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Une œuvre de Géraldine Bérard Editions Transboréal

Sibériennes

Voyage aux confins de la taïga
9782361570002
Prix 20,90 € Disponible EAN : 9782361570002
ISBN : 978-2-36157-000-2
ISSN : 1633-9916

Répondant à l’appel de la taïga, Géraldine Bérard et Valérie François sont parties pendant plus de six mois sur la route mythique de la Kolyma, à la rencontre des habitants de la Sibérie orientale. Sur 4 000 kilomètres, du lac Baïkal à la mer d’Okhotsk, les deux voyageuses partagent bania et vodka dans les hameaux isolés, écoutent la vie aventureuse des géologues et des chercheurs d’or, vont cueillir baies et champignons en territoire d’ours. Elles prennent part à Yssyakh, la fête solaire des Iakoutes, ou découvrent une face inattendue de leurs hôtesses, chanteuse ou styliste à succès. Au cœur d’une nature sauvage ponctuée de villes désolées, les héritières des « petits peuples du Nord » et des pionniers venus défricher la forêt boréale témoignent des traditions autochtones, du souvenir du Goulag ou de l’énergie des jeunes générations. Toutes confient aux auteurs leurs rêves de Sibériennes.

Prologue – En route pour l’Extrême-Orient russe

Première partie – Iakoutie (Valérie François)
1. Une délégation française en ville
2. Avec Natacha
3. Pour l’amour du cirque
4. Lena, Natacha, Vera et les autres
5. Les diamants sont éternels
6. Entre haute couture et tradition
7. Une vie à la campagne
8. Yssyakh, l’âme de la Iakoutie
9. Du kolkhoze à la ferme
10. Home, sweat home
11. La star de la Iakoutie

Deuxième partie – La route de la Kolyma (Géraldine Bérard)
12. Sur les bords de l’Aldan
13. Petite soirée entre amies
14. Sur la route de la Kolyma
15. Iagodnoïe, triste centre administratif
16. Tatiana et le « poisson social »
17. L’étrange monsieur Panikarov
18. Les filles de la bibliothèque

Troisième partie – Magadan I (Valérie François)
19. Une enfant de la Kolyma
20. Deux maris de mère en fille
21. Une Évène qui conte
22. Datcha, griba, vodka
23. Au bania avec Tatiana

Quatrième partie – Magadan II (Géraldine Bérard)
24. En quête du bonheur
25. Un amour de fan
26. Irina et les trois frères
27. L’histoire en héritage

Épilogue – De part et d’autre de l’Eurasie

Prologue//La gare de Iaroslav, entonnoir vers les confins de l’Asie, déborde de monde. Écarlates, en sueur, nous slalomons entre mille visages qui déjà nous donnent un avant-goût de la diversité des lointaines terres de Russie. Au milieu des bagages au ventre repu, de petites têtes brunes et blondes bousculent, sous le regard désespéré de leur mère, des hommes d’affaires pressés. Un vieillard et une longiligne jeune fille au regard noir se fraient péniblement un chemin, traînant derrière eux un sac bon marché et trop lourd. Dans les valises surchargées, chacun semble avoir empaqueté sa vie. Sans doute des cadeaux, des commandes, des marchandises achetées sur les marchés de Moscou et qui seront revendues au village. Ployant sous le poids de nos sacs à dos, nous ne détonons pas. Péniblement, nous nous hissons dans notre wagon sous l’œil indifférent de la provodnitsa, une blonde peu aimable qui a la charge de veiller au bon déroulement du voyage jusqu’à la mer d’Okhotsk, à quelque 8 500 kilomètres de là. Dans les compartiments, tout le monde a revêtu une tenue décontractée, fait son lit et entamé une conversation polie avec ses voisins. Ne craignant pas le jugement de l’interlocuteur anonyme qui disparaîtra au hasard d’une gare, quelques voyageurs se déferont dans les kilomètres à venir de pensées tenues secrètes jusque-là. Avec la ponctualité d’une horloge suisse, notre wagon s’ébranle, manquant de nous faire tomber des étroites couchettes supérieures sur lesquelles nous sommes juchées. Ce que nous attendons depuis plusieurs années arrive enfin. Le train en partance pour l’Extrême-Orient quitte Moscou, et nous sommes dedans.//p. 11-12

Une vie à la campagne//De ce côté du fleuve commence un autre monde, où l’asphalte laisse place à des routes en terre défoncées. Sotintsy apparaît dans un nuage de poussière. Le village s’étend tout en longueur. Partout ce ne sont que maisonnettes en bois entourées de jardins potagers et de serres. Nous accusons chaque nid-de-poule. “Mais ça, ce n’est rien, Devouchki, dit en riant Vera. En mai, au moment de la débâcle, lorsque la Lena sort de son lit, d’énormes flaques de boue bloquent les routes et isolent les villages, quand ils ne sont pas tout simplement inondés. Là, c’est dur !”
Les fermes se succèdent. Des vaches paissent tranquillement le long des barrières. Sur le bord de la route, le squelette d’un animal mort gelé rappelle que la température descend jusqu’à – 55 °C, parfois plus bas encore.
La voiture s’arrête devant une minuscule isba vert anis cachée par une clôture en planches. Dans le jardin, déposés là comme par erreur, une grosse moto rouge, un vieux tracteur, un fauteuil, une antenne satellite. Près du khoton, une étable faite de rondins et de terre dont les murs inclinés conservent mieux la chaleur, quelques vaches somnolent. Après que nous avons ôté nos chaussures, Vera nous fait entrer dans une petite pièce sombre. Un homme d’une cinquantaine d’années, le visage rond et mangé par de grosses lunettes nous accueille. Vera nous présente Vania, son deuxième mari. Affalés sur un vieux canapé de velours marron, un jeune garçon et une fillette semblent hypnotisés par un film d’horreur. “Je vous présente ma nièce, qui est venue passer les vacances à la maison.” L’adorable gamine au regard frondeur nous regarde, intimidée, avant de retourner à ses monstres cathodiques. Genia, le fils cadet de Vera, nous salue d’un large sourire. Collées à la télévision, des étagères coupent en deux la pièce et laissent entrevoir un bureau, un ordinateur, quelques livres, une banquette. Derrière une fine cloison ajourée, un lit envahit la chambre minuscule. Au centre de la maisonnée, les murs en briques du poêle à bois, allumé matin et soir en hiver, permettent de garder une température agréable. Et les toilettes ? Dehors, au fond du jardin. Au-delà de – 20 à – 30 °C, un pot de chambre fait l’affaire.
Le jour semble ne jamais vouloir disparaître mais Vera tombe de sommeil. Cette nuit-là, elle nous laisse sa chambre. Nous nous tassons dans la maison de poupée. Genia dormira avec nous sur un lit d’appoint. Le couple et la petite fille occuperont le canapé-lit du salon.
Six heures. Le réveil n’a pas sonné. L’habitude suffit. Vera nous secoue gentiment. C’est l’heure de la traite. La lourde porte du khoton claque silencieusement. Une ampoule éclaire faiblement l’intérieur. La lumière orangée est filtrée par la buée et la chaleur douceâtre qui se dégagent de la gueule des bêtes. Une odeur entêtante de bouse se colle aussitôt aux pores de la peau. Une poule, dérangée par Vania qui nettoie le sol en rondins à grands coups de pelle, volette quelques instants et se pose sur les os saillants d’un veau. Vera s’installe sur un tabouret pour traire une à une les cinq vaches qui ont passé tout l’hiver enfermées dans cette baraque de bois et de terre. Un travail dur, que la plupart des villageois ne veulent plus faire. Mais un geste naturel pour Vera, vétérinaire de formation, qui bien avant d’entreprendre des études supérieures aidait financièrement sa mère en trayant les vaches au sovkhoze. Son mari et elle produisent 5 tonnes de lait par an, avec quoi ils confectionnent beurre, crème et fromage qu’ils donnent en grande partie à la famille citadine de Vera. Elle plonge sa main dans une alcôve cachée de l’étable et en sort quelques œufs tout frais qu’elle ira vendre plus tard au village. “Maintenant, sortez les filles, sinon, vous n’arriverez jamais à vous débarrasser de l’odeur”, nous conseille-t-elle en riant.
Dehors, le soleil se lève, enveloppant le village d’une douce atmosphère rosée. Pas un bruit ne vient troubler le calme matinal. Quelques nuages de fumée s’élèvent au-dessus des cheminées. Le village se réveille.//p. 57-59

L’étrange monsieur Panikarov//Monsieur Panikarov doit avoir une bonne cinquantaine d’années, les cheveux blancs, le regard bleu clair derrière d’épaisses lunettes démodées, un fort accent ukrainien agrémenté d’un léger bégaiement.
Il y a vingt ans, il a rencontré un ancien prisonnier qui lui a raconté son histoire. Ce témoignage éveilla son attention et lui donna envie d’en savoir plus sur cette époque. Ivan Panikarov se mit à recueillir des photos, des documents, des objets concernant le Goulag. Il arpenta la toundra à la recherche de traces des anciens camps. Il récupéra un châlit, des barbelés, de la vaisselle et des lampes bricolées par les détenus avec des conserves, des chaussures, des vestes rapiécées, des casquettes d’inconnus, simples numéros du Dalstroï, une subdivision du système des goulags qui géra les travailleurs (libres ou non) de la Kolyma de 1932 à 1956.
Travail aisé et ardu.
Aisé : les trouvailles furent innombrables. Avec plus de deux cents camps rien que dans la région de Iagodnoïe et du cran pour affronter la nature qui a tout englouti en quatre décennies, il ne revenait jamais les mains vides. Tristes trésors. Aisé aussi car les gens donnèrent leurs vieilles photos, qu’elles soient ou non de leurs familles. Parfois même, ils les jetaient et il n’y avait qu’à se baisser.
Ardu : tout cela ne signifiait rien sans un travail de recherche, de classement et d’information. Il fallait recueillir les témoignages. Tout le monde n’avait pas envie de revenir sur ce douloureux passé. Il fallait enquêter pour découvrir qui étaient ces inconnus sur le papier jauni. Leur parenté. Leur destin.
Ivan a entassé pendant des années le fruit de ses recherches dans une pièce de son appartement. Quelque vingt mille clichés et des milliers d’objets. Bientôt, il lui faudrait pousser les murs, d’autant plus qu’il avait élargi son champ d’action. Il ne s’intéressait plus uniquement aux camps mais à l’histoire de la région dans son ensemble. Ce simple passe-temps d’amateur n’était pas une sinécure. Il voulait en faire profiter les autres et organisait des visites dans son salon en attendant d’obtenir un local et de trouver des fonds.
Ivan, électronicien, fut de plus en plus sollicité après ses heures de travail. Il n’est pas peu fier, et c’est légitime, d’avoir aidé au moins vingt personnes à retrouver leurs parents, proches ou éloignés. Malgré la douleur de la perte, il est réconfortant de connaître la vérité, de savoir s’ils ont été fusillés, s’ils sont morts d’épuisement ou s’ils ont vécu assez longtemps pour trépasser en dehors des barbelés et, pourquoi pas, fonder un autre foyer. De savoir dans quelle fosse commune ils reposent. Il est ainsi possible de faire son deuil mais surtout de déposer une demande de réhabilitation. Ivan donne parfois des photos. Père, mère, tante, frère ou sœur, visages émaciés, regards sombres.
En 1994, son appartement devint officiellement le musée Souvenirs de la Kolyma. La ville lui promit que s’il trouvait un local plus grand, elle l’aiderait. Chose promise, chose due. En 2005, il dénicha, grâce à un ami, un grand appartement en plein centre de Iagodnoïe. La ville en paya la réfection. Mais cela s’arrêta là. À charge pour lui de payer l’électricité, le chauffage et tous les autres frais, la mairie n’étant guère plus riche que lui.
Lorsque nous pénétrons dans le long couloir obscur de son nouveau local la peinture est encore fraîche. Il travaille d’arrache-pied avec l’aide enjouée de nos Kolymaises à l’installation de son musée, dont l’inauguration aura lieu la semaine suivante, en présence du gouverneur de l’oblast de Magadan. Dans la pénombre, il est penché sur une présentation de l’âge d’or de l’agriculture et de l’industrie de la Kolyma, pendant les années 1960-1970.
Quatre grandes salles sont déjà remplies. L’histoire est mise en scène. Première pièce, des photos de groupes, plus ou moins anonymes. Des ingénieurs, des délégations officielles venues du continent, des républiques d’URSS ou d’autres villes de la région. Deuxième salle, deux collections : l’une de téléphones (dont un rouge), l’autre de médailles, récompenses civiles ou militaires. Belles années de l’enthousiasme soviétique. Salle suivante, le revers des médailles. Une grande carte des goulags de l’URSS, établie par les Américains dans les années 1960. Constellation de points rouges, illustrés par des photos de morts-vivants à rayures. “Ils étaient bien renseignés, mais il y avait le double, voire le triple de camps par endroits. Et puis, contrairement aux camps nazis où la volonté première était la destruction massive et systématique, les prisonniers étaient une force de travail, ici !” À côté, des clichés s’alignent sur le mur. Un mirador. Un camp, baraques alignées dans un carré parfait de barbelés. Des myriades d’anonymes dont il a épinglé l’histoire. Courtes épitaphes.
Étrange Monsieur Panikarov qui les connaît presque tous ! Cette femme, par exemple, au regard de braise et aux longs cheveux tressés : “Elle était au camp d’Elguen, le plus grand camp de femmes. En raison d’un microclimat, on y travaillait la terre. Des études étaient faites pour savoir comment ce sol ingrat pourrait devenir un modèle de productivité. On y faisait entre autres pousser du blé. Oui, du blé. Regardez sur cet album photo comme les femmes sèment et récoltent. Bien sûr, Il y avait aussi de la volaille et du bétail. Détail supplémentaire, et non des moindres, la pouponnière. Elguen était le camp des parturientes. Elles venaient mettre au monde le fruit d’une histoire d’amour avec un fiancé, un mari, un compagnon d’infortune. Peut-être aussi celui d’une faveur donnée à un gardien pour un passe-droit ou encore celui d’un viol. Pas loin d’ici, il y a une colline que l’on appelle “la montagne de l’amour”. N’allez pas imaginer des sous-bois romantiques où les amoureux viendraient, main dans la main, regarder la nuit éteindre les couleurs de la Kolyma ! Non. L’histoire est plus sordide. Les gardiens ou gradés, après avoir repéré les plus belles prisonnières, les faisaient venir sur cette colline et obtenaient leurs faveurs en échange, dans le meilleur des cas, d’une réduction de peine. Entre deux corvées, elles venaient nourrir leurs petits dans un baraquement qui leur était réservé. À l’âge de 3 ans, l’enfant était envoyé vers un orphelinat du continent, et la mère dans un autre camp. La vie suivait son cours pour ce prétendu orphelin et cette mère sans enfant. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que les mères furent tenues au courant du lieu de vie de leur enfant, et que ce dernier connut l’existence d’une mère, ennemie du peuple, quelque part dans la Kolyma.”
La belle femme au regard de braise et aux longs cheveux tressés a eu la malchance de vivre dans la mauvaise décennie. Elle a tatoué son nom sur le bras de son nouveau-né. Cruelle blessure, afin qu’un jour il puisse savoir qui il est. Il vit dans les environs de Moscou et connaît ses origines, un peu grâce au musée d’Ivan.
“Vous voyez ces hommes, là ? Des ingénieurs. Ils se sont échappés. Ils ont vécu au fond d’une mine pendant six mois. Deux se sont fait reprendre. Le troisième a réussi à s’installer à Novossibirsk et à trouver du travail. Il s’est fait avoir lors d’un contrôle d’identité. Vingt-cinq ans de condamnation.
Cette photo. Oui, celle qui est à droite. Une ’article 58’, une ’politique’, une ’ennemie du peuple’, crime suprême. Elle a été condamnée pour haute trahison. Qu’a-t-elle fait ? Elle a eu le mauvais goût de faire un séjour dans les camps nazis. À la libération, comme des milliers d’autres, elle a été expédiée manu militari dans la Kolyma : allez savoir ce qu’ils avaient fait pendant ce covoisinage avec l’ennemi ! La plupart d’entre eux ont été réhabilités et même décorés. À titre posthume.
Et celle-là. Une autre politique, accusée de sabotage. Elle est arrivée en retard au travail. Sans parler de sa voisine de baraque, qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui a fréquenté un ’article 58’. Article dangereusement contagieux, comme la peste.
La petite blonde rondelette au visage poupon. Qu’a-t-elle fait ? Une “droit-commun”. Elle a volé des patates dans le sovkhoze où elle travaillait. Elle était dans la même baraque que les criminelles, les prostituées ou les droguées. Les droit-commun, encore aujourd’hui, ne sont pas réhabilités. Lisez les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov.”
Étrange Monsieur Panikarov, qui se ferme comme une huître lorsque nous lui demandons les chiffres, même approximatifs, de la répression dans la région et la proportion de coupables et d’innocents !//p. 137-141

Épilogue//En Iakoutie comme à Magadan, un deuxième voyage s’imposait. Il n’était pas question de rencontrer de nouveaux visages, mais bien de revoir Galina, Lena, Vera, Natacha, Barbara, Dieia et les autres. Nous retrouvâmes très vite la chaleur, la complicité, les fous rires de nos premiers moments. Notre retour était peut-être la preuve qu’elles attendaient pour nous faire confiance et nous ouvrir leur cœur. Elles nous livrèrent des secrets, nous faisant parfois promettre de ne rien en dire. Mais les connaître nous aida à les comprendre, cerner leur personnalité et leur poser des questions plus justes.
Bien souvent, elles nous ont demandé quelle est la plus grande différence entre la femme russe et la femme française. Répondre fut un exercice difficile tant nos combats sont étrangement proches et nos soucis quotidiens similaires. Une chose cependant semble nous différencier : la solitude affective dans laquelle vivent un grand nombre d’entre elles. Nous ne sommes pas des spécialistes de la condition féminine en Russie. Nous ne faisons que constater : 70 % des femmes de 40 ans et plus que nous avons croisées vivaient seules et n’avaient qu’un infime espoir de retrouver un conjoint.
Les histoires que nous avons entendues étaient souvent tristes. Nous ne croyons pas avoir rencontré une femme qui ait pu s’enorgueillir d’une vie sans drame, mais nous ne voulions pas non plus nous contenter des drames de leur vie. Nous n’avons pas choisi les portraits les plus noirs ou les plus sordidement sensationnels, mais ceux qui à notre avis pouvaient refléter au mieux une existence dans le Nord. Les rencontres se sont enchaînées et au moment des faits, l’empathie était inévitable, peut-être parfois au prix de l’objectivité. Pourtant à aucun moment nous n’avons voulu en faire des icônes. À chacun de leurs récits, souvent émotionnellement durs, nous avons voulu montrer l’autodérision, l’humour, la pudeur aussi avec lesquels chacune minimisait les coups du sort, sans occulter leurs petites lâchetés et leurs contradictions, souvent reconnues à demi-mot. Cependant, même dans leurs accès de colère ou leurs plaintes, nous n’avons pas discerné chez elles d’aigreur, de sentiment de haine ou de revanche. De l’amertume, oui, mais pas de résignation. Et quoi qu’il en soit, nous nous sommes rendu compte qu’elles n’ont jamais cherché à nous faire pitié ou à se faire passer pour des victimes.
Si sous l’Union soviétique, elles n’avaient rien à quoi comparer leur vie, maintenant elles ne peuvent que juxtaposer l’avant et l’après. C’est bien légitime. Bien sûr, et elles l’ont toutes reconnu, la vie était alors loin d’être parfaite. Mais la satisfaction des besoins vitaux – travailler, se nourrir, éduquer ses enfants – était une chose acquise. La fin du régime soviétique leur a fait perdre ce peu qu’elles possédaient. La déception a été d’autant plus vive qu’elles avaient réussi à bâtir aux confins du pays une vie meilleure que beaucoup d’autres. Aujourd’hui, certes, elles peuvent voyager et recevoir sans crainte des étrangers, mais comment profiter de cette nouvelle liberté lorsque vous avez brutalement basculé de la vie à la survie ? Peu en ont aujourd’hui les moyens. À l’exception peut-être d’Inokentii à Sotintsy, d’Elena Gogolieva à Magadan, et de quelques autres pour qui la fin de l’URSS a offert la possibilité de faire fructifier leur esprit d’entreprise, la nostalgie d’une vie toute tracée et de la prétendue égalité de tous face au régime est encore prégnante. Nous avons eu l’impression qu’au-delà d’une certaine limite, il devenait malaisé pour elles de remettre en cause l’ancien système. Pour nous qui avons, malgré tout, du mal à nous représenter l’existence qu’elles pouvaient avoir à cette époque, il nous était difficile de décoder le regard qu’elles portent sur cette période qui impliquait un mode de vie, des réflexes, une mentalité trop éloignés de ce que nous connaissons. Ce fossé culturel nous a semblé parfois infranchissable, mais néanmoins le dialogue n’a jamais été rompu. Il est sans doute normal que nous ne nous soyons pas accordées sur tous les sujets.
Le bus pour l’aéroport quitte la ville. Le téléphone vibre. Galina nous envoie un dernier texto : “On vous aime. Vous allez nous manquer.” Les départs sont l’inévitable lot des voyageurs. Nous avons tous connu ces rencontres exceptionnelles d’une heure, d’un jour ou d’une semaine qui font la saveur du voyage. Bien souvent, elles ne deviennent qu’un agréable souvenir qu’on aime raconter à ses amis à son retour. L’histoire que nous avons construite ensemble ne fait pas partie de ces éphémères moments sans lendemain. Nous espérons les voir à Paris et à Marseille. Elles nous attendent à Iakoutsk et à Magadan dans un an, dans cinq ans ou dans dix ans, quelle importance ? Car, nous en sommes sûres en montant dans le Boeing flambant neuf qui nous éloigne trop vite de Magadan, nous nous reverrons.//p. 268-270

Nathalie Glorion, www.lespassionsdechinouk.com, le 19 février 2013 :
« En général, je n’apprécie pas les récits qui parlent de la Russie, car du peu que j’ai lu, il ressort une atmosphère que je n’aime pas : grisaille des villes, alcoolémie, violence… Alors pourquoi ai-je acheté Sibériennes allez-vous me demander ? J’ai beaucoup hésité, à vrai dire ; ce qui m’a convaincue, c’est que ce livre est écrit par des femmes voyageuses déjà, ce qui est assez rare. Pour les suivre et surtout parce que ces femmes partaient à la rencontre d’autres femmes, j’allais découvrir une Russie vue par les femmes. J’étais curieuse d’avoir leurs visions de leur pays.
Dès le prologue, j’ai été séduite par le récit de Géraldine et Valérie qui se partagent l’écriture, tour à tour, des quatre parties de ce livre. Elles nous font découvrir des femmes incroyables, fortes, qui savent ce qu’elles veulent. Leur vie n’est pas facile et elles doivent très souvent élever leurs enfants seules par manque d’hommes. Les hommes russes n’ont pas le bon rôle dans ce livre : ils seraient (et je n’ai pas de mal à le croire) timides, pas dégourdis, violents, alcooliques… L’alcool et ses ravages – maladie/suicide/violence – créent des veuves et des orphelins.
J’ai apprécié aussi le cahier photographique présent au milieu du livre, car on y fait la connaissance, entre autres, des femmes qui ont croisé la route de Géraldine et Valérie. C’est vraiment plaisant de mettre un visage sur des prénoms.
Quoique ce ne soit pas une région que j’aime, c’est avec plaisir que j’ai suivi l’aventure de Géraldine et Valérie même si, pour moi, il manque un peu de “route” et si j’aurais voulu en savoir plus sur leur voyage à elles. »


Gérard Pinguet, www.amazon.fr, le 8 février 2012 :
« À travers 270 pages, Géraldine Bérard et Valérie François vous emmènent aux confins de la taïga, plus précisément de Iakoutsk à Magadan, la route construite dès 1930 par les prisonniers du Goulag, la tristement célèbre route de la Kolyma. Un récit passionnant ponctué de rencontres. À la lecture de cet ouvrage, nous avons décidé d’aller à l’été 2012 à la rencontre de Lena, Natacha et Vera à Iakoutsk, et ce en voiture depuis la France. À lire sans hésitation, les duettistes ont une belle double plume ! »

Un internaute, www.fnac.com, le 15 décembre 2010 :
« Très joliment écrit, se lit comme un carnet de voyage ou comme un roman. Beaucoup de chaleur humaine (féminine !) dans un paysage de neige et de glace. »

Un internaute, www.fnac.com, le 9 décembre 2010 :
« Je recommande à tout le monde de lire ce beau livre, drôle et dépaysant, bourré de rencontres émouvantes avec des femmes intelligentes et engagées qui vivent au bout du monde. Une vraie aventure des temps modernes et de très beaux moments de générosité et d’entraide. »

Camille Poirier, www.routard.com, le 9 novembre 2010 :
« Décidées à mener à terme un projet de longue date, Géraldine Bérard et Valérie François sont parties à la découverte de la Sibérie pendant plus de six mois. En dépit des routes souvent impraticables, parfois dangereuses, elles ont parcouru 4 000 kilomètres, du lac Baïkal à la mer d’Okhotsk, avec une idée en tête : “prendre le temps de se perdre, de rester, d’échanger et de comprendre”. Au fil des jours, elles ont traversé une nature à la fois fascinante et hostile, où l’homme cherche tant bien que mal à trouver sa place. Elles ont également découvert une population dont l’histoire et la culture demeurent souvent méconnues en Europe : leurs rites, leurs récits, leurs croyances les ont intriguées et passionnées. De ville en ville, de rencontre en rencontre, elles décrivent les dures conditions de vie des individus dans ces régions reculées : froid, absence d’eau courante, pauvreté, alcoolisme, isolement. Mais elles en apprécient aussi l’étonnante solidarité, les discussions autour d’un verre de vodka ou d’un mets traditionnel, l’attachement à leur terre et à leur famille. Ce sont avant tout les femmes qui intéressent les deux exploratrices : ces Sibériennes émeuvent par leur courage, leur ironie à l’égard des hommes, leur sensibilité, leur dévouement à leurs enfants. Au-delà de l’aspect humain, la dimension historique est largement traitée. On découvre avec Géraldine et Valérie l’origine des populations iakoutes et évènes, dont la culture est aujourd’hui menacée de disparition. Mais on porte également un regard nouveau sur la Russie actuelle, qui garde les séquelles de l’ex-URSS. Ce passé, regretté par certains, critiqué par d’autres, a façonné à tout jamais l’histoire de la Sibérie. _En moins de 300 pages, Géraldine Bérard et Valérie François parviennent à nous transmettre leur amour pour ce pays. Les anecdotes, récits de vie, parenthèses historiques et photographies alternent sans cesse, rendant le livre à la fois riche et divertissant. L’humour trouve également sa place (“Vous venez de France ? Non, ne vous moquez pas de nous, les Françaises sont minces et élégantes.”), contrastant avec de grands moments d’émotion. »

Françoise Barry, Orients, Bulletin de l’association des anciens élèves et amis des langues orientales, octobre 2010 :
« “Moscou ne s’arrête pas au Koltso” : rares sont les voyageurs qui s’aventurent dans les immenses contrées orientales de la Russie. L’Oural n’est pas une frontière : au-delà s’étend le pays sibérien que deux jeunes Françaises courageuses ont décidé de sillonner avec un maigre budget, mais de nombreuses adresses, dans le but de découvrir la vie des femmes, de Iakoutsk à Magadan.
Géraldine connaît le russe et la Russie, Valérie de très nombreux pays asiatiques : elle est photographe et journaliste à ses heures. Toutes deux ont eu l’audace de partir d’abord quatre mois en fin d’hiver, puis une fois au printemps, bravant de très nombreuses difficultés – un diplomate russe m’avait dit de leur projet : “C’est de la folie” –, dont la moindre n’est pas d’observer la société civile russe bouleversée par la sortie du communisme. […] Des introductions auprès d’associations de femmes, mais surtout l’hospitalité spontanée des Sibériennes de tous âges, endurcies par une conjoncture politique et économique sévère, mais symboles de cet élan vital russe bien plus véridique que l’âme slave galvaudée par des observateurs formatés, permirent à nos deux
dievouchki de rassembler une masse d’informations.
Impossible de généraliser à partir de ces dizaines d’expériences de vie, sinon que la plupart des femmes vivent seules, souvent avec des enfants, et même suite à deux mariages. Pourquoi ? Parce que “le féminin d’‘assis devant la télé’, c’est ‘debout dans la cuisine’” : telle est la conclusion de ces médecins, infirmières, paysannes, bibliothécaires, institutrices, dures au travail et sans amertume, mais lucides sur la vie à deux.
Les confidences se dispersent dans la cuisine, autour d’une recette russe ou française, au
bania, le hammam russe, au cours d’excursions permettant de découvrir la nature si prégnante en Russie, les rivages poissonneux de la mer d’Okhotsk mais aussi les sinistres reliefs du Dalstroï, l’industrie du Goulag et, dans la bouche des descendantes des victimes des purges staliniennes, les histoires de survie.
Outre les femmes russes, Géraldine et Valérie nous font découvrir les familles des Évènes nomades éleveurs de rennes, animistes, qui comptent de nombreux mariages mixtes. Nos voyageuses nous font, chemin faisant, également connaître un cirque fabuleux, une énorme mine de charbon à ciel ouvert, le club des brodeuses de Magadan, les somptueuses récoltes de la
datcha vite transformées en conserves, le petit musée du Goulag monté par Ivan Panikarov à Iagodnoïe, Yssyakh, le nouvel an iakoute célébré dans un déploiement de jeux anciens et de costumes.
Au poids des mots s’ajoute le choc des photos superbes de Valérie, témoignages d’un voyage foisonnant, original et hardi. »


Stéphanie Morelli, Sortir n° 885, du 14 juillet au 24 août 2010 :
« Dans Sibériennes, Géraldine Bérard et Valérie François – récit à deux voix, chacune son style, chacune ses questionnements – nous emmènent aux confins de la Sibérie, dans ces territoires reculés et glacés de l’Extrême-Orient russe. Attachantes, parfois désarçonnées, souvent charmées, nos deux aventurières partagent leurs rencontres, leur périple par la route de Kolyma, avec les femmes pour fil rouge, leur vie quotidienne et amoureuse, leurs espoirs. Portraits chamarrés. Des récits de voyage précieux, plein d’humilité, hors des sentiers battus… »

Elsa Potine, www.obiwi.fr, le 20 juillet 2010 :
« Au cœur d’une nature sauvage ponctuée de villes désolées, les héritières des “petits peuples du Nord” et des pionniers venus défricher la forêt boréale témoignent des traditions autochtones, du souvenir du Goulag ou de l’énergie des jeunes générations. Toutes confient aux auteurs leurs rêves de Sibériennes dans un ouvrage admirablement écrit, documenté à la source de la vie, et soutenu par un plan construit avec un dynamisme qui passionne le lecteur.
Plus qu’un carnet de route écrit à quatre mains, il s’agit d’un récit à deux voix où Géraldine Bérard et Valérie François prennent alternativement la parole. Des photos en noir et blanc ainsi qu’un cahier photos en couleurs illustrent les pérégrinations de nos Alexandra David-Néel du XXIe siècle.
Des images en écho à leurs mots, sublimées par un cadrage parfait, comme pour mieux souligner la poésie, la pureté, la beauté de ces contrées lointaines, de ses habitants et surtout des Sibériennes qui illuminent ces pages par leur sincérité. »


Alain Guillemoles, La Croix n° 38695, le 22 juin 2010 :
« Le bout de la terre, c’est Magadan : une terre gelée huit mois sur douze. L’endroit des fameux goulags. Deux jeunes femmes ont fait le voyage. Il faut d’abord prendre le Trassibérien, puis s’enfoncer vers le nord, dans une région où le train ne va pas et où les voitures ont elles-mêmes beaucoup de mal à passer. Elles, c’est en camion de pompier qu’elles ont fait une partie du chemin. Faute d’autobus, elles ont été accueillies à bord par des pompiers qui partaient pour livrer un camion de 7 tonnes.
Ce livre est le récit de leur voyage, avec ses aléas, ses paysages à couper le souffle que les auteurs savent si bien décrire, ses moments de doute et ses rencontres les plus émouvantes. On songe à cette phrase que prononce Andreï, un des pompiers : “En Russie, il n’y a pas de routes, il n’y a que des directions. Ici, il passe au maximum une voiture par jour. Aujourd’hui, c’est nous…”
Les deux voyageuses, qui n’ont pas froid aux yeux, ont surtout prêté attention à la vie des femmes. C’est souvent sur elles que repose la vie de famille, tandis que les hommes sont perdus dans les vapeurs d’alcool. Accueillantes, elles veulent rester belles, dans cet univers où ce n’est pas facile. »

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