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Une œuvre de Philippe Devouassoux Editions Transboréal

Route du thé (La)

Du Yunnan et du Sichuan aux confins tibétains
9782361570866
Prix 20,90 € Disponible EAN : 9782361570866
ISBN : 978-2-36157-086-6
ISSN : 1633-9916

Pendant plus de quinze siècles, les feuilles de thé des provinces du Yunnan et du Sichuan furent échangées contre les chevaux tibétains, nécessaires aux conquérants de l’Empire céleste. Partis du berceau historique du thé, Julie Klein et Philippe Devouassoux ont affronté à pied, durant six mois, 2 500 kilomètres de rizières, de forêts luxuriantes et de montagnes jusqu’au Toit du monde. Passionnés d’histoire, ils ont eu pour guide les cartes anciennes et, empruntant les mêmes sentiers que jadis, ont pris le pouls des campagnes chinoises en mutation. C’est à l’été, aux sources du Mékong et du Yangtsé, que les marcheurs ont débouché sur les étendues sauvages du plateau tibétain, trouvant dans l’hospitalité et la ferveur d’un peuple opprimé matière à rassasier leur soif de rencontres.

Prologue

Première partie – YUNNAN
De Pu’erh à Deqen (janvier–avril 2009)

1. Histoires de routes
2. Les plantations de Pu’erh
3. Multiples minorités
4. Les villes d’art(ifice)
5. À travers la campagne
6. La fête de « Qingming »
7. La remontée du Mékong
8. Deqen, aux portes du Tibet

Seconde partie – SICHUAN & QINHAI
De Ya’an à l’Amnyé Machen (avril–juin 2009)

1. La cueillette du thé
2. Les contreforts du plateau tibétain
3. Au contact des moines
4. Sur le Toit du monde
5. L’arrestation
6. La « kora » de l’Amnyé Machen

Épilogue

À travers la campagne//Lors des longues journées de marche, quand l’itinéraire est évident et qu’il ne faut pas sans cesse se préoccuper de la navigation, la simple conversation est une source infinie de distraction. Dans l’esprit du siècle des Lumières, nous tenons salon dans la campagne yunnanaise et débattons de nobles sujets. Les heures filent comme le vent dès que nous abordons tous les deux des domaines philosophique, politique, religieux ou métaphysique. Nous nous plaisons à refaire le monde et à réinventer des systèmes sociétaux. Plus tard, avec la prolongation de l’effort, le cerveau bascule dans une sorte de langueur mentale. L’endomorphine générée par le travail musculaire irradie tout le corps et l’effet analgésique est accompagné d’une certaine torpeur. Les ingrédients sont alors réunis pour ouvrir les vannes du reflux des souvenirs. Nous racontons à l’autre des expériences de jeunesse, des impressions conservées de l’enfance, des anecdotes insignifiantes mais qui nous permettent de nous découvrir mutuellement toujours davantage. C’est une bénédiction pour combattre la lassitude de la marche : c’est l’heure des associations d’idées saugrenues, de la mélancolie qui se mêle à l’euphorie. Dans notre société où nous recherchons le contrôle permanent du temps et la rentabilité à tout prix, s’abandonner ainsi aux longues heures de marche nous emmène là où nous avions perdu l’habitude d’aller, dans le domaine des rêves.//p. 115-116

Les plantations de Pu’erh//“Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l’un pour donner, l’autre pour recevoir”, conseille Johann Wolfgang von Goethe. Mais comment faire pour ne pas alourdir sa charge tout en honorant ce précepte ? Nous avons délibérément choisi de ne pas ajouter à nos affaires de présents volumineux ou lourds. Avant le départ, nous avons emporté plusieurs photos de nous et de nos familles, dans des paysages typiques de France : tour Eiffel, jardins à la française du château de Versailles, vallée enneigée des Alpes font partie des souvenirs que nous laissons dans les foyers où nous sommes invités. Ces portraits sont un très bon moyen de nous présenter simplement, avec nos parents, alors même que la famille est encore un des piliers de la vie rurale des zones traversées. En retour, une des grandes fiertés de nos hôtes est de nous montrer leurs photos de mariage, qui sont en général les seules qu’ils possèdent. Bien souvent, la rencontre se solde par un échange de clichés. Nous avons essayé pendant de longues semaines d’offrir un peu de nourriture à nos hôtes, dans un esprit de partage. Toutes les techniques y sont passées : au moment du départ, à la préparation du dîner, lors du petit-déjeuner, en guise d’apéritif… Au début, nous proposions des produits manufacturés de différentes gammes. Devant le refus systématique, nous avons tenté des matières premières ou à peine transformées comme des fruits secs et des fruits à coque, ou tout ce qui peut s’acheter sur un marché et qui n’est pas trop lourd. À chaque fois, nous essuyons un refus net et sans appel. Nous nous sommes trompés à rester trop longtemps dans nos schémas culturels français. Est-ce mettre en défaut la qualité de l’hospitalité que d’offrir de la nourriture ? Ou laisser penser que le foyer qui nous reçoit est trop pauvre pour nous accueillir dignement ? Ou simplement est-il considéré qu’en tant que marcheurs nous avons besoin de notre pitance et que ce serait nous ôter le pain de la bouche que de l’accepter ? La raison est sûrement un mélange de tout cela, mais ce qui est sûr est que l’hospitalité n’est pas prise à la légère au Yunnan.
En plus des photos que nous remettons quand la discussion s’oriente sur la cellule familiale ou la France, nous décidons de tirer parti du fait que ce sont principalement les femmes qui nous invitent. C’est donc parfois un petit bijou, que Julie porte pour l’occasion, que nous avons le plaisir de laisser pour témoigner de notre reconnaissance. Enfin, remarquant que peu de couples disposent de portraits d’eux-mêmes ou de leur famille et que cette possession est source de fierté, nous tâchons de réunir toute la maisonnée pour une séance photo. Certains prennent la chose très au sérieux et, le regard fixe, n’esquissent pas même un sourire. D’autres, au contraire, dévoilent leur denture en une simagrée complice. S’ensuit alors l’opération délicate qui consiste à récupérer l’adresse postale du domicile. Puisque nous sommes incapables d’écrire proprement le mandarin, nos hôtes s’en chargent. Tous ces sinogrammes griffonnés à la va-vite ou dessinés avec application sur nos carnets constituent de magnifiques souvenirs au retour, mais aussi une flopée de signes impossibles à recopier lorsque, les photos imprimées et glissées dans l’enveloppe, sonne l’heure de l’envoi. Nous faisons alors appel à l’insoupçonnable gentillesse des guichetières de China Post pour qu’elles écrivent elles-mêmes la destination sur le courrier. Il est de coutume de critiquer l’amabilité des guichetiers français, mais après ces expériences, nous sommes en droit de croire que c’est la nature même du métier qui rend les gens si peu disposés au service ! Malgré tout, nous trouvons toujours une âme charitable.
Nous avons pris le parti de ne jamais joindre aux tirages notre adresse. Ainsi se clôt la relation qui est par essence éphémère. Cette décision nous a valu plusieurs longs débats. Est-il égoïste de ne pas donner la possibilité à nos hôtes de nous écrire en retour ? En prenant cette décision de manière unilatérale, nous sommes les seuls maîtres de la suite de la relation, ce qui est contraire à la notion d’échange mutuel qui nous tient à cœur. Nous offrons, mais empêchons le don en retour. N’est-ce pas laisser l’autre redevable et lui ôter tout moyen de payer sa dette ?
Nous décidons que non. Ces présents n’ont d’autre vocation que d’exprimer une fois de plus notre gratitude et d’apporter dans les foyers quelques souvenirs tangibles des bons moments passés ensemble. C’est nous qui sommes redevables de leur hospitalité. À la limite, pouvons-nous considérer que l’équilibre est déjà atteint : l’effort que nous avons fait pour atteindre leur cahute excentrée est compensé par leur invitation. Et enfin, nos hôtes ne demandent pas notre propre adresse quand nous sollicitons la leur. Plus nous avançons sur la route et plus il nous semble évident que la brièveté de la relation est consentie dès le premier regard.
Nous avons parfois l’impression que notre présence est annoncée bien avant notre arrivée dans un village. Pour rejoindre Jinggu, nous égrenons lentement les kilomètres deux jours durant sur la route nationale G213, une chaussée bitumée empruntée par des camions débordant de charbon et de pierres, des motos surchargées et des minibus bondés. Comme cette voie est relativement fréquentée, nous ne passons pas inaperçus. Et c’est avec surprise que nous entendons des épiciers nous féliciter pour avoir rejoint leur échoppe à pied depuis Pu’erh ! Comment le savent-ils ? C’est sans aucun doute les camionneurs qui nous doublent qui sont bavards ! Notre “exploit” se propage vite, et nous sommes accueillis à bras ouverts. Impossible alors de payer les repas pris sur le bord de la route.//p. 47-49

La cueillette du thé//Nous vivons le séjour à Ya’an comme une renaissance : c’est presque un second voyage qui débute. Contrairement au Yunnan et à ses vingt-cinq minorités nationales, la région de Ya’an est très majoritairement peuplée de Han. Mais comme Pu’erh, Ya’an est entourée de théiers renommés depuis des siècles, qui constituent la source de la route du thé et des chevaux du Sichuan.
Nous choisissons de nous rendre dans le massif montagneux de Mengding, qui culmine à 1 456 mètres et est situé dans le comté de Mengshan, non loin de Ya’an. Enveloppée de nuages presque toute l’année, jouissant d’un climat humide et de deux cent vingt-cinq jours de pluie par an, cette zone constitue un environnement idéal pour la culture du thé. Durant la dynastie Tang, les jardins de thé plantés sur les pentes des cinq sommets des monts Mengding sont décrétés “royaux” et le thé produit devient de fait un tribut réservé à l’usage exclusif de la famille impériale. Ces feuilles n’étaient donc pas à destination des Tibétains mais leur renommée a permis de maintenir une cueillette et une transformation sur un mode ancestral, qui pique notre curiosité et nous pousse à visiter ces plantations.
La plantation se présente comme une immense forêt composée de petits arbres dépassant rarement 1,50 mètre de haut. Leurs troncs, épais et tortueux, sont le signe d’un âge plus avancé que ne le suggère leur taille. À l’état sauvage, les théiers peuvent atteindre 15 à 20 mètres de haut. Lorsqu’ils sont cultivés, ils sont maintenus à 1,20 mètre environ par des coupes régulières, pour former ce qu’on appelle une “table de cueillette”, qui facilite la récolte manuelle et favorise la croissance des bourgeons. La récolte se fait à la main. Les jeunes filles sont les cueilleuses les plus habiles car, dit-on, leurs mains prélèvent sans abîmer. La collecte ne porte en effet que sur les jeunes pousses, voire uniquement sur les bourgeons pour les thés les plus rares. Sur le mont Mengding, on sent bien que les exploitations sont familiales. Pas de travailleurs migrants ici, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui vont au champ. Les feuilles et bourgeons sont déposés dans une hotte en osier, identique à celle que chaque paysan utilise dans la vie quotidienne. La récolte des bourgeons est fastidieuse et le panier ne se remplit donc pas très vite. Les boutons, restés en dormance pendant l’hiver, ont repris leur croissance au printemps et produiront les meilleurs thés de l’année.
Une fois sa hotte remplie, le cueilleur rejoint l’atelier de transformation, où la récolte est pesée et échantillonnée en vue de l’évaluation de sa qualité. Puis les feuilles sont déposées à même le sol du hangar de ces manufactures familiales. Dans certaines exploitations et selon la météo, les bourgeons fraîchement récoltés sont étalés sur des plateaux de bambou et laissés quelques heures sous le soleil printanier afin qu’ils perdent une partie de leur eau. Ce séchage primaire limite les phénomènes d’oxydation. Dans les autres fabriques, les feuilles sont directement orientées vers la torréfaction. En inactivant les enzymes présentes dans les feuilles fraîches par chauffage, cette étape va définitivement arrêter l’oxydation, préserver les inestimables polyphénols, réduire voire éliminer la saveur végétale de la feuille fraîche et libérer les arômes. Vient ensuite le roulage qui va casser les cellules végétales des tissus foliaires et faciliter l’infusion du thé. Le séchage, dernière étape de fabrication d’un thé vert, assure sa parfaite conservation et développe de nombreux composés aromatiques nouveaux.
Le thé vert est prêt, la transformation est finie. Nous notons que le balai est un des outils les plus utiles, tant les feuilles passent au sol de manière récurrente d’une étape à la suivante. Pas de problème, ce n’est pas de la terre battue, mais un béton relativement lisse ! Nous n’avons observé aucune zone de conditionnement, et ne savons donc pas sous quelle forme ce thé est vendu. De plus, il ne semble pas qu’il fasse l’objet de spéculation, contrairement au pu’erh. On dit que, de nos jours, les Tibétains apprécient grandement ce thé vert, du fait de son fort arôme, qui se marie bien avec le beurre de yack. Personnellement et modestement, ce thé nous fait un peu penser à une tisane de plantes au goût très complexe. On y discerne en effet une multitude d’arômes différents, qui lui confèrent une subtilité particulière. La première impression est un thé fort en bouche. Le bouquet se déploie dans un second temps et s’achève sur une saveur douce aux notes de noix. Enfin, ce thé dénote par sa couleur jaunâtre rehaussée de reflets rouges. L’accueil dans les usines est chaleureux et le personnel n’est pas peu fier de nous présenter les machines, le processus de fabrication et, bien sûr, le résultat final que nous dégustons juste après séchage.

Nous sommes à cette occasion une nouvelle fois frappés par les similitudes entre l’art du thé et celui du vin. Sur le plan de la dégustation d’abord, le thé est classifié sur la base de son terroir et de la variété de Camellia sinensis dont il est issu : assamica, sinensis ou cambodiensis. Ces variétés, complétées par des dizaines de cultivars, sont des équivalents des différents cépages de la vigne. L’art du thé distingue les grands crus qui se bonifient avec l’âge et les thés de table, consommés quotidiennement. Théophiles et œnologues ont en commun le plaisir de la dégustation et l’expertise générale sur le breuvage. Comme pour le vin, il existe un véritable art de vivre le thé, témoin vivant d’une culture locale non mondialisée. Les cérémonies japonaises, extrêmement codifiées, célèbrent l’admiration du beau par opposition aux vulgarités de la vie quotidienne. Au Maghreb, le thé sucré à la menthe est offert en signe d’hospitalité au visiteur. Les Russes consomment des thés fortement aromatisés et longuement infusés tandis que les sujets de Sa Gracieuse Majesté y ajoutent un nuage de lait. La classification du thé est complexe et les grands crus se monnaient à des prix incommensurables. De quoi faire tourner la tête…
Sur le plan de la transformation ensuite, elle est aussi simple que celle du raisin et a été maîtrisée avant notre ère. Elle permet une conservation relativement longue. Dans les régions productrices, les familles ont souvent leur théier sauvage où elles vont cueillir périodiquement des feuilles. La maîtresse de maison procède alors à un séchage rapide au wok, puis laisse les feuilles une journée au soleil. C’est prêt !
Enfin, sur le plan de la culture, le théier comme la vigne sont des plantes qui durent et perdurent. Les plus vieux théiers connus auraient près de mille ans ! Voyant les cueilleuses avec leur hotte, on se croirait presque aux vendanges. Les gestes sont les mêmes : cueillir, remplir la hotte, aller la vider, et ainsi de suite…
Et de manière très localisée, le mont Mengding nous a rappelé le cœur des régions viticoles. Ce terroir, circonscrit à une proéminence naturelle du terrain est majoritairement couvert de théiers. La colline est sillonnée par une route jalonnée de maisons de thés où l’on peut déguster et acheter. Celui qui a déjà parcouru une route des vins de notre belle France s’y croirait !//p. 189-218

Au contact des moines//Deux jours après Yajiang, nous empruntons un chemin de traverse et suivons le fond quasiment plat d’une nouvelle vallée à 3 600 mètres d’altitude. Les paysages sont magnifiques. En ce mois de mai, l’herbe de la steppe est rase et se décline en une multitude de couleurs selon l’humidité du sol, du brun jaunâtre sur les tertres au vert sapin dans les dépressions. De vastes pâturages sur l’adret et quelques forêts de conifères sur l’ubac, de petits ruisseaux tressés qui dispensent une eau si limpide que nous la décrétons potable et, de-ci de-là, quelques tentes de nomades et leurs troupeaux de yacks : rien d’autre à perte de vue, hormis le soleil qui brille dans un ciel somptueux. Ce sont les paysages que nous préférons depuis le début de notre périple, et nous nous y sentons parfaitement à notre place et incroyablement à l’aise. La vie y est rude pour les bergers, surtout à la mauvaise saison mais, pour des randonneurs comme nous, elle paraît simple et évidente ! Pour la première fois, nous avons l’un comme l’autre le sentiment d’avoir trouvé notre éden. Nous sommes quasiment seuls dans cet environnement grandiose et nous croyons presque à l’origine du monde. Nous avons tout loisir d’observer la faune sauvage qui prend la pose : des biches, des marmottes et surtout des colonies entières de singes dont la présence à ces altitudes surprend. Les primates, qui vivent par communautés de plusieurs dizaines d’individus, sont tellement nombreux et de si grande taille que Julie est presque inquiète de bivouaquer dans leurs parages ! Un midi, nous débusquons une cascatelle à l’écart du chemin. L’eau est fraîche mais revigorante et nous nous douchons avec délectation. Sécher nus au soleil, allongés sur des dalles tièdes, la tête perdue dans les nuages… Nous faisons traîner ce grand moment de plénitude et gravons à jamais dans nos cœurs le bien-être ressenti dans cette oasis spatiale et temporelle.
Nous passons cinq journées formidables, perdus dans ces immensités, et arrivons un peu malgré nous à Larima, petite bourgade tibétaine. Elle est sur notre chemin et nous permet de nous ravitailler, mais nous ne nous y attardons pas, trop pressés de retrouver notre tente, le ciel étoilé et un certain isolement.
C’est quelques dizaines de kilomètres avant l’arrivée à Larima que nous croisons pour la deuxième fois un ancien moine de Dharamsala. Nous sommes sur la piste, dans une sorte de canyon sans visibilité, où c’est d’abord la pétarade d’un moteur que nous percevons. Et puis, au détour d’un virage, apparaît un Tibétain à moto avec une couronne de feuilles et de fleurs sur la tête. La surprise est de taille car la route que nous suivons est très peu fréquentée et cette moto comme son pilote sont absolument atypiques. La machine est une sportive japonaise, avec carénage intégral, guidon bracelet et petite bulle. Absolument rien à voir avec les pétrolettes chinoises que nous observons depuis le Yunnan. Pourtant, la piste est caillouteuse et difficilement praticable ! Le pilote, outre sa surprenante couronne, porte un blouson de cuir que n’aurait pas renié Steve McQueen, des gants épais et une grosse écharpe de laine tandis que nous transpirons avec nos manches relevées. Il s’arrête à nos côtés et nous interpelle en anglais. Seconde surprise ! À l’instar de Thokmay, Tengpa a appris l’anglais en Inde, alors qu’il était moine auprès du chef spirituel du bouddhisme tibétain. Il nous explique en deux minutes son retour en Chine, ses sept mois de détention à la prison de Chengdu parce qu’il n’avait pas de papiers, et sa vie actuelle dans une ville à plus de 100 kilomètres de notre point de rencontre. Ville qu’il doit d’ailleurs rejoindre immédiatement pour une raison obscure. Il est aussi loin de l’apparence d’un moine que nous le sommes nous-mêmes d’un autochtone : tee-shirt de basket américain et survêtement de sport assortis aux autocollants de la NBA qu’il a disposé un peu partout sur sa moto, cheveux courts mais pas rasés comme les bonzes, on l’imagine plus buvant des bières et jouant au billard qu’en méditation samatha – une pratique de concentration propre au bouddhisme tibétain. Nous discutons quelques trop courts instants, à l’issue desquels il nous somme d’aller voir Dorje, un de ses amis avec lequel il a suivi les enseignements du dalaï-lama. Il nous affirme avec conviction que Dorje sera enchanté de parler anglais et de nous accueillir. Il nous écrit son nom en tibétain et chinois sur un papier, et nous croyons comprendre que nous le trouverons à une trentaine de kilomètres de là, aux abords d’un monastère. Nous prenons les photos d’usage pour fixer les traits de Tengpa et repartons sur la piste, emplis de l’espoir de pouvoir passer un moment dans un monastère aux côtés d’un lama anglophone. Le reste de l’après-midi s’écoule à scruter l’horizon, pour essayer de déceler dans le lointain les drapeaux de couleur qui virevoltent au vent, caractéristiques de l’approche d’un monument. Mais le soir arrive et nous laisse bredouilles. Au bivouac, nous sommes encore excités et impatients de la rencontre annoncée. Le lendemain midi, nous découvrons effectivement des bâtiments religieux, sortes de grands chortens entourés d’anciennes habitations abandonnées. Les maisonnettes de terre sont presque en ruine mais les édifices bouddhistes ont fière allure dans ce magnifique décor. Nous optons pour une pause déjeuner, en espérant la venue de Dorje que nous imaginons s’avancer vers nous dans sa robe pourpre.//p. 254-257

Étienne Hurault, Passion Rando n° 37, octobre-décembre 2015 :
« Marcher dans les pas des caravaniers chinois qui, des siècles durant, rejoignaient le Toit du monde pour échanger thé contre chevaux. L’aventure, autant sportive, historique, culturelle que spirituelle, fait rêver. Son récit par une jeune couple français aussi, même si ça n’a pas toujours été une partie de plaisir. »

Nathalie Kermovant, Le Télégramme n° 920, le 27 septembre 2015 :
« Parisiens stressés mais marcheurs dans l’âme, avides de découvrir le monde en toute liberté, Julie et Philippe ont arpenté durant six mois, les provinces chinoise du Yunnan et du Sichuan, jusqu’aux confins du Tibet. À l’image des lado, ces caravaniers qui échangeaient leurs feuilles de thé contre des chevaux, ils ont marché le long de la route du thé, élément clé de la géopolitique chinoise. Au-delà du défi sportif que le périple représente – parcourir 3 000 kilomètres par tous les temps et en autonomie –, le couple cherche une totale immersion dans ces zones rurales isolées, afin de mieux appréhender le quotidien des habitants.
Une aventure semée d’embûches, notamment policières, mais qui réserve surtout de belles rencontres et qui se mue en une expérience inoubliable. »

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