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Une œuvre de François-Xavier de Villemagne Editions Transboréal

Pèlerin d’Orient

À pied jusqu’à Jérusalem
9782361571085
Prix 13,90 € Disponible EAN : 9782361571085
ISBN : 978-2-36157-108-5
ISSN : 2275-1890

Dans le labyrinthe des chemins qui conduisent à Jérusalem, François-Xavier de Villemagne a choisi les sentiers oubliés de l’Europe orientale, l’immense plateau anatolien et les déserts du Levant. Compagnon imaginaire des pèlerins de jadis, c’est à pied qu’il a tracé sa propre voie, en quête de paix intérieure. Depuis Paris, il a ainsi parcouru 6 400 kilomètres en huit mois, emporté par son élan vers la ville trois fois sainte. Un chemin riche de rencontres, et aussi une expérience de découverte de soi. Pourquoi partir ? Comment affronter la solitude et, de sédentaire, devenir passant ? Au fil des mois, les questions se précisent et des réponses se dessinent, tandis que se profile la terre des prophètes. Le lac de Tibériade et les oliveraies de Samarie seront les dernières étapes avant Bethléem, en Judée, que l’auteur atteint avec émotion la veille de Noël.

1. Le relais de poste
2. La mélodie du bonheur
3. Le fil d’Ariane
4. Le désespoir des statues
5. Mut, Kraft und Willen
6. La muraille de Chine
7. La roue de la vie
8. La mort des vautours
9. Jandarma
10. Les roses de Quasimodo
11. Christophe Colomb et les Vikings
12. Hadji François
13. La terrasse des poètes
14. L’étudiant en grammaire
15. Au seuil du royaume
16. La onzième heure
17. Le spleen de Neil Armstrong
18. La dernière vallée

Épilogue – Le jeune homme riche

Annexe – Le voyage à Jérusalem

Pistes de lecture

La onzième heure//Délaissant l’autoroute qui me conduirait à la Vieille Ville en trois heures, je m’enfonce dans les collines boisées de Judée. Au bout d’une quinzaine de kilomètres, j’atteins la voie ferrée désaffectée qui reliait Tel-Aviv et Jérusalem. Celle qu’empruntaient, au début du XXe siècle, les pèlerins débarqués à Jaffa. Certains nostalgiques se lamentaient déjà des ravages du progrès qui bouleversait leur vision surannée d’une Jérusalem biblique où l’on ne pourrait sans doute pénétrer qu’à dos d’âne, comme Jésus le jour des Rameaux.
La ligne serpente et s’élève lentement entre les collines silencieuses. Dans la lumière limpide de cette matinée d’hiver, le paysage respire une paix à démentir toute la folie des hommes. Achever la montée à Jérusalem dans une telle sérénité lumineuse est un pur bonheur. Frayant mon chemin au flanc des versants boisés, je demeure concentré sur l’ultime poignée de kilomètres, mais intérieurement tout mon être galope avec ivresse sur les nuées imaginaires de la victoire.
Un cueilleur de champignons m’avertit :
— La voie trace la frontière avec les territoires palestiniens. C’est la Ligne verte. Il serait plus prudent de rester du côté nord, en Israël.
Ainsi, les deux rails de fer seront mon dernier fil de funambule. Le danger de tutoyer cette lisière entre deux mondes m’attire irrésistiblement. J’y verrais volontiers un infime espace de paix, mais ce n’est qu’une illusion de neutralité où chacun pourrait bien me confondre avec l’ennemi.
Dans une courbe, la voie enserre un village arabe. Les maisons s’étagent sur le coteau d’en face, groupées autour de la mosquée. Des passants couverts du keffieh déambulent dans les rues. On entend les élèves crier sous le préau de la cour de récréation. La vie normale de n’importe quel village en paix. Mais ils sont “de l’autre bord”. Terriblement étrangers. Sous mes pieds, les rails rouillés s’enfuient honteusement, aussi barbares qu’une ligne de fer barbelé, tandis que les collines des alentours se couronnent de quartiers juifs à l’allure de forteresses imprenables.
Les rails me conduisent facilement à travers le dédale des faubourgs. Ils me libèrent du souci de chercher mon chemin et me permettent de profiter sereinement des dernières heures. Au lieu de 15 kilomètres d’autoroute, j’ai parcouru près de 45 kilomètres dans les collines et le long de la voie ferrée. Enfin, au seuil de l’obscurité, les voies s’écartent au milieu des mauvaises herbes. Une vieille locomotive et quelques wagons achèvent de rouiller sur une voie de garage. La gare désaffectée élève ses deux étages entièrement délabrés. Une si petite gare pour la ville la plus sainte du monde ! Encore quelques dizaines de mètres, quelques mètres. Au bout des rails, le butoir solidement ancré dans le sol semble me rappeler que l’on ne va pas plus loin. Terminus ! Tout le monde descend ! Un panneau encore intact surplombe la plate-forme. Dans les tons bleu et blanc du drapeau israélien, on peut y lire, en caractères hébreux et latins : “Jérusalem”.
Voilà : je suis arrivé. Presque. Je viens d’atteindre le début de l’arête étroite qui, dans mon imagination, court de Jérusalem à Bethléem et que je m’étais assignée comme but de ces longs mois de voyage. Je suis arrivé. Je ne pleure pas, je ne saute pas de joie. Non, la joie serait trop pâle et l’allégresse trop frivole ; l’ivresse serait déraisonnable et le bonheur trop imprudent… Dans l’obscurité qui submerge le ciel transparent et enveloppe la Ville sainte avec une pudeur de jeune épousée, seul demeure un sentiment profond d’accomplissement qui comble l’être tout entier.//p. 287-288

Jandarma//J’ai conjecturé sans fin sur la façon de traverser l’Anatolie. De vastes étendues faiblement urbanisées blanchissent ma carte. Aucun moyen d’y échapper. Sur les 500 kilomètres avant la Cappadoce, seulement trois agglomérations me laissent espérer un hôtel ou un restaurant. Il faut se lancer. Une fois de plus.
Pendant quatre jours, je longe la voie ferrée d’Istanbul à Ankara, goûtant avec bonheur au silence de la campagne sur les sentiers de terre battue qui bordent la voie unique et peu fréquentée. Sur le plateau bien dégagé, je vois les trains de loin et ne risque plus d’être haché menu au détour d’un virage comme ce fut le cas il y a peu. Durant ces premières journées d’automne, le soleil grille encore sans pitié pendant de longues heures. Je n’ose pas imaginer l’enfer de l’été. Boire suffisamment est un souci permanent. J’avais remarqué sur ma carte que la voie suivait le cours de la rivière Porsuk, prévoyant là un moyen commode d’étancher ma soif. La réalité m’en dissuade : au lieu du joli filet bleu sur le papier coloré, je découvre un cloaque nauséabond. En l’absence de stations d’épuration, la plupart des cours d’eau du pays servent d’égout à ciel ouvert. Malgré le filtre supposé très efficace de ma pompe, je préfère la soif au risque d’utiliser cette eau répugnante.
Au village d’Alpu où se rejoignent la voie ferrée et la rivière, je me casse le nez à la mairie et tente ma chance au bureau de police adjacent. On me fait patienter deux heures, le temps de boire le thé, de fumer, de bavarder et surtout d’attendre le sergent à trois chevrons. Les policiers se montrent sympathiques, mais leur chef a l’air mal en point. Il doit avoir la jaunisse et j’en crains les répercussions sur son humeur. Le maire, finalement joint au téléphone, refuse de transformer sa mairie en hôtel et déclare que je n’ai qu’à me rendre à la ville suivante, qui en possède un. “À 10 kilomètres d’ici”, me dit-on. Je regarde à nouveau ma carte avec attention. Je ne crois pas un seul instant à l’existence d’un hôtel dans ces parages. On veut se débarrasser de moi. Les policiers ont été de bons avocats, mais sans succès. Finalement, devant ma déception visible, ils m’accueillent chez eux, dans une chambre de service. Lorsque je repars le lendemain matin à l’aube, le chef à la jaunisse dort, la tête appuyée sur le bureau, tandis que son sous-fifre à la mitraillette lutte péniblement pour garder les yeux ouverts. Pauvres factionnaires.
Le soir de ce dimanche, après une nouvelle journée de plus de 50 kilomètres, j’ai la chance de tomber, à la mairie de Yunusemre, sur un comptable en train de classer ses factures. D’un air las, il m’indique un siège devant son bureau. Je ne l’intéresse absolument pas et, après m’avoir fait asseoir, il recommence son travail. De temps à autre, il lève les yeux de ses papiers et me pose une question sur un ton ennuyé. Il m’offre à boire. Au bout d’une heure, il me conduit à l’étage supérieur et m’indique un lit dans un dortoir. Des ouvriers ont abandonné les reliefs d’un repas sur la table de la cuisine. On m’invite à me servir dans les restes.
Pourquoi ai-je fait antichambre pendant une heure ? En Occident, on m’aurait mis à la porte ou indiqué immédiatement le logement. Ici, on prend son temps, même celui d’accueillir poliment les gêneurs.
La voie ferrée contourne largement par le nord un massif montagneux avant de rattraper son cours plein est. Je cède à la tentation de couper droit. À vol d’oiseau, je gagne au moins 5 kilomètres… si je ne me perds pas. Au sortir de Yunusemre, je vise le soleil qui apparaît à l’instant au-dessus de la barrière que je me propose de franchir. Pas de route. Pas de carte. Devant moi, 15 kilomètres de montagnes. Si je conserve un trajet rectiligne, la voie ferrée m’attend de l’autre côté. Je grimpe et descends en suivant des sentiers de chèvres. Sur la végétation rase, on distingue parfois des bouts de piste vaguement piétinés. Des bergers, sans doute, ont déjà eu envie de couper par ce raccourci comme je tente aujourd’hui de le faire. Pour contourner les escarpements, je m’en remets, sans toujours les comprendre, à ces esquisses de chemin.
Abandonner la prétention de maîtriser sa vie. Accepter de ne pas tout comprendre. Suivre la voie des humbles. S’en remettre à autrui pour atteindre le but que je me suis fixé. Faire confiance. Sur ces quelques kilomètres de montagne, j’ai l’impression d’avancer enfin un peu dans la vie.
L’immensité des paysages est à couper le souffle. En bas, très loin, une rangée de peupliers souligne la rivière en une traînée de verdure qui se détache sur les ocres rouges et jaunes du plateau. Une suite régulière de poteaux minuscules dessine en arc de cercle la voie de chemin de fer. Au-delà, de vastes étendues fraîchement labourées occupent tout l’espace jusqu’aux montagnes arides et brûlées qui ferment l’horizon. Sous le soleil incandescent, le monde déploie la somptuosité inhumaine du désert.
Au bout de quatre heures, je retrouve la voie ferrée, exactement à l’endroit où je l’escomptais. Avec la satisfaction du marin qui voit sa navigation à l’estime confirmée par l’apparition de la terre qu’il visait. Avant l’escale du soir, je m’arrête au hameau d’Ad_hisar pour me désaltérer à une fontaine. Des villageois ne tardent pas à m’entourer. Beaucoup d’enfants, comme toujours. On m’apporte du pain, des olives, du fromage et quelques tomates : un déjeuner délicieusement reconstituant vers 18 heures, premier repas depuis l’aube.//p. 148-150

Les roses de Quasimodo//Au petit matin, après une nuit pénible dans l’arrière-salle enfumée du café, je trouve toutes les portes closes. Impossible de m’attarder jusqu’au réveil de mes hôtes car une dure et longue étape m’attend. Après avoir déposé un mot de remerciement sur le comptoir pour Quasimodo, j’ouvre la fenêtre, l’enjambe et m’éloigne rapidement, comme un voleur.
Cette journée restera l’une des plus éprouvantes de mon périple. Je suis malade depuis trois jours et l’âcreté de l’atmosphère enfumée du café a achevé de me prendre à la gorge. Chaque goulée d’eau pourtant tellement indispensable devient si douloureuse que je préfère souffrir de la soif. En trois jours, j’ai parcouru 140 kilomètres et j’en ai prévu 45 de plus pour aujourd’hui, y compris le passage du col de Gezbeli à près de 2 000 mètres. La raison aurait dû m’arrêter, mais où ? À Develi, j’aurais pu coucher une nuit supplémentaire à l’hôtel, mais j’ai voulu profiter de la fenêtre météo favorable. À Bak_rdag, je n’aurais pas pu abuser plus longtemps de l’hospitalité de Quasimodo. Si l’on m’accueille parfois à bras ouverts, mon passage doit rester bref. La meilleure volonté s’épuise rapidement devant un étranger qui s’incruste.
Avancer. Avancer toujours. Je n’ai pas d’autre choix.
La route déserte s’élève en lacet sur les flancs arides de la montagne. Elle monte. Monte sans fin. Pendant plus de 25 kilomètres. Sous une alternance de soleil brûlant et de vent glacé. Les tempêtes ont si souvent balayé ces parages inhabités, la neige a tellement raviné les pentes au printemps que les bourrasques ne soulèvent même plus de poussière. Remontant les versants, rabotant les sommets, s’engouffrant dans les vallées, elles tournoient, sèches, invisibles et mordantes sur la terre pierreuse.
Courbé sur la pente et luttant contre les rafales, je m’obstine à avancer. Je me contrains à ne pas espérer le col à chaque tournant. Mes jambes se meuvent comme des automates : elles savent mieux que moi où est leur devoir. Le rythme mécanique de l’ascension me saoule. L’esprit se détachant peu à peu de mon corps malade, mes pensées flottent ailleurs, hallucinées de fatigue. Je ne sais même pas si j’arriverai au bout de l’étape prévue. J’ignore où j’abriterai ce soir mon épuisement. Tout cela se terminera peut-être par une nuit dehors. Autour de moi, rien que des montagnes âpres, hostiles et râpeuses comme l’irritation qui m’enflamme la gorge.
Au loin apparaît enfin une étroite encoche dans le relief. Le col de Gezbeli : 1 960 mètres. Au-delà de cette ultime bosse commencera ma descente vers la Méditerranée.
La route monte toujours. Encore plusieurs kilomètres de progression machinale sur le ruban qui contourne capricieusement les sommets. Le ciel enfin s’abaisse à hauteur d’homme.
En haut du col, un baraquement abrite des cantonniers. Je quémande un peu d’eau en espérant une invitation à déjeuner. On remplit ma bouteille d’un air indifférent, sans me proposer davantage, pas même une tasse de thé. Je ne me sens ni déçu ni contrarié. Pour eux, je ne suis qu’un passant. Voilà tout. Mach’Allah ! Qu’il soit fait selon la volonté de Dieu ! Je ne leur reproche même pas leur indifférence. Ainsi va la vie. Trop fatigué pour exulter comme lors du passage des Carpates, je suis toutefois profondément soulagé d’avoir franchi ce cap. C’était le dernier obstacle naturel inévitable avant la Terre sainte. Désormais, sauf accident, rien ne devrait m’empêcher d’arriver à pied à Jérusalem.
La route de terre battue zigzague en pente douce au-delà du col, épousant le flanc des montagnes qui, après la nudité absolue des versants anatoliens, commencent à se piqueter de pins noirâtres. Ce devrait être du gâteau, la cerise sur le gâteau d’un franchissement réussi, mais, en ce jour éreintant, même la descente est éprouvante.
Je suis exténué.
Je m’arrête de plus en plus souvent, doublé par de rares véhicules qui traînent derrière eux un nuage de poussière. Malgré mon accablement, je n’ai aucune envie de monter à bord, mais comme la route est dure ! À l’épuisement des derniers jours s’ajoute le contrecoup d’avoir mis derrière moi ce fichu Taurus qui m’effrayait tant. Ce passage ouvre béantes les vannes de la fatigue indéniablement accumulée depuis Istanbul. Je craignais tellement ce col que j’en ai rêvé toute la nuit : comme s’il n’était pas suffisant de le franchir une fois !
J’atteins enfin le village de Doganbeyli. Destination : Jandarma. Près de la mosquée, on m’indique de loin la caserne, à la sortie du village. Du “mauvais côté”, naturellement. Cinq cents mètres supplémentaires. Cinq cents mètres ! Rien ne me sera donc épargné en cette journée harassante ! Chaque pas devient un arrachement. Je rencontre en chemin le docteur de l’antenne du Croissant-Rouge qui s’en vient justement saluer son ami le chef des gendarmes et me facilite l’entrée en matière. Je n’éveille chez eux aucun intérêt particulier mais, peut-être par pitié devant mon état, on m’offre un dîner et un lit dans la chambrée des deuxième classe. Je ne prolonge pas les mondanités et, après l’indispensable lessive quotidienne, je m’abats sur le lit de fer au sommier grinçant.
Avant de sombrer dans le sommeil, je me force à écrire quelques lignes dans mon carnet de bord : “Aujourd’hui, si les gendarmes m’avaient refusé l’hospitalité et avaient proposé de me conduire en voiture au village suivant, distant de 25 kilomètres, je n’aurais pas résisté. Je me rends compte qu’au-delà d’un certain degré de fatigue physique, celle-ci anéantit les plus fortes résolutions morales. Je n’en peux plus. Voilà tout.” Je perçois l’importance d’écrire cela sur le moment. Je crains trop les compromissions du lendemain. Un peu reposé, j’aurais peut-être biaisé et prétendu n’avoir jamais baissé la garde. Cette esquisse de retraite ne laisse pas de me déconcerter. Abandonner la marche au bout de 30, 50 ou 200 kilomètres passe encore mais, aujourd’hui, le rempart haut des 4 500 kilomètres déjà parcourus me protégeait de cette dérobade. Faut-il donc une extraordinaire force dans la faiblesse du corps pour lui faire franchir allègrement cet immense mur protecteur et courber ainsi la volonté la plus farouche !//p. 167-170

Hadji François//Les montagnes s’agenouillent pour ouvrir un passage vers la Syrie. Le défilé ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir depuis près de 5 000 kilomètres. Les flancs boisés et verdoyants des chaînes côtières ont laissé la place à un paysage purement minéral. Austère et magnifique. En ce jour de Toussaint, le soleil brille dans un ciel sans nuages et procure une chaleur inattendue. Quelques jours avant Istanbul, je conjecturais sur le calendrier et envisageais déjà l’entrée en Syrie pour le début du mois de novembre. Une pareille ponctualité, maintenue en dépit des innombrables aléas de la route, me réconforte comme une tasse de thé brûlant que l’on avale au cœur de la tempête.
La frontière ouvre à 8 heures pile. Ce matin, je suis le premier à franchir la limite entre les deux pays. Le douanier turc m’a finalement permis de poursuivre la route à pied. À condition de ne pas m’arrêter avant les guérites syriennes. La voie ne s’ouvrira aux camions que dans une demi-heure. Cela me vaut une traversée solitaire sur le mince bandeau de goudron sinueux qui serpente entre les flancs rocailleux et sauvages. Je marche au milieu de la route. Lentement, pour profiter pleinement du silence majestueux de ce passage. Rien de tel que les zones militaires pour préserver une nature intacte. Au centre du no man’s land, les ruines d’un monastère ajoutent encore à l’étrangeté des lieux.
Sous le double regard du défunt Hafez al-Assad et de son fils Béchir, actuel homme fort du pays, le douanier syrien vérifie attentivement mon passeport et le visa obtenu à Paris :
— Où vas-tu en Syrie ?
— Alep, puis Damas.
— Es-tu déjà allé en Palestine occupée ?
— Non.
— Iras-tu en Palestine occupée ?
— Je me rends à Beyrouth, dis-je en indiquant le visa libanais sur la page suivante.
Par chance, je n’ai pas besoin de visa pour entrer en Israël, car un tampon de l’État hébreu m’aurait interdit définitivement l’entrée en Syrie. Le douanier étudie à nouveau soigneusement le passeport. S’il remarque les dates des oblitérations successives, il peut tracer mon parcours depuis la Roumanie. J’espère qu’il manquera suffisamment de perspicacité. Dans mon sac, j’ai dissimulé mes lettres de recommandation pour Jérusalem, mais la cachette ne résisterait pas à une investigation sérieuse. Le douanier est-il dupe ? Mes dénégations sur Israël ont-elles été assez crédibles ? Il finit par me tendre mes documents en arborant un large sourire :
— Welcome to Syria and Lebanon !
Ouf ! On m’a laissé passer. Je remarque d’ailleurs que mon homme a spontanément joint le Liban à son pays dans ses mots de bienvenue. Comme pour montrer à quel point le pays du Cèdre n’est qu’une annexe syrienne. Pays arabe, de toute façon. En l’espace de 3 kilomètres, j’ai perdu ma langue. Ma relative aisance linguistique en turc, patiemment et âprement cultivée pendant deux mois, devient subitement inutile et je suis redevenu ignorant comme un nourrisson.
Tout reconstruire une fois de plus. Cette vie est sans pitié.
La voie zigzague à travers des collines de pierraille dénuées de toute végétation. Seul le ruban d’asphalte y trace une zone de calme. À Daret Azzé, je me débats avec les villageois pour tenter d’obtenir un logement. J’y gaspille les deux dernières heures du jour. Pour la première fois, je prends conscience d’une contrainte nouvelle : ces hommes ont peur. Peur de moi. Peur, surtout, des ennuis que je risque de leur attirer. Un Occidental qui réclame l’hospitalité dans un village frontalier, c’est louche. On veut m’envoyer au hameau suivant qui s’étale au pied de la citadelle de Saint-Siméon, un ancien monastère transformé en place forte et désormais en ruine. Ce monument figure sur la liste des excursions touristiques, mais je ne dois pas m’attendre à trouver un hôtel au village car Alep n’est éloigné que d’une quarantaine de kilomètres et les visiteurs font l’aller-retour dans la journée. J’argumente en vain. Il faut lâcher prise et je me remets en route entre chien et loup. Jusqu’à présent, j’ai eu beaucoup de chance. Mais peut-être ce soir devrai-je dormir dehors. Cela ne me plairait guère pour la première nuit dans un pays inconnu et intimidant. Tout en allongeant le pas, j’observe les abords de la route, à la recherche d’un abri de fortune. Rien. Rien que des cailloux. Un terrain nu et accidenté, qui n’offre aucune protection. Aucune cachette pour m’abriter des regards indiscrets et des chiens errants.
J’aurais bougrement besoin d’un deus ex machina.
Tandis que j’aborde une ultime côte avant d’arriver au hameau de Deir al-Samaan, un homme d’une cinquantaine d’années me rattrape à bicyclette et m’apostrophe en anglais :
— Où vas-tu ?
— Je cherche un abri pour la nuit. Y a-t-il une sorte d’hôtel au village ?
— Non, mais si tu veux, tu peux venir dormir à la citadelle. Je suis le gardien de nuit du musée et je vais justement prendre mon travail.
— Vraiment ?
— Je connais un chemin détourné pour pénétrer dans l’enceinte. Nous allons entrer ensemble et je te cacherai dans les ruines. Tu m’attendras là, le temps pour moi de vérifier que le directeur est parti. Si tout va bien, je viendrai te chercher.//p. 193-195

Un lecteur, www.priceminister.com, le 26 février 2010 :
« Page après page, on se laisse prendre par ce journal de voyage très personnel et bien écrit, aussi riche en anecdotes racontées avec humour qu’en réflexions profondes sur un retour à l’essentiel. »

Un lecteur, www.amazon.fr, le 13 septembre 2009 :
« C’est le récit palpitant d’un voyage extraordinaire : celui d’un banquier métamorphosé en pèlerin-vagabond. On apprécie son courage, on partage au quotidien ses doutes, ses craintes, ses surprises et ses joies. C’est bien écrit et accompagné de très belles photos. L’homme est cultivé, attachant, authentique. Son récit est édifiant et on en tire de nombreux enseignements à la fois sur notre humanité, notre rapport aux autres et à Dieu, et la faisabilité d’un tel périple. À la fin du voyage, on a envie de connaître la suite. »

Un lecteur, www.amazon.fr, le 18 juillet 2009 :
« François-Xavier de Villemagne, cadre bancaire, relate son périple pédestre de 6 400 kilomètres de Paris à Jérusalem, effectué de mai à décembre 2000, suivant un parcours proche de celui de la première croisade. L’arrivée à la ville trois fois sainte, la veille de Noël suscite ce beau témoignage : “An 1099 – prise de la ville par les Croisés. Je revois dans mon livre de cours élémentaire l’illustration naïve d’un chevalier en cotte de mailles brandissant fièrement l’étendard frappé de la croix au-dessus des créneaux de la forteresse. Les années ont passé. La naïveté aussi. Je ne suis pas venu libérer la Terre sainte de la main des Infidèles, ni conquérir un fief. Je n’ai pas marché volontairement sur les traces d’une épopée d’un temps révolu, même si l’évidence géographique m’a fait suivre une route proche de celle de la première croisade. C’est pourtant en Croisé que je vais entrer dans la Ville sainte. Non pas pour réinventer une mythologie perdue ou pour honorer un ancêtre qui foula, il y a près de mille ans, la terre de Palestine, mais plutôt par nécessité. Tout à l’heure, au moment de m’engager sur la voie ferrée qui sert de ligne de démarcation entre Israéliens et Palestiniens, j’ai dessiné deux larges croix sur mon sac à dos. Pour éviter une méprise et pour assumer sans complexes la foi qui m’a soutenu jusqu’ici.” De très belles photos invitent au voyage. Elles nous aident à apprécier les richesses culturelles et humaines nées des rencontres de l’auteur. »

Jean-Claude Tribolet, www.amazon.fr, le 8 avril 2009 :
« Ce livre m’a permis de solliciter mon esprit d’évasion, une certaine réflexion sur la condition humaine, et m’a donné l’envie de réaliser un jour un tel périple ! Bourlingueur érudit, expérimenté, qui écrit très bien et qui partage avec le lecteur émotions et sentiments sincères. Très belles descriptions de lieux, paysages, sites… L’apport des photos stimule notre imagination et nos rêves ! »

Hélène Dumur, helene.dumur.free.fr, novembre 2005 :
« De Paris à Jérusalem, 6 000 kilomètres environ, à pied à travers l’Europe centrale, la Turquie, le Proche-Orient, dans les déserts, les montagnes, les villes, les conflits, pour arriver le jour de Noël à Bethléem, huit mois plus tard. Même si les motivations religieuses de l’auteur n’étaient pas l’unique base de ce périple, elles sont toutefois omniprésentes tout au long de ce passionnant récit, que l’on suit sans s’ennuyer une minute, découvrant des paysages exceptionnels, faisant des rencontres inattendues, souffrant de la fatigue, de la faim, et vivant avec lui l’enthousiasme des découvertes et la joie d’avoir réussi. Aussi dépaysant qu’intéressant, une lecture positive et plaisante. »

Un lecteur, www.fnac.com, le 14 juin 2005 :
« Ce livre, beaucoup moins exposé que les gros calibres qu’il côtoie dans les rayons “aventure” des librairies, est pourtant l’un des meilleurs. Pas tant par l’exploit en tant que tel (dans ce domaine on peut toujours faire plus), que par la profondeur des réflexions, subtil dosage de l’expérience quotidienne et d’une quête spirituelle qui élève le vécu aux questions essentielles de l’existence : que faire de ma vie ? comment concilier mes aspirations personnelles et ma volonté de puissance avec la coexistence avec autrui ? L’élément religieux dans ce livre a l’importance du fond sans briser la forme et encore moins enfermer la pensée dans un carcan moraliste et castrateur. Le tout avec un art du récit qui fait de François-Xavier de Villemagne un admirable conteur. On attend le prochain livre avec impatience. »

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