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Une œuvre de Frédéric Gana Editions Transboréal

Paysans

Un tour de France de l’agriculture durable
9782913955523
Prix 20,00 € Disponible EAN : 9782913955523
ISBN : 978-2-913955-52-3
ISSN : 1960-3894

Pourquoi une exploitation agricole disparaît-elle tous les quarts d’heure en France ? Qu’en est-il de la présence d’OGM dans nos assiettes, de leur toxicité éventuelle et de notre capacité à choisir ou non d’en consommer ? Qu’en est-il aussi de la nocivité des pesticides et des conservateurs, des procédés industriels du secteur agroalimentaire ? Pourquoi une si faible reconnaissance de l’agriculture biologique ? Quel est le bien-fondé de mettre au point des semences stériles, de déplacer des céréales ou des légumes sur des milliers de kilomètres, de manger de tout quelle que soit la saison ?
C’est pour répondre à ces questions que Frédéric Gana et Tifenn Hervouët, deux jeunes citadins franciliens, gourmands, passionnés de cuisine, ont voyagé à travers la France, de mars à septembre 2005. Ils ont ainsi rencontré quatre-vingts producteurs et artisans des métiers de bouche : du maraîcher au céréalier, du boulanger au fromager, du chocolatier au vigneron, de la plaine à l’estive, de l’étable à l’atelier de transformation, leurs pas les ont conduits à l’origine des aliments. Cette quête de la relation que l’homme entretient avec sa terre leur a permis d’appréhender la réalité d’une agriculture naturelle, respectueuse de la biodiversité et du paysage, ainsi que du travail des hommes. Et les citadins qui se qualifiaient de hors-sol ont retrouvé leurs racines, une intimité avec la terre nourricière, et donné du sens à leur vie.

Introduction – Chemin faisant

1. Association Parlez villages, rénovation d’un four à pain – Priez (Aisne)
2. Georges Toutain, agroécologiste – Fontaine-Lavaganne (Oise)
3. François Dreumont, maraîcher – Grémévillers (Oise)
4. Jean-Louis & Nicole Lefrançois, éleveurs de vaches jersiaises et fromagers – Condeau (Orne)
5. Hubert & Maryvonne Coupart, éleveurs de vaches laitières – Neuville-près-Sées (Orne)
6. Nicolas Supiot, paysan boulanger – Maure-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine)
7. Scarlette Le Corre, marin pêcheur et algoculteur – Le Guilvinec (Finistère)
8. Gilles Bernier, paludier – Guérande (Loire-Atlantique)
9. Hugues & Marie-France Lataste, éleveurs laitiers et fromagers – Landiras (Gironde)
10. Jacky Dupety, maraîcher et éleveur – Livernon (Lot)
11. François Tourrent, éleveur de vaches gasconnes – Mercus (Ariège)
12. Anne-Marie Lavaysse, vigneronne – Saint-Jean-de-Minervois (Hérault)
13. Marc Giardini, berger – Monieux (Vaucluse)
14. Paul Keruel, artisan chocolatier – Crest (Drôme)
15. Stéphane Cozon & Marion Haas, éleveurs, producteurs de plantes médicinales et accueil paysan – Cobonne (Drôme)
16. GAEC du Pic-Bois, paysans boulangers, éleveurs laitiers et fromagers – Torchefelon (Isère)
17. Marc Ollagnier, éleveur laitier et fromager – Saint-Maurice-sur-Dargoire (Rhône)
18. Serge et Marie-Claude Wurtz, cueilleurs et producteurs de simples, petits fruits et fruits – Fréland (Haut-Rhin)
19. Gérard Verret, jardinier et cuisinier – Lalaye (Bas-Rhin)
20. Bernard & Renée Ronot, céréaliers – Chazeuil (Côte-d’Or)
21. Alain Réaut, viticulteur – Courteron (Aube)
22. Thierry Filippi, producteur de fruits et confiturier – Ferolles (Loiret)
23. Bernard & Dominique Charret, restaurateurs – Larçay (Indre-et-Loire)
24. GAEC Champs libres, éleveurs, maraîchers, semenciers et accueil pédagogique – Saint-Julien-le-Petit (Haute-Vienne)
25. Raphaëlle de Seilhac, éleveuse d’agneaux et chambres d’hôte – Vitrac-sur-Montane (Corrèze)

Conclusion – Plaisir et responsabilité pour un autre rapport au vivant

Contacts & adresses – Ressources pour une alimentation responsable

Introduction – Un fondamental : les aliments//Écosser des gousses de petits pois avec son pouce vert de chlorophylle, croquer dans une pêche juteuse, découper une belle pièce de viande, glisser son nez au bord d’une carafe de vin pour en apprécier les arômes subtils puis la lever dans un rayon de soleil pour en distinguer les reflets rubis, plonger son index dans un pot de crème fraîche et l’introduire furtivement dans sa bouche, planter ses incisives dans un carré de chocolat, humecter ses lèvres dans la mousse légère d’une bière fraîche, enfin rire avec sa famille, ses amis, autour d’une table bien garnie… Ces plaisirs innombrables et sans cesse renouvelés colorent notre vie quotidienne. C’est comme cela que tout a commencé, dans l’assiette. Dans ce lieu de convergence autour duquel les hommes se retrouvent, se réjouissent, partagent les plus beaux moments de leur existence. Convergence de plaisirs et de nécessité vitale. Convergence du travail et de l’attention de centaines de millions d’individus aux quatre coins de la planète.//p. 2

Nicolas Supiot – De la semence au fournil//Le “Rocher”, le nom est plutôt bien choisi pour la colline granitique au sommet de laquelle nous accédons afin de rendre visite à Nicolas Supiot. Nous sommes à une trentaine de kilomètres au sud de Rennes, à Maure-de-Bretagne, en pleine forêt de Brocéliande. On retrouve ici tout ce qui fait la beauté de la Bretagne intérieure. La pierre magnifique et imposante affleure et contraste avec la végétation luxuriante de ce beau mois de mai. Rien ne semble avoir changé depuis des décennies.
Nicolas nous accueille dans sa jolie maison couverte de vigne vierge dont l’aménagement intérieur nous plonge immédiatement dans une ambiance singulière. De grandes dalles de pierre sombre nous permettent de nous adosser alors que notre hôte nous sert un café. Pierre, bois, enduits naturels, chaque objet est empreint de noblesse. Et le bonhomme nous inspire le même sentiment. L’aventure du pain qui nous a conduits sur ses terres réserve décidément bien des surprises, et celle-ci n’est pas la moindre !
Paysan boulanger. C’est comme cela que l’on définit l’activité de Nicolas qui consiste à semer des céréales, à les cultiver, à les transformer en farine puis en pain. Lorsque Nicolas déménage au Rocher après avoir vécu, péniblement, en banlieue parisienne, l’activité agricole lui semble un objectif naturel, et il se met aussitôt à la recherche de terres pour s’installer. L’entreprise paraît désespérée car le cours du foncier rend prohibitif l’achat du moindre arpent, mais à force de persévérance, il parvient à acquérir quelques modestes parcelles dont personne ne veut. Le sol y est parcimonieux, l’accès guère pratique, mais peu importe, ce sont ses terres et il peut commencer à les travailler.
Pour ce boulanger atypique, semer les graines qu’il transformera en pain est une évidence. Commence alors un long travail de recherche sur les semences qui l’amènera bientôt à participer à la création du réseau Semences paysannes. En effet, les règles qui encadrent l’utilisation des semences et les méthodes employées pour les sélectionner ne lui conviennent pas du tout. Nicolas privilégie la “vitalité” de son pain, donc de ses semences, alors que la législation n’autorise que l’utilisation de semences sélectionnées pour répondre aux contraintes de l’industrie… Inutile de dire que les attentes de l’industrie et les attentes de la boulangerie artisanale comme celle de Nicolas sont antinomiques !
Refusant tout simplement d’utiliser les variétés hybrides et technologiques du marché, Nicolas se procure des variétés anciennes de blés de pays dont certaines ont plus de cent cinquante ans et qui sont directement issues d’une sélection fermière de la période pré-industrielle. En effet, c’est plus tard que se répandront l’hybridation et l’adaptation des semences aux procédés industriels, au détriment de leur qualité nutritive, gustative, agronomique, et de leur vigueur végétative. Il mène différentes expérimentations, sème près de cent cinquante variétés différentes et en sélectionne une dizaine qui semblent convenir. Il se met à multiplier les semences “oubliées”, qui font rapidement preuve d’une forte vigueur et d’une étonnante adaptation aux conditions de son terroir pourtant ingrat. Un réseau de producteurs locaux se constitue afin d’étendre cette expérience et d’en confirmer les résultats grâce à un travail de groupe rigoureux.
Dans le même temps, Nicolas commence à boulanger. Avec sa femme Véronique et plusieurs amis, il fabrique son propre four et développe un savoir-faire depuis le champ jusqu’au fournil ! Il moud lui-même son blé à la meule de pierre et le transforme en pain. Les résultats sont étonnants ; pourtant, d’après la science officielle, son blé n’est pas panifiable, car trop pauvre en gluten ! Or le pain lève, et plutôt bien ! Il est vendu avant même d’être fabriqué. Nicolas nous précise qu’un blé est en général considéré comme panifiable par les instances officielles à partir d’un taux de 11 % de protéines insolubles (gluten). Le sien n’en contient pas autant. De plus, la force boulangère (indice de Zeleni) des blés actuels est d’environ 220 alors qu’au début du XXe siècle, elle était de 50. Si l’on s’en tient donc aux instances officielles, avant l’ère industrielle, personne ne mangeait de pain puisque les blés, contenant moins de gluten, étaient impossibles à panifier ! La science appliquée à l’industrie prendrait-elle quelque liberté avec l’histoire ?
L’orientation choisie par les semenciers s’explique par le fait que les procédés industriels qui visent à obtenir un pain très blanc et très levé maltraitent les glutens. Ils ont donc amené les sélectionneurs à ne travailler que sur des variétés de blé extrêmement riches en gluten, qui permettent à la farine d’en conserver suffisamment après un cycle de transformation particulièrement destructif et oxydant. Pourtant, à l’heure où les intolérances au gluten sont de plus en plus courantes, certains clients de Nicolas qui ont ce type d’allergie supportent très bien son pain ! Y aurait-il des bons et des mauvais glutens ? Ce qui est sûr, de l’avis de nombreux diététiciens, c’est que le pain blanc moderne, issu du processus industriel, composé d’une farine oxydée et complétée d’additifs afin qu’il présente une tenue et des arômes commercialisables, n’est d’aucun intérêt nutritionnel et serait même potentiellement allergisant…
Certains scientifiques et chercheurs de l’INRA s’intéressent d’ailleurs de près au travail de Nicolas tant ses résultats étonnent. Imaginez, des glutens non allergisants, des grains de blé qui donnent jusqu’à 70 épis par graine semée, des épis qui montent jusqu’à 1,80 mètre sans verser ! Le problème, c’est que le système d’homologation des semences en vigueur en France et en Europe rend illégale l’utilisation de semences non cataloguées. Le coût d’enregistrement, déjà prohibitif, d’environ 15 000 euros par semence proposée s’accompagne d’un référencement selon les critères “DHS”, de distinction, d’homogénéité et de stabilité. Ce regard purement mécaniste posé sur le vivant est déjà choquant. Le vivant est-il stable ? Homogène ? Non ! La propriété essentielle du vivant est sa capacité à se reproduire, jamais à l’identique. La santé d’un écosystème tient à sa perpétuelle évolution et au rééquilibrage permanent de chacune de ses composantes. C’est ainsi que depuis des millénaires les paysans adaptent leurs semences aux spécificités de leurs terroirs, ce qui leur permet de résister naturellement à des déficits hydriques, à des parasites, ou à d’autres contraintes climatiques locales. En un mot, voilà notre Nicolas en campagne pour permettre aux paysans de semer, d’échanger, de vendre, d’utiliser des semences de variétés anciennes en toute légalité.
Cette rencontre provoque en nous une sorte de révolution intérieure, comme si un voile de brume se dissipait et que nous y voyions enfin clair. On parle beaucoup des pratiques agricoles mais trop rarement des semences alors qu’en réalité, l’essentiel réside dans le potentiel génétique qui est semé : les graines ! Les enjeux sont majeurs. Tous les fruits, légumes et céréales que nous consommons, biologiques ou non, sont soumis à ce fameux catalogue des semences – et donc aux critères DHS –, qui recense des “clones” plutôt que des “variétés”.
Les semences paysannes, réponse à des pratiques modernes pour le moins contestables, sont un fabuleux espoir pour les agricultures vivrières au Nord comme au Sud. Elles ouvrent la possibilité d’une grande autonomie des populations et pourraient constituer la base de leur souveraineté alimentaire.//p. 28-33

Hugues et Marie-France Lataste – Une histoire de fromages//Des gâteaux ou des fromages ? C’est le genre de questions que l’on se pose lorsqu’on découvre sur le marché de Saint-Médard-en-Jalles, dans le sud de la Gironde, l’étal du domaine Maraÿn de Bartassac, qui présente plus de cinquante variétés de fromages, ouvragés, aux formes et aux couleurs étonnantes, soigneusement disposés dans de belles caissettes de bois. Derrière l’étal, un homme assuré, au regard intense et à la barbe irisée, explique volontiers la particularité de chacun d’entre eux. C’est lui qui nous accueille lorsque nous arrivons à la ferme en ces belles journées printanières. Il se présente : Hugues Lataste.
L’homme nous surprend : nous le pensions sauvage et voilà qu’il nous accueille avec disponibilité et écoute pour nous faire comprendre l’essence d’une démarche familiale et nous faire découvrir sa ferme, sa terre. Pour lui et sa femme Marie-France, le territoire et le sol ont un sens, tout autant que la tradition et l’histoire. La leur commence en 1986, avec l’achat de cette propriété qui fait alors 20 hectares. Hugues souhaite y réaliser un domaine protégé où il pourra rétablir un écosystème cohérent parfaitement intégré dans son territoire, son histoire et son activité d’élevage. “Un bijou dans un écrin.” Ils rachètent ensuite, au fil des vingt années suivantes, les différentes parcelles qui émaillent le domaine : aujourd’hui, ce dernier couvre 60 hectares presque d’un seul tenant. En parallèle, les Lataste augmentent la taille de leur troupeau de chèvres et de vaches, en s’autofinançant, si bien que durant toutes ces années, ils négligent le reste, les travaux de la maison et les infrastructures de la ferme. Leur priorité : la terre !
C’est par ses entrailles que nous commençons la visite. Car c’est le sol qui dicte à l’agriculteur la conduite à tenir. Ici, on retrouve à fleur de terre l’alios, ce grès sédimentaire qui part des Pyrénées et termine sa course là, sur des couches successives de sable et d’argile. C’est ce sol qui donne leur richesse aux vins de Sauternes tout proches, issus de vignes qui doivent percer cette couche imperméable et rigide pour aller puiser leurs nutriments au-dessous. Ce n’est pas un sol très propice à l’élevage puisque l’herbe y pousse difficilement. La terre est très humide en hiver, et sèche en été. Pourtant, c’est cette particularité qui va donner naissance à des goûts parfumés typiques des landes sauvages. Les compléments alimentaires – foin, luzerne, maïs –, sélectionnés rigoureusement pour leur qualité, restent malgré tout indispensables à l’équilibre des bêtes car il n’y a qu’une seule poussée d’herbe et Hugues veut éviter le surpâturage.
Ici, on l’a compris, c’est une histoire de famille. Marie-France, discrète, s’active à la fromagerie ; Laurène, la fille cadette, prend soin des vaches ; Oriane s’occupe des chèvres. Quant aux deux fils, ils ont quitté la ferme familiale mais restent ancrés dans le pays où ils exercent aussi une activité agricole. Lionel, 26 ans, d’abord maréchal-ferrant, élève maintenant des veaux de lait sous la mère à Bazas tandis que son frère Olivier, compagnon boulanger, finit d’aménager un imposant fournil à quelques kilomètres de là. Hugues, qui a appris à déléguer, se concentre sur la dimension commerciale de cette étonnante entreprise fromagère.
Passionnés par l’histoire et par le fromage, les Lataste retrouvent des recettes oubliées qu’ils remettent au goût du jour. Ils redonnent ainsi vie à vingt, trente, puis à plus de cinquante fromages typiques de Guyenne et de Gascogne, à l’issue d’un vrai travail de chercheurs et d’historiens. Cette quête presque alchimique leur permet de développer un savoir-faire et une sensibilité dont on ne peut évaluer la richesse que sur place. Désolé pour les curieux, il leur faudra faire le voyage !
L’acidité, l’égouttage, la finesse du caillé, la richesse en matières grasses, le lait de chèvre ou de vache, l’hygrométrie, l’aération de la cave, etc. : autant de facteurs qui, ajustés à chaque recette, assurent l’identité du fromage. Un nombre de processus et de critères vertigineux mais c’est là que réside la clé de la beauté, du goût et de l’équilibre si particuliers de chacune de leur création. “La forme d’un fromage n’est jamais anodine, affirme Marie-France, c’est elle qui concourt à ce que le fromage s’affine d’une certaine façon pour développer des arômes spécifiques…”
On peut citer le “Templier”, dont le marquage à la cendre avec les doigts indiquait l’appartenance à l’ordre des Templier ; ou la fameuse “Orange”, fromage de chèvre aromatisé à l’orange dont on a retrouvé trace dans des jarres égyptiennes rapportées par Champollion. Citons encore le “Cul fendu”, un best-seller, réalisé avec un caillé de chèvre délactosé au vin de Graves et équilibré à la muscade. Ou enfin le “Cajun”, dernière invention de Marie-France, au lait de vache et aux douze épices, délicieux lorsqu’il est dégusté frais.
Les Lataste connaissent la qualité de leurs produits et savent les valoriser, si bien qu’avec une petite production laitière, ils parviennent à assurer la pérennité de l’activité, des emplois, et l’extension de leur domaine en cohérence avec l’environnement et le territoire, le tout sans subventions. Voilà qui participe de la perfection de leurs fromages si originaux dont l’élaboration, qui s’enracine dans les siècles passés, nous rappelle que l’alimentation puise ses origines dans les migrations et l’histoire des hommes, dans les réalités géobiologiques du territoire et dans la réinvention permanente de notre patrimoine. Qu’elle est, en somme, affaire de civilisation.//p. 44-49

Anne-Marie Lavaysse – Une vache dans les vignes//Le vignoble languedocien ressemble par endroits de manière saisissante à une mer de vignes. Le contraste est d’autant plus grand lorsque l’on quitte ces espaces et que l’on débouche, au-dessus d’Aigues-Vives, sur le plateau sec et calcaire où un soleil de plomb vient s’échouer lourdement. C’est dans cet écrin blanc que cohabitent paisiblement sur un vignoble de 7 hectares une vache et une paysanne. Nous sommes au Petit Domaine de Gimios, chez Anne-Marie Lavaysse, à Saint-Jean-de-Minervois. Cette belle femme au visage généreux, qui arbore l’attitude et la calme détermination de ceux qui sont à leur place, cultive ici la vigne et en vinifie les fruits comme d’autres font leur prière.
C’est la fin de l’après-midi et Anne-Marie s’apprête à traire son unique vache, la belle jersiaise Rosalie. Elle l’attache à un chêne et s’installe sur un tabouret ; l’atmosphère est paisible dans cette étable à ciel ouvert. Il flotte dans l’air une quiétude surprenante. Chaque soir c’est le même rituel. Paroles et caresses accompagnent la venue du lait. Le lendemain, il sera transformé en fromage, en yaourt, en beurre, ou bu tel quel. Une vache dans des vignes, c’est loin d’être chose courante et pourtant, pour Anne-Marie qui aime tant cet animal, il ne pouvait en être autrement. Il y a quelques années, elle était maraîchère et possédait déjà une vache. Lorsque, en 1995, elle décide de s’installer comme viticultrice, il n’est pas question pour elle de s’en séparer. C’est ainsi que Rosalie a trouvé sa place dans cet écosystème, passant l’hiver dans les vignes au pied desquelles elle enrichit le sol de ses bouses et l’été dans la garrigue à l’entour de la maison d’Anne-Marie.
Quand elle a débuté, Anne-Marie Lavaysse n’y connaissait rien. Elle travaillait selon les règles de l’agriculture biologique et biodynamique, appliquant soufre et cuivre pour limiter le parasitisme et les maladies cryptogamiques. Mais chaque fois qu’elle taillait ses bois ou ses ceps, l’odeur d’œuf pourri l’incommodait tandis que leur sève, amère, ne lui convenait pas. Pour elle, ce soufre devint bientôt un poison. Alors elle a prévenu ses vignes : “Les filles, l’an prochain, il n’y aura plus de soufre, c’est fini, mettez-vous bien ça dans la tête !” Aussitôt dit, aussitôt fait. La sève est devenue douce et les feuilles de vigne comestibles. De la même manière, lorsqu’elle sent qu’elles ont besoin d’un petit coup de pouce, elle cueille sur le terroir des plantes sauvages avec lesquelles elle fait des préparations infusées au soleil ; dynamisées et pulvérisées selon les rythmes cosmiques de la méthode biodynamique, elles font office de soin.
Les vignes ainsi traitées ne présentent que peu de problèmes sanitaires. Lorsque cependant il s’en présente un, la plupart du temps “elles se débrouillent”, c’est-à-dire qu’elles ont les ressources nécessaires à leur propre défense. Incroyable ? Non, préventif ! Anne-Marie préfère la prévention à la guérison. Elle considère la vigne comme une égale et la vigne le lui rend bien. “Je fais comme je sens que c’est le mieux”, nous dit-elle. Et c’est ainsi qu’elle “sent” qu’elle doit planter des arbres fruitiers dans sa vigne, ne pas labourer le sol ni désherber toutes ces belles herbes sauvages qui y poussent et qui, comme elle nous l’explique, concourent par leur diversité à la bonne santé et au bon équilibre du sol et des vignes. Avec la vache et un fauchage de temps à autre, pas besoin de plus. Les poireaux et les salades sauvages ? “S’ils s’y plaisent, pourquoi les arracher ? Ils me fournissent mes légumes toute l’année !” Comment alors appeler ce vignoble-potager-verger ? Un bel endroit à la limite entre le sauvage et le cultivé… Un lieu d’agriculture, expression d’une relation intime avec le vivant.
Pour Anne-Marie, la vendange est un moment clé de la vinification. Elle se fait manuellement, en cagettes, pendant les heures fraîches du matin, avec une faible production de l’ordre de 10 à 14 hectolitres à l’hectare pour obtenir une qualité parfaite. Anne-Marie veut conserver cette sensation de croquer dans le fruit que l’on éprouve lorsqu’on déguste ses vins. C’est pour cela qu’elle a choisi de n’utiliser lors de la vinification que ses propres levures et de ne pas ajouter de soufre, connu depuis l’Antiquité pour stabiliser le vin et arrêter la fermentation du raisin. Son travail est fondé sur cette attention, sur cette écoute. Avant d’être en harmonie avec la vigne, Anne-Marie est d’abord en harmonie avec elle-même.
Petite, Tifenn voulait être une fée. Elle idéalisait les personnages capables de communiquer avec la nature, de l’enrichir et de la rendre harmonieuse. Quand on grandit, on apprend que tout cela, ce sont des histoires, des contes… qui n’ont de valeur que parce qu’ils appartiennent à notre enfance. Pourtant, quand on voit Anne-Marie parcourir ses vignes non ligaturées par des fils de fer – elle les trouve contraignants pour la plante –, observer une feuille, prendre soin de l’abricotier au milieu de son vignoble, ramasser un poireau sauvage qui pousse entre deux ceps, préparer des décoctions de plantes pour les donner à ses vignes, parler de la biodiversité qui leur permet de résister aux parasites, on se dit que l’enfance pourrait se prolonger longtemps, et que finalement, les adultes aussi pourraient, pourquoi pas, essayer de coopérer avec la nature, qui est aussi leur nature. Anne-Marie a nommé ses vins Démeter, du nom de la déesse grecque du blé, symbole de l’abondance mais aussi de la civilisation. Comme elle a raison ! La fée des garrigues calcaires du Minervois plante là les graines d’une humanité nouvelle…//p. 62-67

Jocelyne Perret, S!lence n° 411, avril 2013 :
« Ce recueil de portraits nous présente des artisans boulangers, des paysans et tout un monde qui vit pour et par la saveur des aliments. C’est délicatement et avec goût que les auteurs nous dressent un menu composé de multiples témoignages, comme une longue promenade gustative de terroirs et de spécialités culinaires.
Quand des passionnés des métiers de bouche rencontrent des producteurs amoureux de leur métier, nous sommes comme invités à partager leur repas et à nous asseoir à leur table pour les écouter nous raconter leurs passions de la bonne chair et des produits sains.
Un très bel ouvrage, agrémenté de photographies parlantes d’humanité et d’humilité, à dévorer avec simplicité et boulimie. »


Un lecteur, www.fnac.com, le 5 mars 2008 :
« Bel ouvrage combinant des photos de qualité et des portraits d’agriculteurs/producteurs de tout poil à travers un périple de la France rurale, orienté vers l’agriculture raisonnée voire bio. La logique productiviste a bien des limites, ce livre le démontre et nous donne envie de goûter aux vrais produits, de nous intéresser aux parcours singuliers d’hommes et de femmes attachés a défendre un rapport plus authentique à l’environnement. Une belle bouffée d’oxygène ! »

Jean-Paul Géné, Le Monde 2 n° 198 du 1er décembre 2007 :
« Voilà un livre qui rassérène pour l’avenir de l’agriculture durable, bien mieux que toutes les annonces du Grenelle. Ils sont vingt-cinq dispersés dans toute la France à pratiquer une agriculture naturelle, auxiliaire de la biodiversité et du paysage, soucieuse de la terre, de la mer, des bêtes et des consommateurs. Paludier, éleveurs de vaches ou d’agneaux, paysan boulanger, marin pêcheur, vignerons, producteurs de fromage ou de plantes médicinales, ils apportent une “bouffée d’humain et d’humus, d’oxygène et de chlorophylle, d’iode et d’embruns, d’odeurs de bouse et d’herbes aromatiques, de lait et de levain, d’alpages et de foins coupés, une invitation à la terre et à la table”. »

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