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Une œuvre de George S. Nares Editions Transboréal

Voyage à la mer polaire

9782361570767
Prix 13,90 € Disponible EAN : 9782361570767
ISBN : 978-2-36157-076-7
ISSN : 2275-1890

Au printemps 1875, l’Alert et le Discovery quittent Portsmouth sous le haut commandement de George S. Nares. Objectif : gagner l’océan Glacial Arctique avant le début de l’automne pour hiverner au milieu des glaces puis atteindre le pôle Nord, à traîneau sur la banquise. L’expédition débute comme une odyssée. Les navires échappent aux icebergs qui se détachent des côtes du Groenland et de la terre d’Ellesmere, au nord de l’archipel arctique canadien. S’installe ensuite le rythme lent et magique de la nuit polaire. Enfin vient le temps des exploits, avec les éprouvants voyages hivernaux. Mais le scorbut s’ajoute au froid et à l’isolement pour mettre à l’épreuve la détermination des hommes. Et l’aventure de se muer en tragédie…

INTRODUCTION (par François Lantz)

1. EN ROUTE POUR LE GROENLAND
Départ de Portsmouth ~ Baie de Bantry ~ Oiseaux de mer ~ Nous perdons de vue le Valorous ~ Fortes brises ~ Pigeons voyageurs ~ Une baleine morte ~ Glaces en dérive ~ On revoit le Valorous ~ Phoques et morses ~ L’ice-pack et les glaces antarctiques ~ Une tempête ~ Décoloration de la mer ~ Pêche sur le banc de Torske ~ Mer de glace du Groenland

2. DE DISKO À UPERNAVIK
Hospitalité cordiale de l’inspecteur ~ Aspect de la terre ~ Visite à Ovifak ~ Température de la baie de Disko ~ Icebergs ~ Eiders ~ Encombrement des navires ~ Ritenbenk ~ Chenal de Waigat ~ Nos adieux au Valorous ~ Pröven ~ Upernavik ~ Départ de Ritenbenk ~ Amarrés à un iceberg ~ Un paysage polaire ~ Formation géologique ~ Hans Hendrik ~ Sandersons Hope ~ Upernavik ~ L’administration danoise

3. AUX PORTES DU DÉTROIT DE SMITH
Départ d’Upernavik ~ Navigation difficile ~ L’Alert touche ~ Glace du milieu ~ La baie de Melville ~ Le cap York et les eaux du Nord ~ Naturels du cap York ~ Falaises de Beverley ~ Îles Carey ~ Îles de Northumberland et d’Hakluyt, le cap Alexandre

4. ENTRE GROENLAND ET TERRE D’ELLESMERE
Baie de Hartstène ~ L’anse du Life-Boat ~ Les quartiers d’hiver du Polaris ~ L’île Littleton ~ Etah ~ Cap Isabelle ~ Port-Payer ~ Cap Sabine ~ Détroit de Hayes ~ Port-Alexandra ~ Les glaciers Jumeaux ~ Les Esquimaux et leurs migrations

5. NAVIGATION À RISQUE
Entrée dans le détroit de Smith ~ Pris dans les glaces ~ Baie Franklin-Pierce ~ Les morses ~ Île Norman-Lockyer ~ Le cap Hawks ~ Île Washington-Irving ~ Baie de Dobbin ~ Les chiens sont malades ~ Position périlleuse des navires ~ Nous doublons le cap Fraser

6. LES NAVIRES SE PERDENT DE VUE
Le cap John-Barrow ~ Le cap Collinson ~ Eau libre ~ Le cap Constitution ~ La baie de Bessels ~ Discovery Bay ~ Les bœufs musqués ~ Les navires se séparent ~ Le cap Beechey ~ Dans le pack ~ Situation périlleuse ~ Délivrance ~ Le cap Union

7. FLOEBERG BEACH
Le cap Joseph-Henry ~ Observations de Hall ~ Enfermés dans le pack ~ Départ de Rawson, d’Aldrich et de Markham ~ Pas de terres vers le nord ~ Retour d’Aldrich ~ Furieuse tempête ~ Retour de Markham ~ L’Alert tente de s’évader ~ Avarie à l’hélice ~ La glace nous entoure ~ Départ des expéditions d’automne

8. VOYAGES D’AUTOMNE
Second voyage de Rawson ~ Retour d’Aldrich ~ Son excursion au cap Joseph-Henry ~ La neige ~ Efforts infructueux pour communiquer avec le Discovery ~ Retour de Markham ~ Morsure du gel ~ Résultat des courses de l’automne

9. QUARTIERS D’HIVER
Préparatifs de l’hivernage ~ Maladie des chiens ~ Maisons de neige ~ Ventilation d’un navire polaire ~ Costume des hivernants ~ Observations astronomiques ~ Trou à feu ~ Aurore boréale ~ La lune ~ Avenue des Dames ~ Théâtre royal du Pôle ~ Une parasélène ~ La nuit arctique ~ Noël ~ Fin de l’année

10. ATTENTE ET OBSERVATIONS
Le marégraphe ~ L’aube ~ La Voie lactée ~ Congélation du mercure ~ Contraction des câbles ~ État sanitaire ~ La viande de bœuf musqué ~ Absence des planètes ~ Capture d’un lemming ~ Traîneaux et chiens ~ Température de la mer ~ Retour du soleil ~ La pression des glaces ~ La végétation polaire

11. PRÉPARATIFS DE PRINTEMPS
Considérations géographiques ~ Absence de terres au nord ~ Nos trois lignes d’exploration ~ Les canots ~ Nous adoptons le plan de sir Edward Parry ~ Le scorbut ~ Approvisionnement des compagnies de traîneaux ~ Egerton part pour Discovery Bay ~ Maladie de Petersen ~ Les chiens ~ Nos visiteurs ~ Loups et bœufs musqués

12. LES GRANDES MAN

En route pour le Groenland//Le 29 mai 1875, à 4 heures du soir, deux navires de la marine royale anglaise, l’Alert et le Discovery, quittaient les docks de Portsmouth pour gagner la haute mer. Le chef de l’expédition venait de recevoir de Sa Gracieuse Majesté le télégramme suivant, daté de Balmoral : “Mes meilleurs vœux vous accompagnent, vous et vos intrépides compagnons ; j’ai la ferme confiance que vous réussirez dans une œuvre si vaillamment entreprise.” Cette haute marque de sollicitude fut aussitôt transmise aux officiers et aux équipages qui s’en montrèrent vivement touchés.
L’intérêt que le pays tout entier portait à l’expédition s’accentuait encore au départ. Nul d’entre nous ne saurait oublier les adieux qu’on nous fit : des multitudes compactes couvraient les jetées et les quais. Jusqu’à la citadelle, la place de Southsea fourmillait de spectateurs ; les troupes de la garnison étaient sous les armes ; les marins encombraient la mâture des vaisseaux de guerre ; ils nous saluèrent au passage, tandis que l’air retentissait des formidables hourras poussés du rivage, des vapeurs, des yachts, et de toutes les embarcations qui se pressaient dans la rade.
Au large de Spithead, nous fûmes rejoints par le Valorous, commandé par le capitaine Loftus Francis Jones. Nous doublâmes les phares, nous couvrant de toile à cause des vents du nord. Plusieurs yachts nous accompagnaient encore ; peu à peu, ils virèrent de bord ; à 8 heures du soir, au sud de la pointe des Aiguilles, un seul nous restait fidèle ; il était monté par le révérend Conybeare, père d’un officier du Discovery. À minuit, nous passions par le travers des feux de Portland, et nos trois bâtiments couraient sous voiles dans la Manche, à la vitesse de 6 nœuds.
Le lendemain, au large d’Eddystone, l’amiral sir Henry Keppel, commandant en chef à Plymouth, vint visiter les navires. Dans la soirée nous nous séparâmes du Valorous, qui devait compléter à Queenstown nos approvisionnements de charbon et nous porter les dernières dépêches à la baie de Bantry, où l’Alert et le Discovery arrivèrent le 1er juin.
Le lendemain, nous reprenions la mer ; le Valorous, qui avait quitté Queenstown la veille, nous rallia bientôt et nous remit journaux et télégrammes. Un vent favorable soufflait de terre, et vers 4 heures de l’après-midi, nous passions au large des rochers du Taureau, du Veau et de la Vache. Avant le soir, la brume nous cachait l’Irlande : l’expédition était définitivement lancée sur sa route.//p. 21-23

Quartiers d’hiver//Le soleil nous ayant définitivement fait ses adieux, il s’agissait de pousser ferme nos préparatifs d’hivernage. En dehors de notre enceinte de floebergs, le pack continuait ses promenades, indice certain de l’état fragmentaire des glaces dans le détroit de Robeson. Il fallait donc, à notre inexprimable contrariété, renoncer à toute communication avec le Discovery avant le printemps 1876. Le lieutenant Rawson et sa compagnie avaient cru ne quitter leur bord que pour quelques jours et ne s’étaient point munis d’effets d’hiver. Mais ce que je ne trouvai pas pour eux dans les réserves du magasin fut généreusement fourni par les camarades, et ils passèrent la saison froide aussi confortablement que tout un chacun.
Tout allait bien sur l’Alert, à l’exception de nos malheureux gelés. Si nos hommes avaient été plus avisés en choses arctiques, ils ne se seraient pas ainsi laissé prendre, mais les maximes et les conseils prémonitoires seront toujours inutiles, et l’expérience seule enseigne au voyageur polaire que ses pieds peuvent le porter longtemps après que la circulation sanguine y a complètement cessé. De même, le visage est attaqué sans que la victime s’en aperçoive, jusqu’à ce qu’un obligeant voisin la prévienne que ses oreilles, ses joues ou son nez sont devenus d’un blanc livide : il n’y a rien à craindre tant que se prolonge la sensation aiguë du froid. Notre cas le plus grave est celui d’un matelot qui avait négligé, le soir, d’enlever ses chaussures, sous le prétexte qu’elles étaient trop gelées ; il lui semblait qu’il vaudrait mieux les sécher la nuit sous son sac à dormir. Les chiens nous donnent beaucoup de souci. Sur les trente primitivement embarqués à bord, quinze ont succombé au fléau, se sont enfuis ou ont dû être abattus. Et cependant nous avions choisi ces animaux avec le plus grand soin, dans les districts du Groenland septentrional que l’on supposait encore exempts de l’affreuse maladie dont les établissements danois ont tous plus ou moins souffert. Des chiens, en apparence très bien portants, sont tout d’un coup atteints de crises assez semblables à l’épilepsie. Les spasmes de ces pauvres bêtes font mal à voir. Dans l’intervalle des accès, elles rôdent çà et là, comme privées de connaissance, l’écume à la gueule, ou bien mordent et attaquent leurs compagnons d’attelage et toute personne se trouvant à portée. Ils se jettent à la mer, ils vont errant sur la glace mince, toutes choses auxquelles dans l’état de santé ils ne se risquent jamais : le chien du Groenland a une horreur invincible de l’eau. J’en ai vu un, couché sur une pente de neige qui dominait l’océan : sentant d’instinct que la crise allait arriver, le malheureux faisait des efforts inouïs pour remonter le talus, hurlant à fendre l’âme ; mais ses jambes lui refusaient tout service : il roula dans l’abîme et aurait été noyé si quelqu’un des nôtres n’avait couru à son secours. Les docteurs Colan et Belgrave Ninnis, médecins des deux navires, apportèrent l’attention la plus scrupuleuse au traitement et réussirent à sauver quelques-uns de ces animaux qui, par la suite, nous furent encore très utiles. Le docteur Ninnis a publié son rapport officiel sur cette étrange et mystérieuse affection ; nous regrettons vivement que ce travail ne fournisse aucune donnée nouvelle. Dans plusieurs de ses phases, la maladie a beaucoup de ressemblance avec la rage, mais on ne connaît pas au Groenland un seul exemple établissant qu’un homme mordu ait été atteint d’hydrophobie. D’ailleurs, les guérisons que nous avons pu constater contredisent toute hypothèse de la présence du véritable virus rabique.
Après de nombreuses conférences avec le docteur Colan sur le régime à suivre pendant l’hiver, on augmente, aux dépens des salaisons, les rations de viande en boîte. Nous avons du bœuf musqué pour un mois. On fait du pain pour trois jours ; le quatrième, nous mangeons du biscuit. Comme il serait difficile aux explorateurs du printemps d’emporter avec eux des conserves de fruits, nos desserts de l’hiver vont être améliorés à la satisfaction de chacun.
Je fais construire sur le floe des huttes de neige pour y placer nos quartiers de bœuf salé. Aussi longtemps que la température s’y maintient au-dessus de -16 ou -17°, ils ne gèlent pas et continuent à s’égoutter, se débarrassant ainsi d’une notable portion de sel ; la viande a plus de saveur quand on ne la détrempe pas avant de la cuire. Pendant son hivernage de 1851 à 1852 à la terre du North-Somerset, M. Kennedy ne réussit pas aussi bien : “D’après le conseil de mes officiers, dit-il, je fis enfouir dans la neige des planches de bœuf salé pour voir si elles résisteraient au gel et perdraient leur excédent de saumure, mais je ne me trouvai pas merveilleusement du procédé.” C’est qu’il n’avait pas, comme nous, pris la précaution de les mettre dans un garde-manger de neige pour les tenir à l’abri d’une température trop rigoureuse.
Les remparts que nous élevons autour du navire avancent avec une lenteur exaspérante. Les matériaux à notre portée s’épuisent bien vite, et il faut employer les traîneaux pour en prendre au rivage où nous construisons aussi, en vue des études astronomiques et magnétiques, deux superbes observatoires que les hommes baptisent spontanément des noms de Kew et de Greenwich. Les architectes ont enfin la bonne fortune de mettre la main sur des bancs de neige très dure, entassée par les rafales de la mi-septembre dernière, et que les névés roulés avaient jusqu’ici dérobés à nos investigations. L’ouvrage marche vite et bien, mais, comme on écarte rigoureusement les blocs de qualité inférieure, tous ces rebuts causent, aux abords de nos divers chantiers, un désordre qui ne nous fait guère honneur : la nuit approche et il faut pourvoir au plus pressé. Quelques officiers se donnent le luxe de petits pavillons de neige où ils placent le surplus des richesses contenues dans leurs étroites cabines.//p. 197-201

Markham vers le pôle//Dans la soirée du 8, le lieutenant Parr fit son apparition à bord de l’Alert. Comme il traversait le pont, saluant silencieusement de la tête les deux ou trois hommes qu’il y rencontra, personne ne se méprit à l’expression grave et fatiguée de ses traits, et, en quelques instants, la certitude d’un malheur s’était répandue dans tout le navire. Les misères du voyage avaient tellement changé notre camarade que, le prenant pour Beaumont son ami, dont le teint est extrêmement basané, je lui demandai avec anxiété quel était le désastre qui le ramenait si vite de la côte du Groenland.
J’appris alors la douloureuse nouvelle : la plupart des hommes de Markham étaient atteints du scorbut et en pressant besoin de secours ; le commandant, aidé d’une poignée de travailleurs encore valides, était parvenu à convoyer les malades dans les alentours du cap Joseph-Henry, à 50 kilomètres du navire ; il faisait tout son possible pour marcher encore, mais chaque jour ajoutait à l’intensité du fléau et au nombre de ceux qu’il frappait. Le lieutenant Parr s’était noblement offert pour venir réclamer notre prompte assistance. Muni de son alpenstock et d’une petite ration de vivres, il avait fait 20 milles sans désemparer avant d’arriver à la petite tente de chasse de la baie Dumbell où il s’était préparé, à la hâte, une tasse de thé ; puis cet homme vaillant avait repris sa course et fini, en vingt-quatre heures, cette longue et solitaire étape.
À minuit, tout était prêt et deux fortes escouades d’hommes et d’officiers quittaient le bord pour s’élancer à la rescousse. Le lieutenant May et le docteur Moss, chaussés de patins, allaient en avant avec les chiens et le traîneau chargé des médicaments les plus nécessaires. Une marche forcée les amena au camp de Markham cinquante heures après le départ du messager.
Leur arrivée remonta aussitôt le moral de nos pauvres compagnons ; malheureusement, il était trop tard pour un des voyageurs : George Porter venait d’expirer ; on l’avait enseveli dans le floe, tout près de la route.
Le lendemain, de bonne heure, je les rejoignais avec le reste de l’escouade de secours ; l’espoir et la confiance, qui ne les avaient jamais quittés entièrement, reprenaient le dessus ; les malades mêmes se relevèrent de leur extrême prostration, effet ordinaire du fléau ; leur abattement avait encore été augmenté par la mort récente de leur camarade.
Ceux qui n’ont pas été témoins de scènes semblables, au milieu des mornes déserts polaires, ne peuvent se faire une idée de l’aspect de ces malheureux qui, luttant avec la souffrance, essayaient de se traîner vers le navire.
Markham ouvrait la marche, attelé avec deux marins au premier traîneau ; puis venait le second, tiré aussi par trois hommes : chaque véhicule portait deux malades entourés d’autant de couvertures et de feutres qu’il en fallait pour conserver la chaleur et faire une couche aussi confortable que le permettaient les cahots de la route. Le cinquième scorbutique était étendu sur le dernier traîneau, chargé en outre du reste des bagages et des vivres ; quatre éclopés suivaient derrière sur la glace inégale, raboteuse et couverte de neige ; leurs membres, de jour en jour plus contractés, annonçaient qu’ils ne pourraient aller bien loin ; mais, vaillamment, ils tenaient ferme ; ils ne voulaient pas augmenter, avant qu’une nécessité absolue les y contraignît, le poids de fardeaux déjà bien lourds pour des camarades à peine moins faibles qu’eux.
Ces quatre pauvres diables partaient donc tous les matins avant le gros de la troupe, sachant trop bien qu’ils ne pourraient se relever tout seuls s’ils tombaient dans la neige ou s’ils avaient à traverser une barrière de névé exceptionnellement profonde ; souvent les traîneaux les trouvaient étendus sans force sur la neige, mais, une fois remis sur leurs jambes, ils reprenaient leur néfaste voyage avec quelque parole gaie ou un sourire de remerciement.
Outre Markham, qui hala son traîneau jusqu’à la dernière minute, non sans avoir tous les matins reconnu la route à suivre, je dois nommer les chefs d’équipe John Radmore et Thomas Jolliffe. Quoique les plus vigoureux de la troupe, ils étaient extrêmement affaiblis, mais, plutôt que de se démettre du poste d’honneur qui leur assignait le labeur supplémentaire de fouler la neige de leurs pieds pour faciliter le passage des transports, ils marchaient tous deux se donnant le bras, s’appuyant l’un sur l’autre, et, gardant bien tendue la sangle du traîneau, ils facilitaient d’autant l’œuvre de leurs compagnons épuisés.
La bonne humeur, le courage de chacun de ces hommes, leur résignation au dur travail exigé d’eux, leur lutte contre la plus affreuse des routes, leur force d’endurance sont certes au-dessus de toute louange. Après les avoir vus, je comprends ce que les Esquimaux disaient à sir Léopold McClintock des compagnons de sir John Franklin : “Ils tombaient et mouraient en marchant.”//p. 359-362

Ultimes explorations//Le temps est magnifique ; nous constatons avec joie que, non seulement 4 ou 5 milles d’eau libre s’étendent au midi de l’île, mais nous en voyons encore un espace bien plus considérable à 25 kilomètres vers le sud-est, à peu près dans les parages où nous rencontrions l’année dernière la lisière méridionale du pack ; il nous paraît communiquer avec les eaux de l’entrée du détroit de Smith. Nous n’hésitons plus à marcher. Je n’ignore pas que la saison est déjà fort avancée et que, jour et nuit, la glace s’épaissit avec une rapidité effrayante ; un vent défavorable, la moindre fausse manœuvre pourrait nous enfermer, et pour tout l’hiver, dans le pack en dérive, sans assez de charbon pour chauffer les navires ou naviguer au printemps prochain.
Après avoir laissé au sommet de l’île des notes relatives au voyage, nous disons adieu à la terre de Grinnell. À l’exception d’une “ligne de danger” de 200 mètres de glace compacte, formée de deux floes cimentés par les gelées récentes et que le Discovery, aidé par les deux équipages, réussit à franchir à coups de bélier, grâce à une heure de durs travaux, nous avons pu marcher sans trop de peine jusqu’à quelques milles du cap Victoria. Là, le chemin est barré par trois vastes champs polaires engagés dans un chapelet d’icebergs échoués à la file près du cap. Du haut du mât on aperçoit les eaux libres ; mais le thermomètre tombe à -5°.
Pendant deux jours, le pack dérive tantôt à l’est, tantôt à l’ouest, sous l’impulsion régulière de la marée. Nous nous félicitons de notre position auprès de ces floes immenses dont les moindres mouvements augmentent les flaques qui se forment à leurs abords ; j’en profite pour avancer parfois de quelques mètres, souvent de beaucoup plus  ; il nous faut une surveillance des plus attentives pour n’être pas “pincés” en contournant quelque pointe, ou bien englués dans les eaux qui se figent si rapidement autour des navires lorsque nous nous amarrons dans quelque dentelure du champ. Mais nous prenons avantage de la moindre diversion, et le soir du 8, nous sommes à un mille des icebergs. La température est de -6° 2/3 ; la gelée, néanmoins, nous est un auxiliaire utile ; elle fait une seule masse de tous les débris et lorsqu’un mouvement se produit, la blocaille, au lieu de s’éparpiller sur la mer dès qu’elle est délivrée de la pression, est forcée de rester captive et de nous laisser passer.
Quand je réfléchis à la lenteur du courant de marée et à l’énorme quantité de glaces resserrées entre la terre de Grinnell et ce qu’on appelle l’île Bache, je ne puis m’empêcher de croire que nous sommes devant un golfe et non au débouché d’un détroit.
La baie de Copes est un fjord très profond s’étendant au nord-ouest. Six ou sept milles plus loin, on voit une large ouverture ayant trois havres orientés au nord-ouest, à l’ouest et au sud-ouest. Je ne doute plus que les caps Stevens et Baker ne soient vraiment des îles.
Le 9, à 2 heures du matin, le pack commence à déblayer la baie avec le reflux. Nous nous tenons sous vapeur, espérant que le floe auquel nous sommes amarrés sera bientôt poussé contre les icebergs et qu’alors s’ouvrira un chenal temporaire. En effet, le champ en dérive ne tarde pas à porter contre les montagnes de glace ; il s’ensuit une collision qui détermine dans les floes extérieurs entraînés par le courant une large fissure par laquelle on déguerpit au plus vite du grand pack.
Notre route était désormais moins dangereuse ; par malheur, la jeune glace nous obligeait à un usage constant de l’hélice. Dans les endroits où la croûte était déjà trop épaisse et résistait aux efforts des machines, il fallait revenir en arrière et tourner l’obstacle. Après le passage du cap Albert, les portions détachées de la banquise se firent peu à peu plus rares et nous perdîmes de vue le redoutable pack. Nous rencontrâmes encore des champs de glace jusqu’aux parages du cap Sabine. Là, nous pûmes leur dire un adieu définitif.//p. 580-583

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