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Une œuvre de Nikolaï Prjevalski Editions Transboréal

Voyage en Mongolie et au pays des Tangoutes (1870-1873)

Une expédition russe aux confins de l’Empire céleste
9782913955547
Prix 22,50 € Disponible EAN : 9782913955547
ISBN : 978-2-913955-54-7
ISSN : 1764-4011

Au retour d’un premier voyage en Sibérie dans la région de l’Amour et de l’Oussouri, Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski (1839-1888), officier natif de Smolensk, émet l’idée d’une mission scientifique à travers la Mongolie et le Tibet, alors sous domination mandchoue. Soutenu par la Société russe de géographie, il se met en marche à la fin de l’année 1870. Depuis le lac Baïkal, il rallie Ourga, siège du Bouddha vivant des lamaïstes mongols, avant de rejoindre Pékin par la route du thé et d’entreprendre plusieurs expéditions à pied, à cheval et à dos de chameau : la première est conduite, malgré les tempêtes printanières, à la lisière orientale des vastes steppes mongoles ; les deux autres le mènent en amont du fleuve Jaune et jusque sur le plateau tibétain. Dans un effort ultime, il trace sa route de retour en 1873 à travers le Gobi, le plus grand désert d’Asie.
Déjouant les ruses mandchoues et la menace d’insurgés musulmans, le voyageur cartographie la région et constitue des collections naturalistes ; il décrit aussi, dans un récit savoureux, les mœurs et les institutions des éleveurs nomades dont il traverse les campements de yourtes. Patriote, il fait passer son devoir avant tout, endurant sans plainte les pénuries et les aléas climatiques.
La recherche scientifique sert aussi les ambitions territoriales de la Russie impériale. La seconde moitié du XIXe siècle voit le réveil de l’intérêt du tsar pour l’Asie et l’apogée du Grand Jeu, la rivalité russo-britannique pour la possession du Turkestan. L’Empire céleste vacille, rongé par les dissensions internes et les attaques des puissances coloniales, qui lui arrachent le droit de commercer en ses frontières. De simple marche désertique de la Sibérie traversée par les caravanes de négociants de fourrures et de thé, la Mongolie devient le centre géographique de l’Asie et le seuil de la Chine. Acteur de la course des Russes vers le soleil levant, Nikolaï Prjevalski incarne à leurs yeux, et incarnera encore à l’époque soviétique, l’explorateur par excellence.

Introduction – [151]
Note sur la présente édition

Avant-propos

Chapitre 1 – De Kiakhta à Pékin
La veille du départ – Communications postales à travers la Mongolie – Départ de Kiakhta – Aspect de la contrée jusqu’à Ourga – Description de cette ville – Gobi, son caractère physique ; oiseaux et quadrupèdes du désert – Chaînes limitrophes du plateau de Mongolie – Ville de Kalgan, caravanes de thé – Grande Muraille – Connaissance avec les Chinois – Voyage jusqu’à Pékin

Chapitre 2 – Les Mongols
Aspect, vêtements et habitations des Mongols – Leur genre de vie, caractère, langue, usages – Religion et superstitions – Administration et gouvernement

Chapitre 3 – Région sud-est du plateau de Mongolie
Préparatifs de l’expédition – Exiguïté de nos ressources pécuniaires – Difficultés qu’offre la monnaie chinoise – Caractère physique de la chaîne qui limite la Mongolie au nord de Pékin – Ville de Dolon-Nor – Collines sablonneuses de Goutchin-Gourbou – Incendie dans les steppes – Lac Dalaï-Nor – Travaux géodésiques – Route de Dolon-Nor à Kalgan – Pâturages impériaux – Température du printemps – Description du chameau

Chapitre 4 – Région sud-est du plateau de Mongolie (suite)
Trajet de Kalgan au fleuve Jaune – Mission catholique de Si-Inza – Chaînes de Chara-Khada et de Souma-Khada – L’argali – Territoire militaire des Ouroti et des Toumites occidentaux – Importunité des Mongols – Animosité et fourberie des Chinois – Montagnes de Mouni-Oula – Région alpestre et forestière – Tradition locale sur l’origine de la chaîne – Notre séjour de deux semaines – Visite à la ville de Baoutou – Traversée du fleuve Jaune jusque dans l’Ordos

Chapitre 5 – L’Ordos
Topographie de l’Ordos – Divisions administratives – Coude septentrional du fleuve Jaune – Sa vallée – Sables de Kouzouptchi – Séjour près du lac Dzaïdemin-Nor – Traditions sur Gengis-Khan – Continuation du voyage – L’antilope kara-soulta – Couvent de Chara-Dzou – Troupeaux sauvages – Ordre de marche de la caravane – Montagnes d’Arbous-Oula – Ce qui nous arrive dans la ville de Din-Khou

Chapitre 6 – Ala-Chan
Aspect physique du désert de l’Ala-Chan – Mongols du pays – Notre voyage dans le nord de l’Ala-Chan – Ville de Din-Iouan-In – Le prince de l’Ala-Chan et ses fils – Lama Baldin-Sordji – Vente de nos marchandises – Dalaï-lama actuel – Prédiction sur le pays de Chambalin – Entrevue solennelle avec le prince – Monts de l’Ala-Chan – Chasse des koukou-laman – Cause de notre retour à Kalgan

Chapitre 7 – Retour à Kalgan
Maladie de mon compagnon – Lac salin de Djarataï-Dabassou – Chaîne de Kara-Narin-Oula – Caractéristique des Dounganes – Rive gauche du fleuve Jaune – Difficultés de la route en hiver – Perte de nos chameaux – Halte forcée près du couvent de Chireti-Dzou – Rentrée à Kalgan

Chapitre 8 – Second voyage dans l’Ala-Chan
Préparatifs d’une seconde expédition – Nouveaux Cosaques – Mars et avril dans le sud-est de la Mongolie – L’Ala-Chan au printemps – Résistance du prince de l’Ala-Chan à notre départ – Caravane de Tangoutes avec laquelle nous nous dirigeons vers la province de Han-Sou – Aspect de l’Ala-Chan méridional – Grande Muraille – Ville de Dadjin

Chapitre 9 – Province du Han-Sou
Trajet de Dadjin au temple de Tcheïbsen – Description de ce temple – Nation des Daldis – Aperçu du climat, de la flore et de la faune – Séjour dans les montagnes – Chaînes de Sodi-Sorouksoum et de Gadjour – Lac Demtchouk – Halte dangereuse près de Tcheïbsen – Préparatifs pour le Koukou-Nor – Voyage à Mour-Zasak – Description du bassin supérieur de la rivière Tétoung-Gol – Arrivée sur les bords du lac Koukou-Nor

Chapitre 10 – Les Tangoutes et les Dounganes
Aspect physique, langue, vêtement et habitations des Tangoutes – Leurs occupations, leur nourriture et leur caractère – Insurrection mahométane dans l’ouest de la Chine – Mouvement insurrectionnel dans le Han-Sou – Mesures adoptées par le gouvernement chinois – Démoralisation de l’armée chinoise – Prise de la ville de Si-Ning par les insurgés dounganes

Chapitre 9 – Koukou-Nor et Dzaïdam
Description du lac Koukou-Nor – Légende sur son origine – Steppes environnantes – L’âne sauvage – Mongols du pays et Kara-Tangoutes – Divisions administratives de la province de Koukou-Nor – Notre entrevue avec un ambassadeur tibétain – Médecins tibétains – Récits sur le couvent de Goumboum – Rivière Boukhaïn-Gol – Chaîne méridionale du Koukou-Nor – Marais salants de Dalaï-Dabassou – On me prend pour un saint et un docteur – Province de Dzaïdam – Chameaux et chevaux sauvages – Trajet jusqu’à la frontière du Tibet

Chapitre 12 – Tibet septentrional
Chaînes de montagnes de Bourkhan-Bouddha, de Chouga et de Baïan-Khara-Oula – Caractère des déserts du Tibet septentrional – Route ordinaire des caravanes – Fabuleuse abondance des animaux sauvages : le yack sauvage, l’argali à poitrine blanche ; les antilopes orongo et ada, le loup, le renard de Tartarie – Petit nombre des oiseaux – Notre genre de vie pendant l’hiver – Ouragans de poussière – Le Mongol Tchoutoun-Dzamba, notre guide – Rivière Mour-Oussou (fleuve Bleu) – Retour dans le Dzaïdam

Chapitre 13 – Le printemps près du lac Koukou-Nor et dans les montagnes du Han-Sou
Précocité du printemps dans le Dzaïdam – Aspect hivernal du Koukou-Nor – Petit nombre des oiseaux de passage – Rapide dégel du lac – Voyage depuis Koukou-Nor jusqu’au Tcheïbsen – Température d’avril – Gypaètes ou griffons des neiges – Vie exubérante sur les montagnes au mois de mai – Faisan – Ours – Marmotte – Résistance de la flore des montagnes aux variations climatiques

Chapitre 14 – Retour dans l’Ala-Chan et route d’Ourga par le Gobi central
Traversée de l’Ala-Chan méridional – Rencontre avec la caravane des pèlerins – Arrivée à Din-Iouan-In – Montagnes de l’Ala-Chan pendant la belle saison – Inondation imprévue – Marche sur Ourga – Mort de notre chien Faust – Caractère du désert de l’Ala-Chan jusqu’au massif de Kourkhou – Description de ce massif – Les routes de Koukou-Khoto à Ouliasoutaï – Transformation du désert en steppe – Arrivée à Ourga – Fin du voyage

Table des illustrations

De Kiakhta à Pékin//Généralement le Gobi produit sur le voyageur une impression pénible, même étouffante. Pendant de longues semaines, le même tableau se déroule devant ses yeux : il voit d’immenses espaces, reflétant une teinte jaune, à cause des herbes desséchées de l’année précédente, ou noirâtre, lorsqu’ils sont sillonnés de chaînes de rochers sur le sommet desquels se dessine, parfois, la silhouette d’une antilope. Gravement et d’un pas mesuré s’avancent les chameaux ; des dizaines et des centaines de verstes se succèdent, mais le paysage conserve le même caractère triste et désolé… Enfin la nuit s’étend sur le désert. Un ciel sans nuage s’illumine de myriades d’étoiles ; la caravane continue encore quelque temps sa longue marche, puis s’arrête pour camper. Les chameaux hennissent de joie ; on les débarrasse de leurs fardeaux, et les pauvres bêtes ne tardent point à se coucher en rond autour de la tente des chameliers. Ceux-ci procèdent rapidement aux préparatifs de leur modeste souper : une heure n’est pas écoulée que bêtes et gens sont ensevelis dans le sommeil et que, de nouveau, un calme de mort règne sur cette terre.//p. 45

Les Mongols//C’est à Khalkha que la race mongole a conservé le type national dans sa plus grande pureté. L’habitant de ce pays est de taille moyenne et d’une constitution vigoureuse ; son visage large et brun a pour caractères la saillie des pommettes, le nez épaté et les yeux petits ; de grandes oreilles s’écartent d’un crâne anguleux recouvert d’une chevelure noire ; la barbe et les moustaches sont clairsemées.
Partout ailleurs, les Mongols ont perdu leur type original, particulièrement dans le voisinage de la Grande Muraille. Car, malgré leur existence errante, les Mongols méridionaux n’ont pu se soustraire à l’influence étrangère, qui, par son action lente, mais séculaire, a fini par les transformer à peu près en Chinois. Si le Mongol du Midi mène encore la vie pastorale et nomade, son extérieur et son caractère se rapprochent beaucoup plus de ceux du Chinois que de ceux de son compatriote du Nord. Depuis longtemps, les nomades du Sud s’unissent avec leurs voisins. Leur visage a perdu son cachet rude et grossier pour emprunter les traits réguliers des Chinois. Dans sa vie privée, le nomade trouve de bon goût d’imiter les coutumes du Céleste Empire ; la vie sauvage du désert ne lui offre plus d’attraits, et il lui préfère celle des grandes cités de la Chine, dont il a eu l’occasion d’apprécier les avantages. Malheureusement, le Mongol sinisé, tout en conservant les défauts du barbare, ne s’est assimilé que les vices de la civilisation. Aussi cette race s’est-elle plutôt abâtardie qu’elle ne s’est élevée dans l’échelle sociale.
Comme les Chinois, les Mongols se rasent la tête, à l’exception d’une touffe de cheveux qu’ils disposent en longue queue ; toutefois leurs lamas ont le crâne entièrement rasé. Personne ne laisse croître la barbe ni les moustaches. L’usage de porter la queue a été introduit en Chine par la conquête mandchoue, et depuis cette époque la queue, chez tous les peuples soumis au Céleste Empire, est un signe de leur vassalité.
Les femmes mongoles disposent ordinairement leur chevelure en deux tresses tombant, de chaque côté, sur la poitrine. Parfois les femmes mariées portent une seule natte, qui retombe par-derrière, et le sommet de leur tête est orné de plaques en argent, semées de corail rouge. Les pauvres remplacent le corail par des perles en verre ; mais les plaques sont d’ordinaire en argent, très rarement en cuivre. Les oreilles sont garnies de boucles en argent, et les bras et les doigts chargés de bracelets et de bagues.
Les vêtements des Mongols se composent d’un caftan, le plus souvent en cotonnade bleue, de bottes chinoises et d’un chapeau plat à bords relevés. Les chemises et les caleçons sont peu communs. En hiver, le costume est complété d’une culotte, d’une pelisse et d’un bonnet, le tout en peau d’agneau. Les élégants font usage, en été, d’un caftan en soie. La pelisse et le caftan sont serrés au corps par une ceinture, à laquelle est suspendu un petit sac contenant du tabac, une pipe et un briquet. Les habitants de Khalkha y joignent une tabatière, dont ils offrent une prise dès le premier échange de civilités. Mais le véritable luxe des nomades réside dans leurs harnachements, qui parfois sont en argent.
Les femmes se vêtent d’une robe flottante et endossent par-dessus une sorte de gilet sans manche. Il faut y ajouter que la coupe de vêtements du beau sexe et sa coiffure présentent de notables différences dans chaque contrée de la Mongolie.
L’habitation nationale des Mongols est la yourte en feutre. C’est une tente de forme ronde à la base ; le sommet est conique et ouvert afin de donner un passage à la fumée et à la lumière. La carcasse est formée par des perches enfoncées dans le sol, reliées par des cordes et laissant entre elles un espace suffisant pour entrer ou sortir en se baissant : c’est la porte. Les extrémités supérieures de ces perches sont réunies par un cercle de 3 ou 4 pieds de diamètre : c’est la cheminée et la fenêtre. Tout cet établissement, consolidé par des cordes tendues à l’extérieur, est recouvert de pièces de feutre que l’on double en hiver. Le diamètre ordinaire d’une pareille demeure est de 12 à 15 pieds et la hauteur de 10. L’âtre est établi au centre de la pièce, les dieux lares sont placés en face de la porte, et les ustensiles de ménage sont disposés le long des parois. Tout autour du foyer s’étalent, en guise de siège, des pièces de feutre, que les gens aisés remplacent par des tapis. Les yourtes princières sont planchéiées et décorées de tenture de soie. Pour le nomade, la yourte est une habitation appréciable : elle le protège de la chaleur et, tant que dure le feu, elle le défend contre les froids les plus vifs. Pendant la nuit, on éteint le foyer, on bouche l’ouverture du toit et la température reste encore suffisamment élevée. En été, le feutre est imperméable aux pluies les plus persistantes.//p. 61-63

Tibet septentrional//Les Mongols redoutent vivement le yack et ils nous ont raconté que, lorsque les caravanes en rencontrent un dans une gorge étroite, elles attendent jusqu’à ce que l’animal prenne fantaisie de se déranger. Pourtant les indigènes du Dzaïdam s’aventurent à le chasser. Le principal attrait de cette chasse est pour eux l’énorme masse de viande qu’ils en retirent, et leur gourmandise est plus puissante que leur crainte. Les chasseurs, au nombre d’une douzaine, s’arrangent pour surprendre le buffle sans être vus et tirent dessus tous à la fois, tout en restant cachés. Outre sa viande, les Mongols prisent aussi le cœur et le sang de l’animal, qui sont employés dans la thérapeutique locale. Les peaux sont expédiées à Donkir pour y être vendues et les longs de la queue et des flancs sont utilisés pour en tresser des cordes.
La chair de l’adulte, et surtout celle de la génisse et du jeune mâle, a très bon goût, pourtant celle du yack domestique est préférable. Quant aux vieilles bêtes, on ne peut pas les manger.
Comme nous ne savions que faire de tous les animaux que nous abattions, nous les laissions sur la route jusqu’à ce qu’ils fussent gelés ; leur peau épaisse devenait alors impénétrable à la dent des loups et aux serres des oiseaux de proie. Même à notre retour des rives du fleuve Bleu, nous rencontrâmes souvent notre gibier dans la même position que nous l’avions laissé pendant la chasse.
Un autre animal non moins remarquable que nous avons aussi vu souvent dans les montagnes du Tibet est l’argali à poitrine blanche. Cet argali tibétain égale par sa taille son congénère de Mongolie ; mais il s’en distingue par son bois et sa poitrine blanche, couverte de longs poils comme une sorte de plastron. La première fois que nous l’avons aperçu dans le Tibet septentrional, c’était après avoir traversé la chaîne de Bourkhan-Bouddha. On rencontre aussi l’argali à poitrine blanche dans les monts Chouga et Baïan-Kara-Oula, mais partout rarement. Les habitants nous assurèrent que l’argali était aussi localisé dans la chaîne au sud du Koukou-Nor et même dans les montagnes du Han-Sou, près des sources de l’Edzinè. Nous n’avons pu constater si effectivement celui-là avait la poitrine blanche, mais l’affirmation n’a rien d’invraisemblable, et l’animal peut habiter la région du Koukou-Nor et du Han-Sou aussi bien que le Tibet.
D’après son genre de vie, l’argali du Tibet est identique à celui de Mongolie, bien qu’il occupe des plateaux plus élevés. Il évite en général les rochers et préfère les petites collines. Au Tibet septentrional, il n’est pas rare de voir cet animal paître dans les vallées agrestes avec les onagres et les antilopes. Il a les sens excessivement développés et, au contraire des autres fauves tibétains, il est très prudent, quoique l’homme ne le chasse jamais. Les Mongols ne le tuent qu’exceptionnellement, et encore ce n’est jamais le mâle, qui est trop résistant aux blessures pour succomber sous le feu de leurs fusils à mèche.
Les argalis vaguent par petites hardes de cinq à quinze individus, rarement de vingt-cinq à trente têtes. Dans chacune d’elles on trouve deux ou trois mâles qui dirigent et protègent les femelles. Ces dernières obéissent passivement au chef du troupeau : aussitôt que celui-ci redoute un danger, il prend la fuite et toutes les femelles le suivent au galop. S’il vient à s’arrêter, tout le troupeau fait halte. Le mâle conducteur gravit aussitôt l’éminence la plus proche pour regarder de quel côté vient le danger. Admirable alors est la pose de cet animal, dont la silhouette se détache sur la cime d’un rocher et dont la poitrine d’une blancheur éblouissante resplendit au soleil.
Souvent je me suis demandé quel est le plus bel animal du yack ou de l’argali ? Je crois que cette question ne peut pas être résolue et que chacun de ces animaux a un genre de beauté différent. Le corps robuste du yack, ses énormes cornes, ses longs poils pendants presque jusqu’à terre, sa queue volumineuse et sa robe noire en font sans contredit un superbe animal ; d’un autre côté, le svelte argali, avec ses jambes minces et bien déliées, sa poitrine éclatante de blancheur et son allure fière, a aussi le droit d’être appelé un des plus remarquables hôtes des déserts tibétains.//p. 254-256

Retour dans l’Ala-Chan – route d’Ourga par le Gobi central//Le 19 juillet au matin, nous quittions le lac Djarataï-Dabassou et nous nous dirigions vers la chaîne de Khan-Oula. Selon notre guide, l’étape serait de 25 verstes et nous devions trouver deux puits à 8 verstes l’un de l’autre.
Effectivement, une fois cette distance parcourue, nous trouvâmes un puits où bêtes et gens purent se désaltérer. Nous continuâmes notre route avec l’espoir de trouver le second abreuvoir 8 verstes plus loin et d’y faire halte, car, quoiqu’il fût à peine sept heures du matin, la chaleur était déjà très grande. Notre certitude de trouver un second puits était si complète que nos cosaques voulaient vider les barils d’eau pour soulager les chameaux ; heureusement que je leur défendis. Au bout de 10 verstes parcourues sans rencontrer de puits, notre guide annonça qu’il s’était égaré et grimpa sur la dune la plus voisine pour reconnaître le pays. Quelques instants après, il nous fit signe de le suivre, nous le rejoignîmes aussitôt et alors il nous assura que nous avions dépassé le second puits, mais qu’un troisième, auprès duquel nous étions convenus de faire la halte de nuit, ne se trouvait plus qu’à 5 ou 6 verstes.
Nous suivons la route qu’il nous indique. Cependant midi arrive et la chaleur devient intolérable. Un vent impétueux agite la couche inférieure de l’atmosphère brûlante et nous enveloppe de sable chaud et d’une poussière salée. Il est de plus en plus difficile d’avancer, nos pauvres bêtes et surtout nos chiens ne peuvent appuyer leurs pattes sur ce sol embrasé qui marque 63 °C. De temps en temps, nous faisons halte, nous nous mouillons le visage et trempons dans l’eau la tête de nos bêtes et les faisons boire. Enfin, notre provision d’eau s’épuise, il en reste moins d’un demi-vedro, et il devient indispensable de conserver cette dernière ressource. Sommes-nous encore loin du puits ? demandons-nous au guide à chaque instant, et toujours nous recevons la même réponse : il n’est pas loin, mais derrière telle ou telle colline. Nous faisons ainsi 10 verstes, et toujours point d’eau. Cependant notre pauvre Faust, ne recevant plus à boire, commence à se coucher et à gémir comme pour nous apprendre que ses forces sont épuisées. Nous nous arrêtons et nous décidons que le guide et M. de Piltzoff continueront jusqu’au puits ; ils emmènent Faust qui ne peut plus marcher et le guide le place sur son chameau. Le Mongol ne cessait d’affirmer que l’eau était proche ; mais, lorsque tous deux se furent éloignés de 2 verstes de notre caravane, il montra du haut d’une colline à M. de Piltzoff l’endroit où se trouvait le puits : il y avait encore cinq grandes verstes à parcourir. Le destin de notre pauvre Faust devait s’accomplir : avec lui, il n’était pas possible de gagner rapidement le puits, et l’endroit où nous étions arrêtés était aussi trop éloigné pour qu’on pût lui donner un verre d’eau. M. de Piltzoff fit halte pour nous permettre d’arriver et plaça Faust sous un buisson qu’il recouvrit d’une pièce de feutre. Le pauvre animal perdait à chaque instant ses forces ; enfin il se mit à râler, poussa deux ou trois soupirs et expira.
Nous déposâmes le corps de Faust sur des colis et nous continuâmes notre route vers l’endroit désigné par le Mongol, qui s’était déjà trompé si souvent. Notre position devenait atroce : à peine nous restait-il encore quelques verres d’eau. Chacun en prenait une petite gorgée pour rafraîchir quelques instants sa bouche, où la langue était presque desséchée ; tous les membres nous brûlaient comme du feu et la tête prise de vertige nous tournait à en perdre connaissance.
J’ordonnai alors à un des cosaques de prendre un bidon et de partir au galop avec le Mongol vers ce puits introuvable et, si le guide voulait ralentir son allure, de lui tirer dessus.
Nos hommes disparurent rapidement dans des tourbillons de poussière et nous nous traînâmes sur leurs traces, écrasés par une anxiété qu’il est facile de comprendre. Une demi-heure s’écoula, puis nous aperçûmes notre cosaque revenant au galop ; mais quelle nouvelle nous apportait-il ? Le salut ou la mort ? Donnant un dernier coup d’éperon à nos chevaux épuisés, nous nous précipitâmes à sa rencontre pour mettre plus vite un terme à cette épouvantable angoisse dont le cœur de l’homme est étreint lorsqu’il sent une mort affreuse suspendue sur sa tête. Nous étions sauvés ! Notre compagnon nous apprit qu’effectivement il y avait un puits et nous remit le bidon plein d’eau fraîche. Après avoir bu et nous être rafraîchis, nous continuâmes notre route et nous arrivâmes enfin au puits de Boro-Sondji. Il était alors deux heures de l’après-midi et, par une chaleur torride, nous avions marché dix heures et franchi 34 verstes.//p. 300-301

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