissances linguistiques se révèlent hélas une fois de plus insuffisantes. L’enregistrement fini, une joyeuse pagaille éclate quand les enfants se disputent le casque pour en écouter le résultat. C’est un vrai moment de partage et de complicité. Le rire de ces enfants et celui de leurs mères, qui s’entendent parler pour la première fois, justifient à eux seuls notre voyage.//p. 102-104

Michel Vincent, Guides, La lettre d’informations aux guides du Syndicat national des guides de montagne n° 7, septembre 2009 :
« Voici un livre raffraîchissant ! À trois entrées, de quoi satisfaire les 3D de nos multiples cerveaux, ce livre nous offre trois approches différentes et complémentaires dans les rencontres que les hasards du voyage proposent.
Sur la page de gauche, un texte simple et vrai raconte les instants et les ravissements. Les phrases sont imagées et nous enrichissent d’expressions et de mots des langues autochtones. Sur la page de droite, une photo ou des photos (paysages, portraits, détails). Pas de classiques ni de déjà-vu. Toutes sont originales, elles sont celles d’un œil attentif, affûté, à la recherche d’un point de vue et d’un clin d’œil. Les portraits sont nobles et pleins de tendresse.
Et puis il y a la troisième dimension, celle des enregistrements et de la musique. Tous ces bruits, ces murmures, ces chants, ces mélanges de prières, le vent et les voix, autant de ravissements, d’échos et de réveils à mes oreilles. Oui, j’ai entendu ça, là-bas, une fois au hasard du chemin, dans l’écho lointain du paysage, lors d’une fête surprise dans un village d’étape. Et là, quelle merveille d’écouter, assis, tranquille, ici,
at home, chez soi, chez moi. La nostalgie est là. Je réactive en virtuel mon voyage en 3 D. La prise de son est parfaite, la palette est riche et variée. Certaines prises sont d’heureux et inattendus happenings. Mon seul regret : que l’enregistrement à chaque chapitre soit si court, qu’il n’accompagne pas toute la saveur de la lecture, alors que plus de cinquante heures d’enregistrement ont été réalisées. Alors play it again Tullio et merci Carine ! »

Frank Tenaille, César n° 273, mars 2009 :
« Huit mois de collecte, du Ladakh au Sikkim, en passant par le Népal et le Tibet, ont permis à Tullio Rizzato (professeur de son au conservatoire de Grenoble et clarinettiste de jazz) et à Carine Rochez (flûtiste et diplômée en psychologie cognitive de la musique) de marier leurs goûts sportifs et leur passion pour la musique. Chants de moisson ou de veillée des Ladakhis, d’amour de la Spiti, oraison hindoue ou joutes oratoires des moines tibétains, ragas du Népal, manifestations des indépendantistes bengalis, odes de bergers lepcha : tout l’univers et les préoccupations des peuples du Toit du monde se révèlent à travers un CD-audio aux qualités d’écoute professionnelles, rehaussé par la narration d’un voyage et de ses rencontres, ainsi que des explications sur les modes et les instruments musicaux. »

Un lecteur, www.fnac.com, le 23 novembre 2008 :
« Un fantastique voyage sonore et musical à travers l’Himalaya, à ne pas manquer. L’association des sons, des images et des textes retranscrit admirablement les ambiances que nous avons connues là-bas… »

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