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Une œuvre de Julie Baudin Editions Transboréal

Odyssée amérindienne (L’)

À la rencontre des peuples premiers
9782361570859
Prix 20,90 € Disponible EAN : 9782361570859
ISBN : 978-2-36157-085-9
ISSN : 1633-9916

Deux années durant, Julie Baudin et son compagnon ont arpenté le continent américain à la rencontre des peuples autochtones de seize pays. Accueillis dans ces sociétés traditionnelles en pleine mutation, ils s’intègrent à la vie communautaire et participent aux activités quotidiennes comme la pêche sous la glace, le filage et le tissage, ou encore la récolte de la coca. Inuit et Tlingit d’Alaska, Tarahumaras du Mexique, Guambianos de Colombie, Shuars d’Équateur, Quechuas du Pérou, Aymaras de Bolivie ou Mapuches du Chili : chacune des ethnies les initie à ses traditions spirituelles et culturelles, du potlatch à l’érection de totems, de la cérémonie du nouvel an à celle du mariage en passant par les séances de divination. Les peuples d’Amérique ont ainsi ouvert aux deux voyageurs les portes de leur existence, transmettant leur joie et leurs secrets mais aussi leurs inquiétudes à propos de l’évolution des sociétés contemporaines.

Prologue

1. La Dernière Frontière

2. Des Corbeaux et des Aigles

3. « Le Denendeh est notre terre »

4. La traversée du désert

5. « La vérité est dans la sierra »

6. Les hommes de maïs

7. Rebelles des Caraïbes

8. Chapeaux melon et jupes de laine

9. Chicha et ayahuasca

10. Des montagnes et des hommes

11. À la Pachamama !

12. Fin du monde… fin d’un monde ?


Notes

Bibliographie

Prologue//De la toundra aux déserts arides, des forêts pluviales aux plages de sable blanc, des hauts plateaux ventés aux jungles denses, nous parcourions l’Amérique en rêve. Amérique du Nord, Amérique centrale et Amérique du Sud n’étaient aucunement concurrentes à nos yeux. Alors pourquoi ne pas traverser les Amériques comme une seule Amérique, un seul continent, une seule terre – multiple et une à la fois ? Alaska/Terre de Feu. Combien de milliers de kilomètres séparaient ces deux parties du globe ? Nous l’ignorons encore aujourd’hui. Malgré la distance, nous n’étions pas les premiers à choisir cet itinéraire. Certains avaient même eu le courage de le parcourir à pied ! Pour notre part, l’idée d’un défi sportif céda rapidement devant d’autres désirs plus forts. Nous devions choisir entre prendre le temps de nous déplacer, au risque de devoir écourter le plaisir de la rencontre, ou glisser à la vitesse de quatre roues, à l’allure d’un bateau ou au pas d’un cheval pour nous arrêter là où nous en ressentirions l’envie ou le besoin. Nous optâmes pour le second choix, forts d’une curiosité croissante à l’égard des peuples, et plus particulièrement de ceux dont on dit, sans en faire grand cas, qu’ils étaient là “avant”. Ces peuples que l’on appelle parfois “premiers”, “autochtones”, “indigènes”, “Amérindiens” ou encore “Indiens d’Amérique”. L’aventure humaine était la priorité. Les conditions économiques, politiques, climatiques, géographiques et culturelles de chaque pays décideraient pour nous des moyens de transport que nous emprunterions. Néanmoins, une seule chose était certaine : nous voulions éviter de prendre l’avion.
Sur la silhouette de l’Amérique vint enfin se dessiner un fin trait de crayon rouge, notre seul repère pour les mois à venir. Une question restait à résoudre : combien de temps partir ? Car de la durée d’un tel périple dépendrait le budget. Un an se changea rapidement en dix-huit mois, qui devinrent finalement deux années. Deux ans ! Comment allais-je financer cela ? Du haut de mes vingt-deux printemps, mes seules richesses se résumaient à quelques livres, une vieille voiture et un esprit habité de rêves et de peurs. Mon compte en banque n’était pas à la hauteur d’une telle aventure.
Une année de préparation suffit tout juste à boucler la boucle.//p. 9-10

Noatak River ~ 5 avril 2005//Trouver à manger est certes vital, mais ce n’est pas ce qui occupe le plus Gene et Christine en cette saison. Il y a bien d’autres activités – la lecture, le tricot, le “cinéma”, quand on s’autorise à allumer le générateur le temps d’un film passé sur le vieux magnétoscope.
Il y a, chez Gene et Christine, un je-ne-sais-quoi qui nous fait nous sentir ailleurs. Un ailleurs touchant, familier et humble, comme l’est ce couple atypique auquel nous sommes déjà attachés. La chaleur du poêle nous prenant au corps après la gifle cinglante du froid y est sûrement pour quelque chose dans le bien-être que nous éprouvons ! Il y a aussi le cliquetis de l’horloge bancale et perpétuellement en retard d’une trotte. Et la VHF enrouée, toujours à l’affût de la moindre rumeur, qui reste le principal outil de communication malgré la concurrence de la toute jeune ligne téléphonique. Dans un coin trône une pile d’anciens numéros du National Geographic, dont les spécimens décolorés par l’âge (le plus récent remonte à 1987) parviennent toujours à rendre les heures moins longues. La maison de Gene et Christine est un méli-mélo d’instants de vie, de calendriers dépassés, de dessins d’enfants et de cartes postales trentenaires qui prétendent à un pan de mur au même titre qu’un Matisse, et des photos, des dizaines de photos jaunies ou déchirées qui, mesquines, viennent rappeler, sur la fine cloison ou au sein d’un album, un passé doux-amer, une jeunesse méconnaissable.
Des accidents de parcours, ils en ont connu, Gene et Christine. Ils n’ont pas toujours vécu ainsi, dans la quiétude de leur petite maison dans la toundra. Comme la plupart des indigènes alaskans de leur génération, ils furent envoyés à l’école dans les Lower 48 (les “48 d’en bas”, à savoir le reste des États-Unis), dans un établissement strictement réservé aux “Indiens” et aux Eskimos. Non seulement on leur y apprenait à oublier leur langue natale et leur culture (Gene, qui parlait couramment l’iñupiaq, est aujourd’hui complètement anglophone), mais en plus on leur assurait que c’était pour leur bien. L’éducation n’était-elle pas l’unique moyen d’accéder au monde “civilisé” de l’élite blanche états-unienne ? Ce qui n’empêchait pourtant pas qu’on les traitât comme on l’avait toujours fait. Civilisé ou non, l’Indien reste un Indien. On ne se gênait pas pour afficher sur les vitrines des magasins No Indians ou encore Whites only (“Blancs uniquement”), quand on ne proférait pas ouvertement des insultes à leur encontre. On réservait certaines séances de cinéma aux indigènes et aux latinos pour s’assurer qu’ils ne se mêlent pas aux Blancs. Autant de discriminations qui vous forgent un caractère, une vie. Leur baccalauréat en poche, Gene et Christine revinrent au pays. Mais comment vivre comme leurs parents et grands-parents quand ils s’étaient si bien accoutumés au mode de vie occidental ? Chasser ? Pêcher ? Élever des chiens pour se déplacer ? À quoi bon quand, avec quelques morceaux de papier froissé, on pouvait acheter de la nourriture, des vêtements, un Ski-Doo, du gazole. Le choix fut rapidement fait. Christine devint ainsi femme de ménage à l’hôpital.
Gene et Christine s’en sont plutôt bien sortis, même si le salaire de cette dernière s’est longtemps évaporé en bières et autres spiritueux pour nourrir la dépression de son mari. Mais on évite de parler de cela, car l’alcoolisme, qui touche presque tout le monde dans l’Arctique, reste un sujet tabou et l’alcool une substance bannie ; à tel point que les habitants de Kotzebue eux-mêmes ont fait interdire la vente de spiritueux dans la communauté, ce qui en a par ailleurs encouragé le trafic illicite. Gene a gardé de cette période, aujourd’hui révolue, de grosses poches pleines de tristesse sous ses yeux noirs. Et une Bible, dont il lit quelques pages à voix basse dès qu’il en a l’occasion. Car, paradoxalement, après avoir détruit les peuples en les acculturant, les Églises chrétiennes s’en sont fait les sauveurs en les sortant de l’alcoolisme.
“Gene a beaucoup changé !” soupire Christine en nous déballant une série de photos tachées de visages lointains.
Gene était bel homme plus jeune. Quant à Christine, le temps ne l’a pas épargnée. Sa fine silhouette aux accents asiatiques lui a fait faux bond depuis belle lurette. Mais elle s’en fiche. Car depuis toujours, elle est persuadée d’être entre les mains de Dieu et a une confiance inouïe en la vie. Cela explique la présence d’un Jésus grandeur nature flottant dans sa toge fuchsia contre l’un des murs de la pièce principale.
Quoique sous la protection d’une personne aussi influente que le fils de Dieu, Christine a beaucoup souffert. Bien avant d’être envoyée à Chemawa High School, dans l’Oregon, son père lui enseignait déjà à renier ses ancêtres iñupiat. Lui-même de mère indigène mais de père suédois (un marin qui avait un jour échoué en Alaska puis s’était laissé séduire par le charme des femmes du coin), il avait formellement interdit à son épouse de converser en langue iñupiaq en présence de ses enfants. Aux yeux de Christine, qui avait toujours parlé anglais comme n’importe quel citoyen nord-américain, il était alors incompréhensible qu’on puisse l’assimiler à une Native. Pour quelle raison lui refusait-on certains lieux publics alors qu’elle portait en elle du sang blanc ? Ni vraiment eskimo, ni vraiment blanche. Qu’était-elle alors ?
Aujourd’hui, Gene et Christine ont cessé leurs tergiversations avec l’existence. En quittant la ville pour réapprendre à chasser et à pêcher, ils mènent une vie simple et, de mon point de vue, idyllique. Nulle obligation de travailler pour d’autres. Seule la survie les préoccupe. Ils ont peu de biens, certes, mais ils en sont les propriétaires. Chaque année, quelques milliers de dollars (ce qui est bien peu sous ces latitudes) tombent du ciel, ou presque, jusque sur leur compte en banque : les revenus correspondant à l’extraction du pétrole que leur verse l’État d’Alaska d’une part ; les dividendes de la société régionale dont ils sont actionnaires d’autre part. Tout juste de quoi compléter leur régime de quelques légumes et autres friandises, et assouvir la soif de leur motoneige et de leur générateur. Le silence de l’Arctique a un prix : l’humilité et le dénuement.
Je comprends ce que veulent dire Gene et Christine lorsqu’ils affirment avoir “réappris” les gestes quotidiens. C’est qu’il n’est pas si simple d’aller chercher du bois dans la nature matin et soir, d’allumer et d’entretenir un feu, de couper la neige en gros blocs pour la faire fondre, d’éviscérer des poissons congelés, de découper un orignal ou un caribou (j’entends encore craquer les pattes de l’animal auquel on doit briser les tibias afin de le dépecer plus facilement), puis de manger de l’orignal et du caribou – demandez donc à une végétarienne de mon espèce qui a, depuis, renoncé à sa chasteté alimentaire ! Sans compter l’art de la chasse qui est loin d’être inné. Car une fois l’animal repéré, il s’agit de le tuer. Jadis, quand le fusil n’avait pas encore fait son apparition, il fallait s’approcher le plus près possible du gibier pour espérer l’abattre. Silence et concentration étaient de rigueur. Aujourd’hui, les méthodes ont changé, ce qui ne signifie pas pour autant que la chasse soit devenue une activité à la portée de tout le monde. Pour le caribou, par exemple, on pourrait croire qu’il suffit de prendre la motoneige et de foncer à travers la toundra. À moins d’un mile, on devrait tomber sur un troupeau de bêtes qui, en cette saison, remontent en masse vers le nord. Cependant, les choses ne sont pas si simples. Le problème n’est pas le caribou : c’est l’homme.//p. 24-27

D’El Porvenir à Cartí Yantupu ~ 5 mai 2006//À peine avons-nous mis pied à terre qu’un petit homme au teint mat nous somme de le suivre jusqu’au poste de police où nous attend un agent panaméen. Tandis que David appose nos noms sur le registre touristique et paie les 2 balboas (monnaie officielle du Panamá, indexée sur le dollar américain) par personne de droit d’entrée à Kuna Yala, je décharge les sacs du cayuco à moteur, frêle embarcation monoxyle. Le sol du quai désert où nous avons été déposés, chauffé par le soleil, réverbère une lumière fauve. Le béton brûle mes pieds nus. Je rechausse illico mes sandales qui ne m’étaient d’aucune utilité dans le canot à peine étanche, et paie le motoriste kuna qui vient de nous faire parcourir les 50 kilomètres qui séparent El Porvenir de Nombre de Dios, un village de la côte où nous sommes arrivés le matin même, non sans peine, par le bus quotidien. La piste d’accès au bourg avait été transformée en bourbier par les pluies, rendant les hameaux de cette zone encore plus misérables. Les baraques en tôle et en bois grisâtre faisaient triste mine sous les trombes d’eau qui charriaient sur les chemins plastiques et ordures. Dans cette partie du pays, on est loin de la fière capitale panaméenne bitumée et quadrillée à l’américaine.
À partir de maintenant, nous sommes dans la Comarca de Kuna Yala, une région autonome qui s’étend d’El Porvenir à la frontière colombienne, mesurant 226 kilomètres de longueur sur 20 de largeur. Propriété des Kunas, cette terre, essentiellement couverte de forêt tropicale, est complétée par l’archipel San Blas : trois cent cinquante îles dont quarante-neuf sont habitées. Ou plutôt surpeuplées, puisque la majorité de la population kuna, ou dule, s’y regroupe. À Kuna Yala, on est sous l’autorité du congrès dule qui, paradoxalement, siège à Panamá. L’étranger, pourtant client, n’y est pas roi : il est plutôt sujet. Il doit donc respecter les lois locales dont la plus fameuse est l’interdiction de photographier un Kuna sans son autorisation préalable, qui se marchande souvent au prix de 1 dollar le déclic. Une somme qui peut sembler symbolique mais qui, dans cette zone, n’est pas négligeable…
Assis sur nos sacs, nous guettons l’horizon où se rencontrent océan et ciel voilé. Un moteur se fait entendre depuis quelques minutes déjà quand un cayuco apparaît avec à son bord des taches de couleur. Un homme fin et musclé, vêtu d’un short, d’un tee-shirt et d’une casquette, nous fait signe depuis l’embarcation. C’est Yeyo, un Kuna de Cartí Yantupu, accompagné de deux femmes en habit traditionnel.
L’île de Yantupu, qui appartient à l’archipel de Cartí, est un minuscule morceau de terre couvert de sable fin. On y vit très près les uns des autres, à tel point que les étrangers, au gabarit plus imposant que les Kunas (on dit que les Kunas sont les hommes les plus petits du monde après les Pygmées !), ont souvent des difficultés à se faufiler entre les habitations. Nos sacs au dos, nous suivons Yeyo, du quai où nous venons de débarquer après une nouvelle demi-heure de traversée, jusqu’à sa demeure. Un ensemble de trois maisons faites de bambous et de palmes autour d’une courette sableuse qui s’ouvre sur l’océan. L’une sert de cuisine, l’autre de chambre pour la famille, et la dernière de “dortoir” pour les touristes. Depuis sa rencontre avec Michel et Coco, deux Français qui arpentaient la région en voilier il y a quelques années, Yeyo s’est lancé dans les affaires. Aujourd’hui, il est l’un des deux seuls villageois de Yantupu à recevoir des étrangers chez lui. Une façon différente de développer le tourisme à Kuna Yala où la plupart des visiteurs logent dans les hôtels, charters ou bateaux de croisière.
À peine avons-nous posé nos sacs que l’on nous remet une feuille de papier où figure la réglementation en vigueur à Yantupu. Interdiction de se promener en maillot de bain ou torse nu dans la communauté, de sortir de chez Yeyo après la tombée de la nuit et de prendre des photos à l’intérieur de la maison du congrès, la vaste hutte centrale où se réunissent les villageois deux à trois fois par semaine. Toute entorse à la loi est passible d’amende ! Les Kunas ne plaisantent pas avec les Uaga, les non-indigènes, qui ont pourtant bien essayé de coloniser la région, riche en ressources, et d’acculturer ses habitants au nom de l’unité nationale et du progrès économique. Les Dule ont dû se battre pour leur droit à la différence et, grâce à leur caractère et une bonne dose de chance, ils furent le premier peuple d’Amérique à obtenir son indépendance. C’était en 1925.
Le sable crisse sous une paire de claquettes. De l’autre côté de la cloison, des murmures fusent. Un frôlement sur l’eau, puis plus rien. Il fait encore nuit. C’est le voisin qui part pêcher. Au frais dans mon hamac, j’attends que le jour se lève. L’aube goutte à travers les bambous des murs, éclairant le sable du sol. On s’agite dans la cour.
“Nuedi !”
Salut souriant. Les trois femmes de la maison, Aleida, Yurbibi et Siabibi, sont déjà fraîches et disposes dans leur corsage bariolé et leur paréo apprêté. Courbée jusqu’au sol dans sa cuisine exiguë, Yurbibi râpe de la noix de coco qu’elle trempe ensuite dans l’eau pour faire un jus utilisé dans la cuisson du riz, des bananes plantains et du poisson. Je traverse la cour pour me rendre aux toilettes, une cahute perchée sur pilotis au-dessus de l’océan. Les cayucos des pêcheurs flottent au large. Bientôt, un ballet saisissant de beauté commencera : des dizaines de pirogues quitteront les trois petites îles de l’archipel pour rejoindre la quatrième, Suitupu. Là-bas, parmi le béton tristounet et les fils électriques, se trouve l’école publique où les jeunes Kunas apprennent l’espagnol, l’histoire du Panamá et les mathématiques. En bref, peu de chose qui ait rapport avec leur propre culture. Axcel et sa mère Aleida seront de la danse. Ensemble, ils reviendront vers midi.
Le matin, Yantupu est quasiment déserte. Les enfants sont à l’école et la plupart des hommes en mer ou aux champs – qui se trouvent sur la terre ferme, à plusieurs kilomètres. Ils en rapporteront les légumes et l’eau douce qu’on consommera sur les îles. Yeyo, lui, gagne sa vie autrement : il peut se permettre d’acheter de la nourriture à ses voisins. En revanche, il a toujours le devoir d’accomplir les tâches communautaires et d’assister aux réunions, faute de quoi il paie une amende !
Ne restent donc sur l’île que les femmes, qui se mettent alors à leur spécialité : la couture. Coudre est un art et une nécessité. Il n’y a qu’à voir avec quelle application Yurbibi, qui a déjà 70 ans bien sonnés, se penche sur son ouvrage – et sans lunettes, encore ! Elle coud une mola, une pièce de tissu rectangulaire, symbole du peuple kuna. Porteuse d’une vision du monde, la mola fait partie de la tenue des femmes, qui l’intègrent à leur corsage.
La mola, réalisée selon la technique dite de “l’appliqué inversé”, montre la réalité du monde kuna à travers ses motifs. On pense qu’elle est le résultat de l’évolution des peintures et tatouages que les femmes portaient jadis sur leur corps. Avec l’arrivée des tissus manufacturés, ces motifs se seraient transposés sur les vêtements. À l’origine, les dessins abstraits, dont le svastika, étaient communs, ainsi que les représentations d’objets quotidiens, d’animaux et de fleurs. Aujourd’hui, les sujets apportés par la télévision et la presse sont courants sur les molas : les femmes vont jusqu’à y représenter des cosmonautes ou des tortues Ninja ! L’art de la mola, résultat du métissage de deux cultures, ne pouvait rester figé. Tout comme la plupart des expressions culturelles, il évolue. Aujourd’hui, la mola reflète l’attirance ambiguë des Kunas pour la modernité…

Debout sur le quai, nous guettons le mastodonte bleu et blanc qui flotte à quelques centaines de mètres. Des canots à moteur font la navette entre le bateau de croisière et Cartí Suitupu, déversant toujours plus de touristes sur l’île qui, le temps de l’après-midi, voit tripler sa population. L’archipel de Cartí est en effet le seul de la côte à posséder des fonds suffisants pour accueillir de tels monstres. Siabibi nous a quittés il y a peu pour rejoindre Suitupu où elle va vendre quelques-unes de ses “mola-touristes”, des pièces de tissu plus proches du patchwork que de la mola traditionnelle : rentabilité oblige !
Siabibi a vendu quatre molas. Pas trop mal, vu la concurrence.
Elle revient aussi avec du travail. Plusieurs personnes malades sont venues la solliciter pendant qu’elle vendait ses molas à Suitupu. Siabibi est nele, ce qui signifie qu’elle possède un don de voyance qui lui permet de communiquer avec les esprits pour diagnostiquer les maladies.
Dès la tombée de la nuit, elle s’installe dans la cahute familiale où elle brûle huit fèves de cacao dans une calebasse. Face aux nuchu, des statuettes en bois qui représentent les esprits, elle fume un peu de tabac. Cette nuit, les ancêtres lui rendront visite dans ses rêves pour lui faire savoir de quelles maladies sont atteints ses patients, et pour quelle raison elles les touchent. Souvent, les esprits eux-mêmes sont en cause dans l’affection du malade.
Depuis plusieurs jours déjà, j’envisage de consulter Siabibi car je suis moi-même malade : des amibes ont élu domicile dans mon intestin. Je craignais depuis un moment déjà être l’hôte de petites bêtes quand, de passage au Nicaragua, j’ai fait faire des analyses au laboratoire du coin. Le médecin qui a confirmé mes doutes n’a eu l’air ni surpris ni inquiet : une grande partie de la population d’Amérique centrale est touchée par ce genre de parasitose. En revanche, je suis, pour ma part, tenaillée par la peur depuis ce jour. J’ai pris un traitement, mais le sentiment d’être toujours habitée ne me lâche pas. Pour la première fois depuis un an, j’ai l’impression qu’une menace pèse sur notre voyage. Et si le traitement prescrit ne faisait pas effet ? Et si j’étais victime de complications, courantes avec ce genre d’amibes ? Et si je devais rentrer prématurément en France ? Avec mon imagination fertile, je suis à deux doigts de me plonger moi-même dans le gouffre de la déprime. Du coup, découvrant les pouvoirs de la nele, j’entrevois une lueur d’espoir : pourquoi ne pas demander à cette femme de m’éclairer – au risque de tomber encore plus bas ? Siabibi ne parlant pas espagnol, je m’adresse à Yeyo qui accepte d’être notre traducteur.
“Vas-y, explique-lui ce qui ne va pas !” insiste-t-il alors que nous sommes assis dans la cour, lui, sa famille et nous.
J’hésite un instant, pas très à l’aise. Est-ce ainsi que se passe une consultation ? Devant tout le monde, sans la moindre intimité ? Siabibi me regarde, attendant en silence. Je me souviens alors d’une scène étrange qui s’est déroulée dans cette même cour il y a quelques jours : une femme est arrivée, s’est dirigée vers la nele, lui a parlé rapidement à l’oreille puis a déposé plusieurs pièces de monnaie dans sa main avant de disparaître. Il s’agissait donc d’un examen médical ! Il semblerait que, pour les Kunas, la maladie ne soit pas le tabou qu’elle est chez nous. Je me lance donc. Siabibi m’interroge de temps à autre. Elle reconnaît les symptômes. Ici, cette maladie est plutôt courante, et il arrive malheureusement qu’on en meure… Le lendemain, elle m’informe que je suis toujours malade mais que je ne dois pas avoir peur. De retour de chez le guérisseur, elle dépose dans mes mains six rouleaux de poudre de plantes séchées. Tous les jours, je devrai les râper un à un et récolter un peu de la poudre ainsi obtenue pour l’ajouter à l’eau que je boirai. Quand il n’y en aura plus, dans deux ou trois mois, je serai guérie !

En slip, un chapeau de paille sur la tête et son chaton dans les bras, Axcel regarde tomber la pluie tout en promenant son pinceau sur la palette de gouache que nous lui avons offerte. C’est la première fois qu’il fait pareille expérience, et cela semble lui plaire. Malheureusement, l’air est tellement humide que les dessins qu’il produit à la chaîne refusent de sécher. Nos sacs et nos vêtements ont d’ailleurs moisi, ce qui m’oblige à les étendre au soleil le plus souvent possible. Dehors, Aleida s’active, plaçant sous les gouttières du toit des seaux pour en récupérer l’eau pendant qu’il est encore temps, tandis que Siabibi lave ses wini au savon, usant de la pluie comme de l’eau d’une douche. Sur les îles, l’eau douce est une denrée précieuse car inexistante : il faut aller la chercher sur le continent ! Amusé par la scène, David sort la caméra. Yeyo lui a donné l’autorisation de photographier et de filmer sa famille dans ses activités quotidiennes. Quand le saila a vu les photos, il a immédiatement demandé à David de devenir son “photographe officiel”. Le jour suivant, nous étions conviés chez Horacio pour prendre des clichés de toute sa famille, à lui faire parvenir sur papier dès que possible. Il s’est également laissé prendre en photo pour, dit-il, que ses petits-enfants se souviennent de leur grand-père et de sa sagesse…
À Yantupu, l’ingérence de la modernité est freinée par le saila. Certes, depuis la construction d’un relais de télécommunication, l’archipel de Cartí “capte”. Les téléphones portables se sont donc multipliés. Mais Horacio refuse l’offre du gouvernement qui consisterait à apporter l’eau douce et l’électricité sur l’île. Car, qui paiera les factures correspondant à ses services ? Qui entretiendra les installations une fois en place ? Ici, on n’a pas d’autre revenu que la taxe de séjour imposée aux touristes. Alors mieux vaut rester humble, indépendant, et ne pas se créer de nouveaux besoins. Du coup, les batteries des téléphones portables sont mises à charger chez l’un des villageois équipés en panneaux solaires. Pour l’eau, on se débrouille, comme toujours : en allant la chercher à la rame en amont de la rivière Cartí où les moteurs, trop polluants, sont bannis.
Chez Yeyo et sa famille, il y a tout de même une vieille télévision qui fonctionne sur batterie la nuit venue. Quel étrange spectacle alors que celui de ces Kunas plantés à un mètre du poste, les yeux rivés sur un feuilleton en anglais sous-titré en espagnol alors qu’ils ne comprennent aucune de ces deux langues ! Pourtant, nous n’avons pas à les juger. Plutôt que de se renfermer sur eux-mêmes pour préserver leur mode de vie, les Kunas n’ont-ils pas le droit d’acquérir leur propre expérience du monde et de la société occidentale pour, espérons-le, mieux la comprendre et s’en protéger ? Qu’ils le veuillent ou non, ils voient leur économie changer et leur identité se redéfinir. Ils marchent aujourd’hui sur le fil du rasoir. Nous ne pouvons que souhaiter qu’ils trouvent leur voie dans la complexité du monde et de leurs propres désirs.//p. 199-205

Pitka, au bord du salar d’Uyuni ~ 18 janvier 2007//La voûte céleste exulte d’étoiles. Malgré la chaleur de l’après-midi, l’atmosphère est devenue glaciale sous l’empreinte de la nuit. Munie d’une lampe torche, Teresa nous guide dans le village sombre et désert. Une lumière douce émane de la chapelle catholique qui trône au milieu du bourg. Teresa franchit l’enclos paroissial et pousse la porte du bâtiment. Il n’y a déjà plus personne. Seul l’autel surmonté de fleurs fraîches et de bougies semble respirer dans le silence de la nuit. Bien emmitouflés, nous ressortons pour regagner l’étroit chemin de pierres. Les villageois n’étant plus à l’église, ils ont certainement rejoint la salle communautaire.
La pièce est longue et sombre. Seule une dizaine de bougies éclairent les visages présents dont la plupart sont ceux d’hommes : les sages de la communauté. En fonction de leur position sociale, ils sont assis sur un banc au fond de la salle, faisant face à la porte d’entrée. Guidés par Hipólito, nous traversons la pièce pour les saluer personnellement. Tout sourire, ils nous remercient chaudement d’être là et nous invitent à nous asseoir à côté d’eux, sur un banc accolé au mur transversal.
En réalité, nous n’avons pas choisi d’être là ce soir : il s’agit d’un heureux concours de circonstances qui a débuté il y a plusieurs jours, à Oruro, quand nous avons rencontré le créateur de l’entreprise JATARI, qui traite et commercialise le quinoa. Depuis près de quinze ans, il venait en aide aux producteurs de quinoa tout en faisant connaître aux Européens cette céréale andine extrêmement nutritive, sans gluten, et à la fois pauvre en lipides mais riche en fer, calcium, phosphore et protéines. Désireux de passer quelque temps dans un village de cultivateurs, nous nous sommes joints à un camion loué par l’entreprise pour transporter des plantes et les distribuer dans les communautés affiliées au projet. Pitka était la dernière de la tournée. Nous avons ainsi passé deux jours entre la couche du camionneur, sur laquelle nous voyagions assis en tailleur, et la benne du camion de laquelle nous avons extrait pas moins de dix mille plantes, en collaboration avec les villageois et l’ingénieur assigné.
Ces boutures devaient être délivrées dans les communautés afin d’y être replantées en pleine terre pour protéger les cultures de quinoa des vents du désert. Le premier jour, nous avons ainsi fait le tour de la montagne Coracora, au pied de laquelle se blottissent villages et champs de quinoa : malgré les gelées des nuits précédentes, les pieds d’un vert profond se tenaient fièrement entre rocaille et sel, dans un paysage complètement sec et écrasé sous un soleil de plomb.
L’expérience serait restée un bon souvenir si notre chauffeur ne s’était pas perdu sur les pistes crevassées, nous obligeant à emprunter des chemins de traverse inadaptés au gabarit de son engin. Ce qui devait arriver arriva : alors que nous traversions le lit asséché et sablonneux d’une petite rivière, le camion s’est enlisé. Descendus de la cabine, nous ne pouvions que constater que nous ne sortirions pas de ce pétrin sans de gros efforts. Pendant plusieurs heures, nous avons pavé le terrain avec toutes les pierres que nous avons pu trouver et, après trois tentatives, nous étions enfin libres, oubliant presque la soif et la faim qui nous tiraillaient depuis la veille. Par chance, notre patience devait être récompensée : en arrivant à Pitka le lendemain, les habitants, qui ne nous connaissaient ni d’Ève ni d’Adam, étaient heureux de nous annoncer qu’une grande fête commençait le soir même et que nous y étions conviés.
“Qu’est-ce qu’on célèbre ? avons-nous demandé, curieux.
— La Pachamama !” a répondu Hipólito, un grand type sec qui nous a immédiatement pris sous son aile.
En fait, il s’agissait d’encourager la terre à livrer ses plus beaux grains de quinoa dès juin prochain. Une tradition qui s’était mêlée au fil des siècles à la Saint-Sébastien. On faisait d’une pierre deux coups…

Les villageois commencent seulement à arriver. Il est pourtant minuit passé. Ce sont d’abord des femmes qui pénètrent dans la salle, un cabas rempli de marchandises dans les bras et une ribambelle d’enfants à leurs trousses. D’un geste discret, elles saluent l’assemblée avant d’aller serrer la main des sages. Puis elles trouvent une place sur le sol où elles s’assoient avec leur marmaille, leur épaisse pollera leur servant aussi bien de jupe que de couverture sur laquelle s’allongeront plus tard les petits. Suivent ensuite leurs époux, moins pressés, pinquillo – une flûte en bambou – ou tambour à la main et la tête enfarinée : visiblement, certains se sont endormis en attendant le début des réjouissances.
À peine sont-elles installées que les femmes se lèvent à tour de rôle pour distribuer à chaque convive une poignée de feuilles de coca achetées par leurs soins. Elles débutent toujours leur tournée par les sages, puis par la Pachamama pour laquelle on dépose des offrandes sur une table décorée de fleurs fraîches. Autour de nous, les villageois exécutent un rituel que nous ne connaissons pas : l’échange des chuspas. Ces sachets en tissu destinés à transporter la coca, et qui accompagnent toujours les indigènes, passent de main en main : je te prête ma chuspa remplie de coca et tu me prêtes la tienne. Je mange de ta coca et tu manges de la mienne. Je me nourris ainsi de ton énergie et tu te nourris de la mienne. Avant de te rendre ton sachet, je souffle dessus pour y laisser ma présence. Tu fais de même avec le mien, comme si nous étions liés à jamais…
Bien qu’on nous intègre à la fête en nous offrant de la coca, je sens que notre présence est suspecte aux yeux de certains villageois qui n’ont pas été prévenus. Le seul moyen de leur montrer que nous sommes là pour partager un moment avec eux, c’est de participer pleinement aux rituels. Par chance, l’un des membres de l’association de cultivateurs, qui possède une petite moto, a profité d’une course qu’il devait faire à Salinas pour acheter pour notre compte quelques denrées indispensables à la fête : offrandes, coca, bières et jus d’orange. Du coup, je sors de mon cabas un énorme sac de coca et me lève pour parcourir l’assemblée dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, marchant de temps à autre sur une main ou un pied dissimulés dans l’ombre : un bon moyen de se faire quelques copains !
J’ai rarement eu autant de coca dans la bouche, et ça ne risque pas de s’arranger : il y a maintenant huit femmes debout, sans compter celles et ceux qui échangent avec moi leur chuspa depuis qu’ils ont vu que j’en possédais une. David, qui n’a pas pensé à prendre la sienne, reçoit donc les feuilles de coca qu’on lui offre dans son bonnet !
L’attention happée par le va-et-vient des convives, je sursaute quand ma voisine, assise à mes pieds, me donne une légère tape sur le genou.
“Tiens, me dit-elle en tendant une fiole en verre brun débouchée. Et attention, va pas te brûler !”
J’approche le récipient de ma bouche et m’apprête à boire quand je suis prise d’un mouvement de recul. L’odeur est puissante ! Je devine qu’il s’agit d’alcool fort, probablement de celui qu’on achète une bouchée de pain dans les épiceries lorsqu’on a quelque chose à fêter ou une cérémonie à mener. Ce genre même qu’on utilise chez nous pour désinfecter les plaies. En bref, de l’alcool à 90° !
Ma voisine intervient à nouveau : “N’oublie pas la Pachamama !” prévient-elle.
Bien sûr, la Pachamama ! Je verse alors quelques gouttes de liquide sur le sol en prononçant cérémonieusement “à la Pachamama !” avant de porter la mignonnette à mes lèvres. Le contact avec l’alcool est si violent que j’abandonne toute idée d’en avaler la moindre goutte. Voilà, c’est fait. À David, cette fois-ci.
En réalité, tout cela est loin d’être terminé. Car chaque personne, nous deux compris, possède au moins une bouteille d’alcool à faire tourner parmi les convives. Pour que la fête dure un peu plus (elle se prolongera en effet quatre jours !), certains villageois coupent même le contenu des fiasques avec du jus d’orange ou de l’eau. Mais visiblement, l’alcool pur a ses adeptes : le doyen du village, âgé de 80 ans, ne cesse de répéter à qui veut l’entendre que cette boisson constitue un excellent “docteur”.
“Ah bon, et pourquoi ? demandons-nous naïvement à Hipolito qui fait le traducteur.
— Parce qu’avec ça, fini les parasites !”
On a fait un peu de place dans le coin de la salle pour permettre aux sages de préparer les plateaux d’offrandes. Encore une fois, ce sont les femmes les principales actrices de ce rituel. Chacune à son tour, elles se lèvent – de plus en plus difficilement – et apportent leurs offrandes à l’un des amautas qui les répartira dans les mesas. Dans chaque plateau, elles doivent déposer une pièce de monnaie et quelques feuilles de coca. Puis elles recommencent leur tournée dans l’assemblée, sans oublier la Pachamama. Quand vient mon tour, je m’aperçois que je suis complètement soûle. Mon corps vacille à chacun de mes pas alors que, de façon incompréhensible, j’ai l’esprit clair ! Serait-ce la coca qui maintient mes neurones en ordre ? Depuis le début de la soirée, je n’ai pas cessé d’en mâcher, profitant d’un grand sac-poubelle déposé en bout de banc pour changer mon acullico dès que le goût de la plante se faisait fade. Du coup, je dois m’appuyer sur les épaules des uns et des autres pour parvenir jusqu’aux amautas. L’homme auquel je tends mon sac d’offrandes me retient plusieurs secondes :
“Désormais et jusqu’à ce qu’on brûle ces plateaux, il faudra penser à la Pachamama et au message que tu veux lui adresser. Surtout quand tu lui offres l’alcool et la coca.”
Vacillante, je retourne à ma place chercher les bouteilles de bière qui attendent dans mon cabas, puis entreprends ma tournée munie d’un verre que je présente à demi plein à chacun des convives. La musique, qui avait cessé, a repris sans grande conviction au fond de la salle. Aucunement gênée par le bruit, ma voisine s’est endormie sur place, se réveillant fraîche et dispose au bout de quelques minutes. David, qui a pourtant disputé deux parties de football avec les gamins du coin dans l’après-midi, ne montre aucun signe de fatigue. C’est probablement la coca… ou l’alcool !//p. 307-311

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