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Une œuvre de Guillaume Chérel Editions Transboréal

Sur la route again

Aux États-Unis avec Kerouac
9782361570507
Prix 20,90 € Disponible EAN : 9782361570507
ISBN : 978-2-36157-050-7
ISSN : 1633-9916

Cinquante ans après Jack Kerouac, Guillaume Chérel parcourt, dans le même esprit et avec un regard aussi décalé, la route qui rendit célèbre la figure emblématique de la Beat Generation. Durant trois mois, de New York à San Francisco, en passant par Chicago et Denver, en véritable « vagabond des étoiles » du XXIe siècle, il bourlingue, vibre, jouit, observe et note… À travers ce remix, il établit un dialogue – grave ou comique – avec son illustre prédécesseur, auquel il se mesure dans une lutte littéraire et fraternelle. Ce que Neal Cassady fut pour Kerouac, ce dernier l’est pour Chérel : un compagnon de voyage « solaire », sauvage et frénétique, une source d’inspiration, de style et d’attitude. Dans l’Amérique d’Obama et des homeless, le voyageur prouve qu’il est encore possible de tracer sa propre route, d’en goûter l’ivresse et d’en savourer l’immense liberté.

Préface de Colum McCann

Prologue

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie


Épilogue

Plein le dos, le hobo//Je rêve d’un bon lit frais. J’en ai ma claque de dormir dehors ou sur des canapés. J’ai plus un rond. Je commence à avoir faim et je me sens sale. Je me lave où je peux, quand je peux, dans les chiottes des stations de bus ou dans les McDo. Une vraie vie de chien. “Hobo le clodo” en a plein le dos… La pire des nuits fut sans doute celle que j’ai passée près d’une aire d’autoroute, dans des taillis infestés de seringues, de capotes usagées et de slips sales. Je m’étais caché là pour éviter les mauvaises rencontres, mais après coup j’ai pensé aux chiens errants et autres bestioles, tels rats, chauves-souris, souris, vampires… Le meilleur bivouac fut sans doute la pelouse du poste de police. J’ai fait fort ce soir-là : quelle inconscience ! Je ne pouvais pas être plus en sécurité… J’entendais les talkies-walkies des flics qui partaient en mission, sous mon arbre, un grand pin. À l’aube, je me suis taillé discrètement, sans demander mon reste. Jamais je n’ai été arrêté pour vagabondage. Pas pu vous imiter jusqu’au bout, frères Jack… Juste un coup de pied dans mes pompes alors que je dormais où il ne fallait pas, à San Diego ; une lampe torche dans la gueule, à Los Angeles, tandis que je traversais où il ne fallait pas ; et une grosse engueulade quand je faisais du stop là où c’était interdit, à San Francisco… Mais pas de prison, no !
La nuit, je rêvais de crêpes au Nutella… C’est pourtant ça que je voulais vivre. Savoir ce que c’était : être un hobo, sur la route. On the road again… L’aventure ! C’est l’aventure… La galère, oui ! Je vais vous dire un truc. J’en ai vite eu marre d’être à la rue… Avoir faim, c’est très désagréable. Avoir froid, c’est chiant ; dormir à même le sol, c’est dur… Il est très rare, dorénavant, que je ne donne pas la pièce au vagabond qui me la demande. Je prends aussi les gens en stop. Je n’ai pas oublié. Ne jamais rien oublier… Je sais ce que c’est. Il y a des frères de la route, comme il y a eu des frères de la côte.//p. 144

L’hôte des tubes digestifs disponibles//Partout dans le monde, on parle beaucoup pour ne rien dire… Ici, comme ailleurs, je regarde les gens s’agiter, et parler pour ne rien dire. Celui-là me fait penser à Buster Keaton, l’autre à Harold Lloyd. Ma fille ne connaît pas Charlie Chaplin et Laurel et Hardy la laissent froide. Abbot et Costelo sont oubliés. Nous vivons pourtant toujours dans le monde des Monthy Python, de Brazil, de Pierre Étaix et de Jacques Tati. Je sais que ce livre finira, comme les autres (souvent les plus illustres), sur l’étal d’un bouquiniste à gros nez rouge et aux cheveux gras, face à la fontaine Saint-Michel. Derrière coulera la Seine, en charriant son lot de… Bon, allez, hauts les cœurs ! Comme me dit mon cœur.
Arrivé à Denver, tu cherches Carlo Marx (alias Allen Ginsberg dans la version originale sans chapitres, d’un seul tenant). Ton pote Hal Chase (Chad King) a décidé de ne plus être l’ami de Neal (Dean), donc de Ginsberg… De vrais mômes dans une cour de récré. Il décide de quitter la bande… Des enfantillages. Des enfants pas sages. Et toi, tu prétends arriver dans cette guerre passionnante, avec comme un arrière-goût de lutte des classes, dis-tu… Neal est le fil d’un ivrogne, un des clochards les plus titubants de Larimer Street. Son fils plaidait sa cause au tribunal à 6 ans, et mendiait dans les rues pour lui rapporter de quoi picoler. Puis Neal s’est mis à glander dans les tripots et à faucher tellement de bagnoles qu’il établit une sorte de record dont on parla longtemps dans les maisons de correction. Tu vois en ce môme perdu à l’énergie furieuse de vivre une nouvelle espèce, américaine, de saint, et dans Allen une sorte de monstre des bas-fonds ; du moins c’est l’effet qu’il se donne… Ginsberg a une piaule dans un sous-sol de Grant Street, où tu passas quelques nuits à ne pas dormir jusqu’au lever du jour. Tu racontes comment tu n’arrives pas à dormir, déjà, à cause d’une machine à air conditionné fabriqué par le père d’Hal Chase… Tu as froid, tu descends les escaliers et écoutes parler cet homme qui se nourrit de souvenirs. Encore un homme dont la tête est une forêt. Il invente des trucs, ne trouve pas les moyens de déposer les brevets et dit se faire piquer ses idées. Mais où donc était Neal ?
Moi, j’appelle Kevin Bill, pour lui annoncer mon arrivée, et lui indique que je serai à San Francisco vers 11 heures 45 du matin. (En fait, c’était l’après-midi, je m’étais trompé… Une petite erreur sans conséquence fâcheuse.) Toi, c’est Ginsberg qui t’appelle chez un de tes potes. Il te donne l’adresse de son sous-sol : “Qu’est-ce que tu fous ?” tu lui demandes. Question récurrente. “Attends, je te raconterai”, il te répond. Il n’a pas fini de te répondre, d’ailleurs… C’est ça qui est bien avec les livres. Vous vous parlez encore. Les morts se parlent. Sartre parle à Camus, Kerouac écoute Ginsberg… Tu fonces le rejoindre. Quelqu’un est mort… Mais Neal est à Denver.
“Où est-il ?
— Il faut que je te raconte…”
Et il te raconte que Neal entretenait deux filles en même temps. Louanne, sa première femme, et Carolyn, sa nouvelle femme. Chacune dans une chambre d’hôtel différente. Sacré Neal. Et entre les deux, il vient le rejoindre pour leurs affaires en cours.
“Et de quelle affaire s’agit-il ?”
Allen lui parle d’une aventure formidable, et ils s’efforcent de communiquer d’une manière absolument sincère et exhaustive en se disant tout ce qu’ils ont à se dire. Un peu comme moi, maintenant, lorsque j’essaie de t’écrire tout ce que j’ai à te dire, Jack. Sauf que vous prenez de la Benzédrine et que moi je ne sais même pas à quoi ça ressemble. Vous vous asseyez en tailleur sur le lit, l’un en face de l’autre, et tu finis pas apprendre que ce Neal peut faire tout ce qu’il veut : être maire de Denver, épouser une millionnaire, ou devenir le plus grand poète depuis Rimbaud… Non, ça, c’est Ginsberg. Mais que ça ne l’empêche pas de continuer à aller aux courses de voitures miniatures… hé hé… Z’étiez bien barrés les mecs. Vous me faites marrer à distance, dans le grand espace-temps. J’ai l’impression d’être là avec vous, à rire comme un bossu en mélangeant prose spontanée avec tout ce qui reste quand on a tout oublié… Hhheeeeyyyyy… Je viens avec vous. Jack, tu bondis. Allen te suit. Il se précipite tout excité, et moi je jette un œil sur les deux dernières autos de course qu’il me reste de mon circuit 24…
“Quel est l’emploi du temps ?” tu demandes. Car il y avait, malgré tout, toujours un emploi du temps dans la vie de Neal…
Allen te raconte qu’à partir de minuit environ, une fois que Neal a passé un peu de temps avec ses deux poules, il le rejoint pour parler… Et baiser aussi j’imagine, mais ça, tu n’oses pas l’écrire, même dans la version originale non expurgée, du moins à ce stade du récit. Tu te contentes de raconter comment Neal a connu Carolyn. Et comment tu n’as qu’une idée en tête : rejoindre ce démon. Vous vous mettez à traîner, Ginsberg et toi, dans les rues borgnes dans la nuit de Denver. L’air est doux et les étoiles si belles, si grandes de promesses que tu croyais rêver. Et vous allez frapper à la porte de Neal (Ginsberg se cache pour ne pas être vu de Louanne)… qui t’ouvre à poil. Tu aperçois sur le lit une cuisse voilée de dentelle noire.
“Tu te l’es enfin envoyée, cette vieille route !” gueule Neal en te voyant débouler. Et il tourbillonne vers sa future ex-femme pour lui dire en substance : “Écoute, chérie, Sal est en ville, il vient de New York et ne connaît pas Denver. Je dois absolument sortir avec lui et le caser avec une meuf.”
La fille gobe tout. Elle est très jeune, même pas 20 ans. Il promet de rentrer à 3 heures 14 exactement. Et poursuit son discours :
“Je dois m’habiller, enfiler ce froc, revenir à la vie, c’est-à-dire celle du dehors, aux rues et à Dieu sait quoi…
— D’accord, Neal, mais je t’en prie, sois réglo, rentre à 3 heures…
— Exactement comme je t’ai dit, Chérie, mais souviens-toi que ce n’est pas 3 heures mais 3 heures 14.” (Au mur, il y avait un dessin de Neal nu avec une queue géante, une œuvre de Louanne.)
Vous vous ruez dans la nuit de Denver. Ginsberg vous rejoint dans une ruelle tortueuse. On dirait trois mômes qui s’apprêtent à faire des conneries. Neal tient vraiment à te présenter une fille. Allen lui ne veut que discuter avec lui. Et toi, tu observes et enregistres tout ça.
“Ah ! les idées noires de Denver (Oh these Denver doldrums !), crie Ginsberg au ciel. [Ce sera l’un de ses premiers poèmes publiés.]
— N’est-il pas le plus délicieux des potes du monde ?” déconne Neal en te bourrant les côtes, mort de rire pendant qu’Allen entreprend sa danse du singe.
Mais tu ne trouves rien d’autre à dire que : “Qu’est-ce que nous foutons à Denver ?” Neal te répond qu’il a une idée de boulot pour toi, mais qu’en attendant ils sont tous raides, qu’il n’a pas travaillé depuis des semaines… Des amis vous rejoignent. Vous partez picoler, déconner, peloter des filles. Ginsberg veut toujours parler avec Neal mais Neal doit rentrer à l’heure dite. Tu perds les clés de l’appartement qu’on t’a prêté, tu es pété, le proprio gueule. Te voilà à la rue, sans un sou. Ton dernier dollar s’en est allé dans ton gosier. Les nuits sont fraîches à Denver, surtout quand on est fauché.
J’ai laissé mon sac à la consigne et vais me promener. Très vite, j’arrive dans la rue principale, commerçante, près du Mall. Il y a des concerts de musique partout. Ils fêtent encore le 4 Juillet. Les filles ne sont pas terribles. 16e rue, Cheyenne Street. Un cow-boy trimballe des touristes chinois en calèche. Je me demande si les immeubles étaient déjà si hauts, à ton époque, Jack. Grattaient-ils le ciel ? Les montagnes n’ont pas bougé, elles, c’est sûr. Non mais t’imagines le nombre d’écrivains qu’elles ont vu passer, sans se démonter ?! Il y a des malls et des Farmers’ Markets dans toutes les grandes villes américaines, qui se ressemblent tous.
Je m’assois près d’un beau spécimen de SDF local. Black, maigre, en short, sandales, chemise bleue hawaïenne, et crête iroquoise. Il fait semblant d’être en communication… avec son téléphone portable. En fait avec lui-même. Je l’observe longuement. Il se parle. Je vois passer des cohortes de familles grassouillettes et remarque les poussettes avec l’emplacement prévu pour les boissons, comme dans les voitures. Histoire de bien les habituer à être des consommateurs sur pattes, des tubes digestifs disponibles, comme leur cerveau. Pas étonnant que Wall-E, le dessin animé de Pixar, n’ait pas marché ici… L’Homo americanus dans toute son horreur : obèse, inculte, toujours un truc à manger ou à boire à la bouche.//p. 80-84

À Mexiiicooo !!!//J’arrive à Mexico City, le samedi 26 juillet, en pleine nuit. Des petites lumières partout. La station de bus centrale ressemble à un aéroport tellement elle fourmille. Je vais rapidement acheter un billet de taxi pour monter dans un véhicule autorisé. Pas de blague, quand même, on m’a prévenu d’être vigilant… Toutes ces histoires de taxis véreux font flipper : “Si on vous braque, ne résistez surtout pas ! Donnez ce que vous avez…” Le type qui m’embarque est un peu bourru. Et sa bagnole bien pourrave. Les amortisseurs sont déglingués. Les ressorts de son siège arrière me font mal au cul lorsqu’on passe sur les pavés humides… Ce voyage m’aura fait mal au cul, en général… Même pour écrire ce livre, j’ai mal au cul. Être écrivain, c’est passer beaucoup de temps sur son cul. Donc avoir mal au c…
Les rues me semblent étrangement calmes. Mais j’oublie qu’il est tard et qu’on est samedi. Je m’attendais peut-être à des feux d’artifice en mon honneur… ça va venir.
Jorge Villanova, l’ami de Liz, copine de Guieu, m’attend chez lui à près d’1 heure du mat’. Le taxi a du mal à trouver sa rue dans le quartier de Coyoacán. Jorge est chauve et ressemble à Homer Simpson. Nous buvons une bière avec son frère, puis il me montre la chambre où je vais dormir. Je suis un veinard : j’ai le cul bordé de nouilles !!! Ma chambre est au premier étage, sur le toit de sa maison, au milieu des arbres, dont les cimes caressent la terrasse. J’ai l’impression d’être dans une cabane en forêt. Avant de dormir, j’allume le cigare offert par l’ami Kyle de San Diego, que je savoure comme jamais : c’est ma récompense, ça y est, je suis à Mexiiicooo !!! À 9 000 kilomètres de chez moi. Vingt ans après mon premier voyage en Amérique. Je suis allé plus loin… Plus près de toi, Jack. Je me souviendrai longtemps de ce Romeo y Julieta, fumé lors de ma première nuit à Mexico, Kyle… Thanks again.
Ce fut un long voyage de deux jours y dos noches, en bus à travers le Texas, le long de la frontière où ces cons de flics Robocop m’ont montré l’étendue du problème migratoire : vérification d’identité en pleine nuit. Il faut que je fasse gaffe aux clichés. Tout est cliché pour le lecteur de Libé blasé… Kerouac faisant la fiesta à Tijuana, cliché ? Cliché la maison, transformée en musée, de cette sacrée Frida Kahlo ? Clichés les flics qui harcèlent et surveillent les partisans de l’Armée zapatiste de libération nationale, l’AZLN ? Cette époque est bizarre. Le sujet est toujours débordé par le débat autour du sujet. Exemple : des travailleurs séquestrent un patron pour défendre leur bifteck. Mes chers confrères débattent sur le thème de la violence physique sans essayer de comprendre pourquoi on en arrive là ? Pareil pour toi et la route, Jack. Tu vas voir…
Mi casa es tu casa, m’a dit Jorge.
Tu libro es mi libro, Jacko…
Ton livre est mon livre. Mon livre est ton livre…
Ton livre ma maison. Ta maison mon livre.
Sur la route, en espagnol, ça donne : En el camino ou En la calle
En la carretera… ça le fait pas, quoi !
Même Sur la route ça sonne moins bien qu’On the road.
Again ?
Le hasard existe-t-il ? Je vais finir par en douter. Lorsque j’ai débarqué à Los Angeles, l’un de mes amis m’a hébergé à Venice Beach, le quartier “beat” par excellence. Coup de bol ?! J’arrive à Mexico pour la première fois de ma vie, et l’amigo Jorge habite à Coyoacán, près de la maison aux murs indigo de Frida Kahlo. Si c’est pas de la chance, ça ! Sa maison est d’un bleu azur, turquoise, d’une beauté lumineuse. J’ai senti sa présence, comme j’avais senti celle d’Hemingway à La Havane, de London à Glen Ellen et des sœurs Brontë à… Haworth (bbrrrr), près de Bradford, dans le Yorkshire : c’était d’un lugubre ! À Mexico City, tout le contraire. J’avais l’impression que Frida m’observait, avec ses yeux de chatte, depuis le toit de sa maison envahie de touristes. J’ai vu ses corsets, sa chaise roulante (j’aurais pu la toucher) et ses livres marxistes. Elle était devenue l’amie de Trotski, mon autre voisin du coin. Et de la grand-mère de Jorge, que je découvre être d’une bonne famille… Des lettrés de la grande bourgeoisie mexicaine, issue d’Espagne, de Catalogne plus précisément. Sa mère est poète. Et sa grand-mère a connu Kahlo : “Elle passait pour une originale à l’époque”, m’explique Erika, la femme de Jorge, d’origine hongroise, qui joue du clavecin et donne des cours d’anglais. Non, je ne suis pas chez les plus démunis… Tu n’y étais pas non plus, Jack. Soyons sérieux. Même si Bill et tes amis poètes étaient fauchés et côtoyaient le milieu interlope, vous aviez de quoi manger, boire, fumer.
Vingt-cinq millions d’habitants à Mexico, et toi et moi et toi et moi, Jack.
J’imagine ta tête quand tu as débarqué ici, toi le fils de Lowell, ce patelin si petit… Il y a de quoi avoir le vertige, faut dire. Même pour un titi parisien comme moi. Je ne sens pas les effets de l’altitude mais ceux de l’alcool et de l’herbe, oui. Je loge dans un véritable nid-d’aigle. Jorge se sert de cette chambre, située sur le toit, pour fuir le foyer qu’il trouve parfois étouffant… On dirait une chambre d’étudiant. Ça me va… Je suis un éternel adolescent. Le fils de Jorge et Erika est trop gâté, je le remarque d’emblée. Encore un enfant roi.
Je prends rencard avec Claudia (une amie d’ami) à la Casa de los Azulejos, Calle Mader. C’est dans cette superbe demeure de style colonial que Pancho Villa et ses compagnons d’armes, des va-nu-pieds, auraient débarqué pour dormir, après la révolution “victorieuse” ou presque… On dit aussi qu’il serait entré à cheval au restaurant La Opera, où il aurait tiré dans le plafond (on vous montre le trou précieusement conservé). Claudia est grande, grosse, blonde et moche, mais extrêmement gentille. Elle ressemble davantage à une Allemande qu’à une Mexicaine. À une baleine rose en fait… Elle me propose de visiter des musées. Je dis ok, car il faut que je me cultive. Le musée d’Histoire aztèque est de loin le plus impressionnant. Mais nous avons aussi visité le musée de l’Art et de la Caricature. Claudia est psy pour enfants et vit encore chez ses parents. Elle me demande ce que je pense des filles mexicaines… euh, “très jolies”, je dis par politesse, alors que je pense le contraire en mon for intérieur. Vraiment pas terrible à Mexico. Mais je viens d’arriver et ne connais pas le reste du pays. À part Liz, Mexicaine de Mexico, mariée à un Sicilien jaloux, je n’ai rien vu de très bandant. Surtout pas de Pocahontas ni de belles “sauvages” d’Apocalypto, le film de Mel Gibson… Il y a bien Ana (autre amie de l’ami), mais elle est maquée à un gros con de Polonais antisémite qui ne rêve que de s’installer à Los Angeles. Et puis elle a la peau grasse, boutonneuse, et des seins tombants. Je dis ce qui est. On me dit sévère, alors que ce n’est que la vérité.
J’ai un peu mal au ventre, mais ça passe avec l’Imodium. Je prends tous les matins le métro à la station General Anaya et reste plus d’une semaine au lieu des trois jours prévus. J’adore Mexico. Lors d’une nuit pluvieuse, je relis des extraits de ta route, Jack. À un moment, Neal évoque le “siège vide de Dieu”… Dieu n’est plus là, écris-tu, et vous vous recueillez dans le silence de son départ. Tu ne savais pas ce qui t’arrivait, avant de te rendre compte que vous étiez en train de fumer du thé. Cela te fait penser que tout pouvait arriver – tu étais dans un état où l’on sait que tout est décidé à jamais. “Et vous vous envolerez tous vers la côte Ouest et reviendrez, titubant, à la recherche de votre tombeau.”
Oh ! Jacko… T’es pas gai. Depuis Les Idées noires de Dakar, qui ont suivi Les Idées noires de Denver et Les Idées noires de Harlem, ton pote Ginsberg expérimente la “Voix du jazz” : “Vous épinglez un dragon à votre chapeau, vous disait-il, et vous êtes au grenier avec les araignées qui vous courent au plafond.” Ses yeux vous lançaient des étincelles et il demandait à Neal :
“Pourquoi ne restes-tu pas simplement assis à te détendre ? Pourquoi est-ce que tu galopes tellement ?
— Oui ! Oui ! Oui !” répondait Neal.
Tu allais les voir et observais tout sans qu’ils le voient. Tu étais déjà un spectre. Le fantôme de la route. Au pays des hyènes et des spectres, comme dirait Volpi…
Mexique : tu écris ce mot et tu as tout dit. Un torrent d’images déferle : la révolution, les cartouchières, le sombrero, Frida Kahlo, Zapata, tequila, l’assassinat de Trotski, des moustaches brunes, des actrices pulpeuses – Salma Hayek, Dolores del Rio –, les mariachis, la fête des morts, les couvertures colorées, les santiags, Cortès, Carlos Slim, l’ex-homme le plus riche du monde… Le Clézio : ses grands textes sur le Mexique.
Mexico : 23 millions d’habitants, mégalopole démentielle, tohu-bohu, cahin-caha, brouhaha… La violence ? Pas pour moi, non. Je n’ai pas eu à changer 5 000 euros à la banque, non, pas de danger… Je n’ai même pas d’appareil photo. Je ne suis pas un touriste, je ne “fais” pas le Mexique. Je voyage au Mexique. Je déguste Mexico. Où je marche, marche, marche, comme partout où je voyage. Il faut marcher pour savourer : le Templo Mayor des Aztèques, par exemple… Juan Rulfo, Octavio Paz, Carlos Fuentes, Bolano aussi ont vécu longtemps ici. Aaahh !!! La Casa Azul, ce bleu magique, Kahlo for ever, ses scènes avec Diego Rivera, couleurs, odeurs de bouffe, musique, Teotihuacán, la cité où les hommes deviennent des dieux…
J’entends, je lis, et je vois des histoires terribles. La guerre, car il s’agit bien d’une guerre, entre les cartels de la drogue et la police, où l’armée a fait 5 300 morts en 2008, malgré 36 000 hommes déployés pour la contrer. Il y a environ mille enlèvements par an et les gangs de jeunes, les maras, grossissent au rythme de la crise.
J’ai lu un fait divers incroyable. Lors des combats de chiens clandestins, les maîtres lèchent leur bête avant l’affrontement, du museau à la queue, pour prouver qu’ils ne sont pas enduits de poison ou de graisse mêlée de verre broyé. Vous imaginez la relation entre ces pitbulls et leurs maîtres lécheurs ?! Qui se considère comme le dominant, le dominé ? Et je ne vous parle pas de Ciudad Juárez. Ciudad de la muerta, on devrait l’appeler. Killer City… Récemment le chef de la police y a démissionné, cédant aux narcos qui menaçaient d’abattre un flic tous les deux jours. Franchement, tu es bien où tu es, Jack.//p. 182-187

Mes meilleurs amis sont écrivains//Born to be ouuuuaaaiiilllde !! De retour à L. A., j’ai retrouvé les habitudes kerouakiennes : fumer, boire et me droguer. La différence entre “ma” route et la sienne, ou celle de Burroughs, c’est que la coke qu’on me propose, je dis : “Ok, why not ?” La piquouse, je dirais niet. Peyotl ? Si, Señor, muchas gracias… On n’a qu’une vie, merde ! Benzédrine ? Connais pas… Je plane depuis trois jours que je suis arrivé à Los Angeles. C’est coooool, mais je n’arrive plus à écrire. J’ai bien essayé d’envoyer un article au Point mais le chef de la rubrique “Culture” n’y a rien compris… J’ai pas les dents qui poussent mais c’est limite.
J’habite chez un copain depuis des semaines, maintenant, et ça commence à bien faire, pour lui comme pour moi. Nos relations se tendent au moment où je commence à tenir le fameux “it”, dont tu parles, Jack. Dès que ça mord, faut plus le lâcher, comme tu dis à Neal, en route pour Sacramento. Il faut tenir bon, aussi longtemps qu’on le peut. À toi, à moi d’imposer en forme ce qui est dans la tête de chacun : l’amour, la peine, la joie, la peur, hein ? Puis on déroule nos idées, bien sûr, jusqu’au bout, jusqu’à notre destin ; c’est à ce niveau qu’on doit souffler. Et tout à coup, au milieu du chorus, tu ferres le “it” : tout le monde sursaute, se réveille et s’en empare. Le temps s’arrête. Il remplit le vide de l’espace de nos vies, de nos têtes, avec des confessions jaillies de nos ventres tendus ; des confessions universelles et qui paraissent uniques, sans oublier la mélodie, le rythme, le swing, la voix… La voie du style. Ce n’est pas l’histoire qui compte, mais le rythme, le “it”, le style. Et ça, ça ne s’apprend pas. On l’a ou on ne l’a pas.
C’est alors que tu te mets à parler. Tu n’as jamais autant parlé de ta vie, sur la route de Sacramento. Tu te rappelles que lorsque tu étais gosse, en auto, avec tes parents, tu avais l’habitude d’imaginer que tu tenais une faux immense à la main et que tu coupais tous les arbres et tous les poteaux et les collines… et les têtes aussi, sans doute. Tout ce qui était derrière la vitre y passait… “Ah ! Oui ! Oui !” gueule Neal, moi, aussi j’avais la même habitude. Sauf que sa faux, à lui, elle débitait carrément les montagnes. Bon, je ne sais pas si tu te rends compte, Jack, mais sans faire de psychanalyse de café du commerce, tu décris la mort, là. Vrai ou faux ? (pas de jeux de mots, pardon…)
Neal t’a coupé la parole, il te dit qu’en voiture, avec son père cuvant à l’arrière, épuisé d’avoir tenté de vendre des tue-mouches, il s’imaginait aussi chevauchant un grand cheval blanc, qui franchissait les obstacles, dévalant les pentes et les grandes étendues de l’Ouest, contournant les poteaux, survolant les maisons, virevoltant dans d’incroyables acrobaties à travers la circulation… Et ça, c’est plutôt un symbole de vie, à mon avis. Vous étiez des mômes de l’Est et de l’Ouest américain et vous rêviez de chevaux. Jeunes adultes, vous décrétez que vous avez le sens du “temps” et que toute chose est réellement “belle”.
Il n’y a qu’un truc qui me chiffonne, Jack, c’est que plusieurs fois tu évoques des pédés, des pédales avec animosité, alors que tes potes l’étaient presque tous… Jaaaackkk !!! C’est quand même un comble. Lorsque Neal prend le volant, les gens ont peur sauf toi. Il a l’air complètement dingue et fonce en frôlant les autres voitures au millimètre. Tu prends sa défense et annonce qu’il est le meilleur chauffeur du monde. Il te montre où il est né et te fait pleurer lorsqu’il décrit les gens qui changent, en prenant leurs repas au même endroit, les années succédant aux années, ils changent à chaque repas.
Vous voilà, à nouveau à Denver. Moi je n’y retourne pas. Vos bagages cabossés sont empilés sur le trottoir et vous avez encore bien du chemin à faire. Mais qu’importe, la route, c’est la vie. J’adore regarder tes photos de cette époque, Jack : celles avec tes potes poètes sur la plage de Tanger par exemple, et celles de Neal Cassady, l’enfant sauvage de l’Ouest. À 20 ans à peine, sourire de défi sur les clichés anthropométriques de la police. Cheveux coupés courts, presque blonds, il se marre intérieurement en pensant déjà à la nouvelle jolie meuf qu’il va s’envoyer sur la banquette arrière de la Cadillac qu’il va voler. J’adore ce regard de défi, ces yeux pétillants ! Neal Cassady et les beatniks voulaient juste se libérer des carcans d’une société dans laquelle ils ne se reconnaissaient pas. Comme le personnage d’Into the Wild. Ce n’est pas un hasard si j’ai croisé Sean Penn près de l’aéroport de Santa Monica. Je ne crois plus au hasard. Ce n’était pas un bar à putes mais un bar à sushis, oui. À la télé – allumée quasiment partout – des nageurs crawlaient aux jeux Olympiques de Pékin et je dépensais 70 dollars pour mettre du saké et du poisson frais dans ma bouche chaude.
Je commençais à désespérer de la Californie. Fumette, picole, crises de rire, délire… Mais pas de plan cul. Suis-je devenu moche ? Pas attirant. C’est intriguant. Je fume sur le balcon de l’appart de Gallagher, qui lui ne fume pas mais a une bagnole style Colombo du dernier chic : rétros pétés, sièges bloqués en position arrière. Lui, il n’a pas besoin de boire et de fumer, il est tombé dedans quand il était petit. Ses parents hippies lui ont tout appris. Il a tout gardé en lui. Que ce p’tit mec est drôle ! Avec son chapeau de gitan Kusturica et son nez feuj Rabbi Jacob. Comme moi, il n’est pas accepté dans les boîtes de nuit chicos, où l’on se prend très au sérieux pour s’amuser. Et comme moi il trouve ça très drôle.
Replay. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas marré comme ça. Virée “cassadyenne” en voiture, comme des étudiants allumés, demandant aux rares passants où était Times Square. À Los Angeles !… À chaque fois, on leur parlait dans leur langue supposée, d’après leur look extérieur : arabe, chinois, espagnol, ukrainien, arménien. Les Arabes ont eu peur. Après le “Wa aleikoum es-salam” d’usage, la mère a rappelé son fils. Faut dire qu’avec son petit chapeau à la mode, Gallagher faisait un peu sioniste exalté : manquait plus que les bigoudis. Et moi, à côté, je ressemblais à Élie Chouraqui, avec mes cheveux “tête-forêt”. Sur la plage, un jogger a surgi venant de la mer. Jusque-là, rien d’anormal, sauf qu’il était minuit passé et qu’il courait à poil et ne ressemblait pas à Pascal Duffy dans la série L’Homme de l’Atlantide. Puis un cycliste sur une roue est arrivé, seul dans la nuit. Il s’est dirigé vers la grande roue du Santa Monica Pier, que l’on voyait briller au loin. J’avais envie de piquer un drapeau national (une de mes marottes depuis la fac) sur une maison de star. Puis on est rentrés. Sonia n’a pas cédé à mes avances. Elle préfère les hommes mariés, c’est plus douloureux. Dommage, me plaisait bien Sonia. Journaliste, bourlingueuse, intelligente, marrante et moitié kabyle. Comme moi. Oui, je suis kabyle dans ma “tête-forêt”.
Tout départ prolongé s’accompagne de larmes. Elles annoncent à la fois la perte et l’espérance. Vous laissez derrière vous les êtres chers, les habitudes, une bonne part de vous-mêmes. Et dans ce vide creusé par cette perte pourra venir le monde, et ce frisson de l’inconnu qui vous conduira vers une part de vous-mêmes que vous ignoriez.
Don’t fake (“Ne fais pas semblant”). À ne pas confondre avec to flake (manquer, rater, poser un lapin…) et fuck.
Je viens de saluer Jim Morrison collé au mur de Venice Beach… “Virée party” avec Salvatore qui ne me flake plus… C’est moi qui flake, now. À suivre… Y’a à boire et à manger, faut pas mollir, grouille, laisse pas ta pipe s’éteindre.
Je reste assidu du fond de mon trou.
Merci Jack… heureusement que tu es là. Que vous êtes là, mes écrivains préférés. Je réalise que mes meilleurs amis sont écrivains… morts. Je ne suis jamais déçu avec eux. Dès que ça ne va pas, j’ouvre un livre de toi, Jack, ou de London, Cendrars, Miller, Fante, Bukowski, et je me sens mieux. Mais la relève est là : Dave Eggers, Stephen Frey, Colum McCann…//p. 231-234

Matthieu Delaunay, La Semaine du Pays basque n° 1037, du 23 au 29 août 2013 :
« II en faut vraiment, du cran, pour s’attaquer à Jack Kerouac, l’un des maîtres de la littérature du XXe siècle. Car celui auquel beaucoup d’écrivains s’identifient – pour tenter de défendre la totale et indigente platitude de leurs propos commis sur de nombreuses pages, lors même qu’ils sont sans talent et alcoolisés à souhait dans les rades chic des beaux quartiers parisiens – n’est pas un garçon facile à suivre. C’est pour cela qu’il fallait que le type qui se jette à sa poursuite (peine perdue a-t-on envie de dire, Kerouac étant déjà mort), soit lui aussi difficile à pister.
“Mon voyage a vraiment commencé, à la manière de Blaise Cendrars, en mêlant rêve et réalité, dans le train pour New York, direction Penn Station.” Nous voilà donc dans le “Tube” de la grosse pomme, en compagnie de Guillaume Chérel, quadra de presque deux mètres qui a entrepris un voyage pour le moins osé : refaire la route de Jack Kerouac. Tandis que les roues métalliques martèlent régulièrement le ballast du rail new-yorkais dans une lumière blafarde de néons clignotants, les yeux écarquillés, Chérel regarde par la fenêtre. Mais sous la terre, il fait noir. Noir comme l’était Kerouac, en dépit d’une vitalité lumineuse qui l’a propulsé avec des compagnons foutraques dans de grands “OOOOOh !”, des “AaaaaaaHHH !”, et des
“Fucking rats !” aux quatre coins des États-Unis. Noir aussi comme doit l’être un peu au fond Guillaume Chérel.
De New York, on traverse avec l’auteur le pays entier en quelques jours, dans des bus peuplés de petites gens qui ont souvent beaucoup à dire. Avec lui on découvrira les rues pleines de charme de San Francisco, et les nuits pleines de drogue de Los Angeles. Et même si Guillaume Chérel a tendance parfois à se prendre au sérieux dans le fond, sa forme le sauve. Rythmé, enlevé, précis, concis, lancinant, effarant, surprenant, énervant, ce bouquin est une réussite.
Le voyage de Kerouac était initiatique, on pouvait craindre que le
remake de Guillaume Chérel se transforme en redite. Et si l’on trouve dans ces pages quelques idées mal peignées, quelques forfanteries illégitimes et quelques journées inutiles, notre “Kerouaco-dépendant” livre ici une bien belle copie qui prend toute sa puissance quand elle nous entraîne dans les tréfonds littéraires et biographiques de ce brun ténébreux au visage d’ange et au cerveau fécond. C’était donc la freaking folie à Los Angeles, la beauté à San Francisco et le coup de foudre à Mexico. 330 pages pleines de souffle et de bizarrerie. 330 pages qui rebondissent, tombant rarement bien bas et montant souvent assez haut.
“J’ai découvert Kerouac, peu de temps après la mort de mon père. Ma vie ne me ressemblait pas. Vous savez, comme ces nuits où l’on se réveille à 3 heures du matin, sans pouvoir se rendormir. On a toujours l’impression d’avoir raté sa vie à 3 heures du matin.”
En terminant ce livre un soir d’insomnie dans la seconde partie de la nuit, on aura compris que les impressions sont parfois trompeuses. »


Thomas Galley, La Bauge littéraire, le 23 août 2013 :
« Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai aimé faire un bout de chemin en compagnie de Guillaume Chérel. Et des ombres qui lui ont tenu compagnie. Celle de Jack, évidemment, mais aussi celles de Neal Cassady et de la bande entière des beatniks, tout comme celles encore qui sont sorties de sa propre jeunesse, de son premier voyage aux States et de toutes les rencontres qu’il a pu faire en parcourant ce pays énorme qui ressemble à lui tout seul à un continent. Parce que cela permet, entre autres, de profiter de ses lectures, et je peux vous assurer que le nombre de livres qu’il a dû engloutir en cours de route n’est pas négligeable. Parce qu’on pénètre avec lui dans des endroits qu’on n’aurait sans doute jamais vus. Ou sur lesquels on aurait porté – forcément – un autre regard que celui qu’il laisse tomber du haut de ses presque deux mètres. Et j’aime ça, me glisser dans la peau d’un autre et voir le monde à travers ses yeux. Guillaume Chérel, il sait faire profiter ses lecteurs de ses expériences, leur peindre les scènes qu’il a pu voir au cours de son trajet, les inclure, après coup, dans ses conversations, leur montrer les coins où il a pu pénétrer. Parfois, c’est assez intense. C’est ainsi qu’on voit défiler l’armée des sans-abri (les homeless, comme il préfère dire) côtoyant les riches, de New York à Los Angeles, et qu’on participe, peu après, aux parties dans les villas de L. A. ou sur les plages d’East Hampton. »

Nathalie Kermorvant, Le Télégramme n° 809, le 11 août 2013 :
« Guillaume Chérel nous emmène sur les traces de Jack Kerouac, un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle, considéré comme l’emblème de la génération Beatnik. Le premier, qui a parcouru le monde, entend faire sienne “La Route” du second. Sillonnant les États-Unis sans (presque) un sou en poche, comme un hobo, il trace sa “Route” à lui, sorte de remix de l’originale, avec en filigrane les mots et l’esprit de Jack Kerouac. Les deux écrivains ne discutent-ils pas d’ailleurs entre eux ? Avec un regard décalé, Guillaume Chérel, à travers un style haché mêlant récit, dialogue virtuel et souvenirs, propose un véritable sample du périple de Kerouac : plus rapide, plus moderne, dans un monde dont les valeurs ont changé. »

HollyDay, www.amazon.fr, le 11 juillet 2013 :
« Sur les traces de J. Kerouac, l’auteur nous entraîne de New York au Mexique via la Californie, empruntant cette même route qu’avait prise le porte-drapeau de la beat generation des années 1950.
En bon Gémeaux, Guillaume Cherel se dédouble. Une partie de lui-même rêve à “frère Jack” et lui parle comme le ferait un enfant qui s’invente un copain imaginaire, l’autre est dotée de l’esprit d’une caméra, elle avale et enregistre les images d’une Amérique en décrépitude :
homeless hantant de sordides gares routières, voyageurs fauchés, éreintés, se faisant engueuler par les chauffeurs des Grey Line bornés et ravagés, noceurs-branleurs cocaïnés des soirées où-il-faut-absolument-aller d’un Hollywood qui transpire la décadence et s’asphyxie dans un vide sidéral où les étoiles ne brillent plus depuis longtemps. Guillaume Cherel est doué de la parole écrite, telle est sa plume, même si parfois, il lui arrive de se répéter (côté écho des Gémeaux ?).
Au bout du périple kerouakien, les pieds et les jambes de Guillaume se mettent à doubler de volume. Voyager comme un SDF, n’est-ce pas gonflant à la fin ? semble vouloir dire le corps de cet éternel adolescent à sa bande de copains invisibles, écrivains dans les nuages. Guillaume Cherel est un auteur vraiment touchant que l’on aimerait consoler de son refus de grandir malgré son mètre quatre-vingt-treize.
À lire absolument quand on a une âme de nomade… Ou pour se la découvrir en cours de route. »


Fabrice Drouzy, Libération n° 9998, les 6-7 juillet 2013 :
« Guillaume Chérel est un peu fou. C’est un fait qu’il faut connaître pour apprécier ce livre. Déjanté, enthousiaste, extraverti, solaire, intarissable… À 20 ans, il est tombé amoureux d’une Bretonne prénommée Stéphanie et de l’auteur américain Jack Kerouac, figure emblématique de la Beat Generation. Le premier amour n’a pas eu de suite. Le second le tient toujours au cœur et au corps trois décennies plus tard. C’est le livre de cette passion qu’il livre dans Sur la route again, road book inspiré sur les pas de son héros, à travers l’Amérique d’Obama.
Des semaines en stop et en bus Greyhound, de New York à Mexico, en passant par Chicago, Des Moines, San Francisco, Los Angeles… Quatre mille kilomètres, presque autant de rencontres, de portraits, de paysages et de descriptions hallucinées dans une Amérique en campagne électorale, sur le point d’élire le premier président noir de son histoire – le voyage se déroule en 2008. Un pays décrit avec lyrisme et empathie, mais sans mensonges. Les “clochards célestes” et autres “vagabonds des étoiles” de Kerouac sont ici des
homeless bien réels, rats humains shootés au crack, vivant cachés dans les parkings ou sous les ponts. Décomplexé et gentiment mégalo, Guillaume Chérel ne se contente pas de suivre le grand Jack et d’évoquer sa présence. Non, il est avec lui : “J’ai vu Jack et Neal traverser la rue. Je dis bien vu… pas cru voir ! Kerouac et Cassady étaient jeunes, beaux, bronzés. […] Ils portaient des tee-shirts blancs, des chaussures de montagne et des jeans délavés. Des p’tits Marlon Brando, époque Tramway, pas Apocalypse…” Un Kerouac que Chérel apostrophe, interpelle, réveille à longueur de pages, dans une joute sans peine. Sur la route again. »

Franck-Olivier Laferrère, http://salon-litteraire.com, juillet 2013 :
« Non, non, je ne le crois pas, contrairement à ce qu’écrit le journaliste de Libé dans sa chronique, Guillaume Chérel n’est pas fou. Non. Ou alors, seulement au sens ou nous aimons que cela soit dit, comme ça l’était quand nous étions petits et que nous nous faisions remarquer en classe, hors cadre, osant ce qu’aucun autre n’aurait osé, rétorquant, bravaches, aux invectives professorales avec la morgue des petits cons persuadés que leur vie est, et sera toujours, ailleurs, hors du troupeau des bêtes laineuses qui passent des champs à l’étable et de l’étable à la tonsure avec la mollesse obéissante des renonçants… Donc non, Guillaume Chérel n’est pas fou, ou seulement dans la définition un peu glamour de cette fureur de vivre qui conduit certains d’entre nous à brûler des vaisseaux qu’aucun autre n’abandonnerait sans être sérieusement menacé de mort. Mais dans le fond, n’est-ce pas ce qui se produit pour tout “furieux vivant” qui se voit octroyer une place où il pourrait s’installer et regarder tranquillement défiler sa vie jusqu’à la tombe ? Ce genre de perspective ne claque-t-il pas dans leur ciel comme la plus absolue des menaces de mort ?
La vie est dans le mouvement, la route est ce mouvement et donc ce qui seul peut décemment être qualifié de Vie (avec une majuscule) est dans et sur la route. Quel qu’en soit le prix. Sauf que chez Guillaume Chérel, ce postulat relativement simple dans l’énoncé (je dis bien dans l’énoncé parce que, dans les faits, c’est toujours une autre histoire) se complique quelque peu de sa volonté farouche d’être aussi un bon père.
Nombreux sont ceux qui ont renoncé devant l’insupportable de cette tension quasi schizophrène, choisissant l’une ou l’autre de ces propositions que tout semble désigner comme antinomiques, qui explique pourquoi les bons pères ou assimilés (fac-similés ?) sont bien plus nombreux que ces autres déclarés fous à bon compte et à la satisfaction de tous. Admirablement fou, c’est ainsi que la société construit le paradigme sur lequel elle se fonde et croît de génération en génération.
Une majorité molle, plus ou moins en accord avec cette idée du renoncement nécessaire et quelques autres, quelques météores irradiant les cieux de leur courte et intense existence à laquelle ils auront tout sacrifié… Et cela vaut pour les hommes comme pour les femmes… Guillaume évoque les grandes figures qui l’ont guidé depuis ses débuts dans l’âge adulte, les frères Jack, Kerouac et London, Cendrars, auxquels, pour ma part, j’ajouterais également le Camus de
Jonas ou l’artiste au travail, cette nouvelle écrite après-guerre alors qu’il logeait aux frais de Gallimard dans un appartement tout en enfilade quelque part dans le VIIe arrondissement et dans laquelle il raconte l’“impossibilité” quasi consubstantielle à l’artiste de pouvoir assumer sa famille…
Sur la route again, cette route qu’il a voulu reprendre de toutes ses forces, vingt ans après son dépucelage, arrachant le soutien de la fondation Stendhal pour y parvenir, Guillaume y est souvent seul, seul au milieu de la foule des autres, seul chez ces “amis” qui l’hébergent et qui, plus ou moins vite, ne le supportent plus, lui et sa grande gueule, lui ce miroir de près de 2 mètres qui leur rappelle combien ils sont statiques et peut-être presque morts quand lui s’acharne à vivre, à exister plutôt que vivre, écrit-il plusieurs fois au cours de ce récit, qui s’échine à rattraper le troupeau de chevaux au galop qu’évoquait Cendrars… Ou Neal Cassady, je ne sais plus… Il est seul et parle à Jack, il est seul et écrit sur son blog ouvert sur le site de Libé et sur lequel une horde de gremlins (ce que d’aucuns appellent des “trolls”) le houspille tout au long de sa route…
Et puis il écrit à Louna, sa fille, une longue et belle lettre comme les pères devraient en écrire plus souvent à leur fils/fille… Une déclaration d’amour comme on aimerait, peut-être, qu’il y en ait eu un au moins, de nos deux parents, pour nous en écrire une semblable… Une lettre sans fard pour qui le connaît un peu…
Sans fard, son récit l’est, du début jusqu’à la fin, et il bat la mesure de la route comme un boxeur joue de la salope, son job pour tenir à distance l’adversaire… Mais la route est un corps à corps, dans les cordes, ou les fauteuils inconfortables des bus Greyhound qui le transportent des jours durant à travers l’Amérique… Une Amérique qui n’a plus rien de commun avec celle de Jack et Neal, une Amérique de “zombies” qui n’ont rien de
Walking Dead ou World War Z… À moins qu’il n’y ait que ça à entendre dans cette invasion de zombies sur les écrans depuis quelques années, cette peur qui hante tout Américain de finir underground, l’un de ces rats, ces fucking rats comme nous désigne tous Salvador le Français de L. A. qui passe son temps libre dans le resto de Robert de Niro… L. A., cette ville sangsue qui l’accroche, qui le scotche a-t-on envie d’écrire, au fil des pages et des bitures qui s’enchaînent… Guillaume veut fuir, mais L. A. tient bon… Jusqu’à ce qu’il s’en arrache, enfin… Pour reprendre sa route vers son vrai but, Mexico… Parce que Guillaume est un Mexicain, un brigand au teint mat dont “la tête est une forêt”, un Mexicain géant qui les dépasse tous de deux têtes comme le Bill Clancy des nouvelles de F. X. Toole, un brigand au grand cœur qui enrage devant la misère et ne trouve d’apaisement, un semblant tout au moins, presque paradoxalement, dans ce Mexique multicolore où l’on fête les morts et dézingue à tour de bras les vivants, pour la moindre histoire de cul ou de drogue… Et Guillaume de reconnaître que cette vie de misère à courir derrière ce fric qu’il a tant méprisé par le passé, est dure, de plus en plus dure avec les années qui passent, inexorable sablier du temps qui l’emportera à la fin, de toute façon, quelle que soit l’énergie qu’on aura déployée à lui résister… Mais c’est pourtant là qu’elle se niche, cette chienne de vie dont on ne veut rien lâcher, rien céder quitte à tout y laisser… Dans ce combat acharné, démesuré et perdu d’avance… Dans les accrocs, dans le “it” de cette morgue de sale gosse indomptable qu’il faudra finir par tuer pour qu’il la ferme enfin, une bonne fois pour toute, sa grande gueule. »

Frédéric Beigbeder, Le Figaro Magazine n° 21430-21431 des 28-29 juin 2013 :
« Qu’est-ce qui a changé depuis On the Road ? La route de Jack Kerouac vibrait au son du be-bop, s’enivrait de filles légères, d’alcool et de fumée sucrée. C’était en 1957, une époque d’accélération et de libération par la prose spontanée : ce livre était, dit joliment Guillaume Chérel, “une véritable autoroute de lettres”. Aujourd’hui les clochards sont moins célestes : on les définit par ce qu’ils ne possèdent pas (homeless). Guillaume “Chérouac” pense que “nous entrons dans une ère de ‘réensauvagement’”. Il croise la misère, la violence, l’alcool triste et le mal de dents. Il n’a pas assez d’argent pour jouer les hippies chic. Après la route 66, bienvenue dans la loose 2008 – la date de son aventure est aussi celle de la faillite de Lehman Brothers. Est-ce parce qu’il a choisi de voyager seul en bus Greyhound ? Kerouac utilisait Cassady comme muse, Chérel n’a pas d’alter ego pour l’inspirer. Il déprime au milieu des Blacks obèses, des portables qui sonnent et des enfants qui vomissent. Il apostrophe sans cesse Kerouac : Sur la route again est un récit au vocatif, une déclaration de jalousie adressée au cadavre d’une illusion. Son périple ressemble à une longue gueule de bois nommée crise économique : “Moi qui pensais voyager comme un hobo romantique, un vagabond des étoiles, sur les pas du roi des beatniks, j’ai vu les nouveaux damnés de la terre, errant dans les villes par centaines de milliers, tels des rats humains. »

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